CHAPITRE PREMIER
Une classification des accidents de l’anesthésie s’impose dès le début de cette étude. Nous choisirons la classification exposée par Duret dans sa thèse d’agrégation.
L’action du chloroforme ou de l’éther sur l’organisme peut se produire dans trois conditions, séparables dans le principe, et que l’expérimentation réalise à volonté. Les accidents qui en résultent ont été appelés accidents primitifs, secondaires et tertiaires.
1° Les accidents primitifs se produisent dès Le début de administration du chloroforme. Les vapeurs anesthésiantes irritent d’une manière pour ainsi dire purement mécanique les premières voies respiratoires. Gette irritation, souvent bénigne, peut quelquefois amener la mort par suite d’un arrêt réflexe du cœur et des mouvements respiratoires. De cet accident primitif dû à l’action des
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premières bouffées de chloroforme peut être rapproché, l'accident ésalement primitif et réflexe résultant de ce que le chirurgien trop empressé commence son opération avant l’anesthésie complète. L'excitation douloureuse peut alors venir surprendre les centres nerveux déja surexcités par le poison anesthésique et amener l’inhibition cardiaque.
2° La syncope secondaire est due à l’action directe sur le bulbe des vapeurs de chloroforme qui ont pénétré dans le sang. Cette action, n’est pas à proprement parler d’ordre toxique ; l'élément nerveux est excité par le poison sans en être encore imprégné. Cette syncope a été bien étudiée par M. le professeur Arloing dans sa thèse inaugurale où il décrit ainsi cet accident : «Les battements du cœur se précipitent, 190 à 160 pulsations, la pression s'élève dans les artères, puis baisse malgré une accélération croissante du cœur, parce que les battements sont de plus en plus petits, enfin le cœur se ralentit, exécute trois ou quatre systoles lentes, ‘allongées et s'arrête tout à Coup. »
3° La syncope tertiaire ou par intoxication doit être rapportée à l’asphyxie causée par la chloroformisation trop prolongée ou poussée trop loin. L'organisme est alors saturé de chloroforme, la substance anesthésiante joue son rôle de poison et engendre les effets qui lui sont propres. On observe une dilatation brusque de la pupille avec absence du réflexe rétinien, la face devient subitement pâle. La respiration présente quelques phases d'accélération et d’apnée, puis elle s’accélère, les mouvements respiratoires deviennent faibles, superficiels ; bientôt ils se limitent au diaphragne et enfin ils cessent
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complètement. Cette suppression de la respiration précède la mort de deux minutes environ. Par conséquent dans la chloroformisation avancée, contrairement à ce qui peut arriver au début, la mort s’annonce par l'arrêt de la respiration, le cœur meurt le dernier après s’être considérablement ralenti. Ces accidents d’intoxication ne se produisent pas toujours sur le lit d’opération; ils peuvent survenir plus tard, alors même que le malade a été réveillé. Quelquefois aussi ils ne se traduisent que par une sorte de prolongation du sommeil qui offre une analogie frappante avec cet état dans lequel plonge l’ivresse alcoolique.