FRUIT ET GRAINE
Pendant que ces événements se passaient, le presbytère de Pennicote demeurait aussi paisible et aussi agréable que quand nous l'avons quitté. Le recteur avait repris con fiance en voyant les bonnes dispositions de ses supérieurs et s'était résolu à remplir de mieux en mieux ses devoirs. Son fils aîné — son lavori — était sa joie et son orgueil, et cette satisfaction était à ses yeux une compensation qui le faisait penser assez légèrement à la perte de ses dixhuit cents livres de rente. De quelque nature qu'ait été le changement latent qui s'était opéré en Rex à la suite du désappointement de son premier amour, en apparence il ne semblait plus que secondaire, et avait été primé par une ambition plus sérieuse après les malheurs de kt famille. Rex, revenu depuis peu au presbytère où il avait ramené sa sœur Anna, avait retrouvé son ancienne gaieté
* pour jouer avec ses frères et sœurs, mais il continuait pendant les vacances ses habitudes studieuses ; il se levait de bonne heure et s'enfermait dans sa chambre dès que* la nuit était v nue, pour se livrer à l'étude du droit.
Celte existence tranquille était partagée par *e groupe féminin qui avait quitté Oflfendcnc pour venir s'installer dans la petite maison blanche, entourée d'arbres toujours verts, distante de la cure de moins d'un mille. Le pâle visage de madame Davilow ne portait plus qu'une trace légère de mélancolie, et de rares cheveux blancs argentaient ça et là sa chevelure, conséquence naturelle des épreuves de l'année passée. Les quatre fillettes florissaient un peu, maintenant qu'on ne les reléguait plus dans l'ombre, et la bonne Jocosa conservait son utile neutralité et considérait les plaisirs et les joies du monde comme choses interdites aux personnes n'étant pas en « situation».
Le petit salon, avec ses fenêtres ouvertes au large pendant les belles journées d'été, était parfumé par l'odeur balsamique des buissons de roses, et devenait le théâtre de scènes intéressantes quand Rcx et Anna se joignaient aux six personnes qui l'habitaient. Anna, la préférée de ses jeunes cousines, ne tarissait pas en récits sur les nouvelles connaissances qu'elle avait faites à Londres. Elle était venue seule faire sa première visite à son retour, et d'innombrables questions lui furent posées sur la maison de Gwendolen dans Grosvenor square, sur ce que Gwendolen avait dit et fait, et sur ce que les autres disaient de Gwendolen. Anna avait-elle vu sa cousine avant son départ pour la mer? Non! — Cette réponse laissait libre carrière aux suppositions sur l'intéressant yacht dans lequel Gwendolen avait écrit qu'elle devait s'embarquer avec M. Grandcourt pour naviguer sur la Méditerranée. Sa dernière lettre, datée de Marseille, disait qu'elle so faisait une fête de cette excursion et que les cabines du yacht
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étaient d'une élégance incomparable. Du reste, ce « mouvement » maritime de M. et madame Grandcourt avait été mentionné dans les « journaux », de sorte que cette nouvelle phase de la vie de Gwendolen devenait une partie importante du roman de ses sœurs.
Quand Rex était présent, on s'abstenait d'aborder ce sujet; aussi, ce jour-là, s'était-on contenté de parler des Mcyrick et de leurs étranges amis juifs, ce qui amena d'étonnantes questions des petites filles, pour lesquelles la vie juive était un problème. Berthe ne pouvait se figurer quelle était actuellement la croyance des juifs, car elle pensait qu'ils avaient renoncé à l'Ancien Testament puisqu'il prouvait le nouveau; miss Merry pensait qu'on ne pouvait convenablement discuter avec Mirah et son frère, et l'aimable Alice ne s'inquiétait pas de ce que croyaient les juifs, car elle était sûre de ne pas pouvoir les souffrir. Madame Davilow rectifia cette opinion en disant que les grandes familles juives que l'on voyait dans la haute société étaient tout à fait ce qu'elles devaient être à Londres et à Paris; mais elle admettait que les juifs du commerce, non convertis, étaient répréhensibles ; Isabelle demanda si Mirah parlait comme tout le monde et si l'on pouvait causer avec elle sans deviner qu'elle était juive.
Rex, qui n'était pas partisan des israéliles, et que l'étude de leur histoire avait fortement ennuyé, s'amusait à exagérer les suppositions de ses cousines, auxquelles Anna s'efforçait de faire bien comprendre qu'il plaisantait. Soudain, les rires furent interrompus par l'arrivée d'une lettre pour madame Davilow, qu'un messager venu en hâte de Pennicote avait apportée. Elle contenait un télégramme, et comme madame Davilow le lut à plusieurs reprises sans dire un mot, comme son agitation était manifeste, tous les yeux se tournèrent vers elle sans que personne osât parler. Enfin, revenue à elle et voyant l'inquiétude poinU
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sur ces jeunes visages, elle craignit que les enfants pussent s'imaginer quelque chose de pire que la réalité, et, après avoir poussé un sanglot qui la soulagea, elle dit:
— Mes chères, M. Grandcourt... M. Grandcourt s'est noyé!
Rex tressaillit comme si un obus avait éclaté dans la chambre ; il ne put se maîtriser, et le premier regard d'Anna fut pour lui. Mais bientôt, reprenant son sangfroid pendant que madame Davilow lisait la lettre du recteur, il dit :
— Puis-je vous être bon à quelque chose, ma tante ? Dois-je aller trouver mon père pour vous?
