‹ Dangers de l'anesthésie mixte: Accidents tertiaires après l'éthérisation ou la chloroformisation, précédée de l'injection atropo-morphiniqueChapitre 6 sur 24 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Les accidents primitifs et secondaires se sont rencontrès si rarement dans la pratique de l’anesthésie mixte que les résultats cliniques semblent parfaitement concorder sur ce point avecce que MM. Dastre et Morat avaient trouvé dans l’expérimentation.

Parmi les nombreux moyens, en effet, qui peuvent être employés pour atténuer l’irritabilité nerveuse, précisément en cause, la morphine est peut-être un des meilleurs. C’est ce procédé que Cl. Bernard avait appuyé de son autorité et qu'ont pu apprécier les chirurgiens qui ont essayé depuis.

L’atropine, par son action sur le pneumogastrique, est venue encore ajouter une garantie de plus contre ces accidents. Ses effets prophylactiques dans la chloroformisation sont incontestables sur le terrain expérimental. Dastre et Morat, Fr. Franck, Arloing, etc., l’ont surabondamment démontré dans leurs expériences. Et ajoutons-le, en dépit des attaques, ils ont été aussi démontrés dans le domaine de la clinique.

Mais si nous arrivons aux accidents ultérieurs, tertiaires ou d'intoxication, peut-être les critiques contre l’anesthésie mixte ont-elles plus de prise.

Depuis longtemps Fr. Franck les avaient signalés au cours de ses expériences, alors qu’il associait la morphine au choroforme, et voici en quels termes il s’exprime { :

IL m'est arrivé très fréquemment, dit-il, de voir s'arrêter la respiration sans aucun accident préalable dans le cours d’une anesthésie parfaitement normale, alors que le chloroforme était écarté depuis un certain temps. Les mouvements respiratoires s’éteignaient progressivement, puis s’arrêtent pour ne plus reparaître spontanément. Le cœur continuait à battre, si bien que si l’on eût tâté l’artère de l’animal, on ne se serait pas douté du danger qu’il courait, du moins pendant plusieurs minutes ; les troubles cardiaques survenant souvent brusquement, alors qu'il était déjà trop tard pour combattre la syncope respiratoire. Cependant dans ce cas, la respiration artificielle faite simplement par pression sur le thorax s’est toujours montrée efficace quand on n’a pas attendu l’arrêt complet du cœur. Il suffit de quelques mouvements provoqués pour amener le retour de la respiration spontanée. »

Ces accidents signalés par Fr. Franck dans le domaine de l’expérimentation avec l’injection préalable de morphine, nous les avons nous-même observés plusieurs fois avec l’injection atropo-morphinique ; nous aurons d’ailleurs l’occasion d’en reparler ultérieurement.

La clinique a signalé de pareils accidents. Pour l’adjonction de la morphine seule, de Brinon dans sa thèse

1 Bulletin de la Société de biologie, 1882, 283.

2 HG

sur l'A nesthésie mixte de 1878, avoue que fréquemment et même dans le plus grand nombre des cas on voit la respiration s’arrêter pour reprendre au bout de dix à douze secondes, sans que le pouls subisse aucun trouble, sans cyanose de la face, ce qui est bien lPindice d’une apnée d'ordre toxique (R. Dubois).

Colombel dans sa thèse de 1884, sur le procédé que nous étudions, dit les avoir parfois également constatés avec l’injection mixte d’atropine et morphine. Mais dans quelques observations que nous allons maintenant exposer la chose a été plus grave, car l’arrêt de la respiration a été probablement reconnu et traité trop tard.

Nous citerons d’abord l'observation de M. Reynier qui fut en 1890 l’objet d’une communication à la Société de chirurgie.

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