— Oui, mon ami. Préviens-le que je serai prête; il est bien bon. Il dit qu'il partira avec moi pour Gênes ; il sera ici à six heures et demie. Jocosa, Alice, vous allez m'aider à emballer. Gwendolen a été sauvée... mais elle doit êlrc malade. Je suis sûre qu'elle est malade. Rex, et toi, ma chère Anna, allez dire à votre père que je l'attendrai. Pour rien au monde je ne voudrais perdre une autre nuit. Que Dieu le bénisse d'être sitôt prêtl Je puis voyager sans m'arrêter jusqu'à ce que nous soyons là-bas.
Le frère et la sœur partirent précipitamment sans échanger une parole : elle pensait avec sollicitude à la blessure qui devait s être rouverte, et lui luttait contre une foule de pensées qui l'obsédaient. Cette oppression ayant diminué quand ils furent arrivés au presbytère, Rex dit :
— Nannie, je te laisse le soin de t'acquitter de la commission auprès de notre père. S'il a besoin de moi tout de suite, tu viendras me le dire. Je resterai dix minutes dans le petit bois, seulement dix minutes.
Au premier moment, Rex avait été frappé par cette idée: « Gwendolen est libre! » Mais aussitôt il s'était dit : « Oui,mais Gwendolen estriche, flattée, courtisée », et, si d'abord elle avait été contraire à son amour, comment pouvait-
il supposer que son cœur lui serait plus favorable à l'avenir ? Ces pensées, qu'il voulait bannir, résonnaient en lui, et il ne pouvait s'empêcher d'y revenir sans cesse. Il marchait avec agitation dans le petit bois, furieux contre luimême de ne pas être assez fort pour se dominer, et il ><• disait : « Elle ne m'aimera jamais î . . . et ce n'est pas la question. . . Je ne pourrais jamais l'approcher en amoureux dans sa condition actuelle. Je ne suis d'aucune conséquence, et il est probable que je n'en acquerrai guère plus avant d'avoir des cheveux gris. Qu'importe! elle ne m'accepterait à aucune condition, et je ne voudrais pas lui demander d'être à moi. C'est une folie que d'y penser! Je irai rien à y gagner, absolument rien: alors pourquoi ne pas regarder la situation en face et se conduire comme il convient, au lieu de laisser supposer à mon père que c'est un sujet dont il ne peut me parler, lorsque je pourrais lui être utile?»
A cette dernière pensée, Rex se dirigea vers la maison d'un pas assuré, et, par la porte ouverte du cabinet de son père, il le vil qui emballait ses effets dans une caisse de voyage.
— Puis-je vous être de quelque utilité, monsieur/ demanda-t-il 'bravement, quand son père le regarda.
— Oui, mon garçon , quand je serai parti, tu liras mes lettres et tu y répondras, si cela est nécessaire. Tu m'écriras tout. Dymock administrera très bien la paroisse, et tu demeureras avec ta mère jusqu'à ce que je revienne.
— Je présume que \ ous ne serez pas très longtemps absent, monsieur. Peut-être ramènerez-vous ma cousine. Il s'efforça de parler de Gwendolen pour la première fois et le recteur Técouta avec satisfaction.
— Cela dépend, répondit M. Gascoigne. Peut-être sa mère reslera-t-elle avec elle, et, en ce cas, je pou irai revenir plus lot. Ce télégramme,, nous laisse dans une
ignorance qui est vraiment inquiétante. Je ne doute pas cependant, que le testament qui a été fait dernièrement ne soit satisfaisant, et puis il est bien possible qu'un héritier vienne à naître. En tout cas, je pense que Gwendolen est libéralement, splendidement pourvue.
— Ç'aura été un grand coup pour elle, dit Rex devenu plus hardi. Je veux croire que c'était un bon mari.
— Sans doute. Peu d'hommes dans sa position auraient agi comme lui!
Rex n'avait jamais vu Grandeourl ; chacun dans sa famille avait toujours évité de lui en parler, et il ne savait rien de la fuite de Gwendolen à Leubronn. La seule chose qu'il avait apprise était que Grandcourt, très amoureux d'elle, lui avait fait l'offre de l'épouser, malgré sa pauvreté, et qu'il s'était parfaitement conduit en se chargeant dejsa mère et de ses sœurs. Tout cela était très naturel, et c'est ce que Rex aurait aimé à pouvoir faire. Grandcourt avait été heureux et avait joui de quelque bonheur avantjde se noyer. Pourtant, Rex se demandait si Gwendolen avait été amoureuse de son heureux prétendant, ou si elle avait oublié de lui dire qu'elle détestait qu'on lui fit la cour.
Sir Hugo Mallinger ne fut pas aussi prompt que M. Gascogne à parlir pour Gênes, que Deronda ne voulut pas , quitter avant d'avoir vu le baronnet. Ce n'était pas seulement la mort de Grandcourt, mais aussi la dernière crise par laquelle il venait de passer qui le portait à désirer un entretien avec son vieil ami ; car. par lettre, il Saurait pu lui donner de détails sur sa mère, qui était venue et partie comme une apparilion. Ce ne fut que le soir du cinquième jour, après avoir reçu un télégramme, ([lie Deronda attendit sir Hugo à la gare, où il devait arriver entre huit et neuf heures. 11 ne pouvait, malgré la tragique aventure à laquelle il venait d'assister, retenir un sourire en pensant au plaisir qui devait remplir l'âme du baronnet, certain désormais de pouvoir disposer de ses biens en faveur de ses filles.
— Eh bien, Dan, dit sir Hugo, qui, en descendant de wagon serra très affectueusement les mains de Deronda ; puis, comme il n'était pas pressé de se rendre à l'hôtel, il donna l'ordre à son cocher de faire un assez long détour.
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— Mun voyage a été excellent, reprit-il, et je me sens dans les meilleures dispositions. Je ne me suis pas hâté de venir, parce que je tenais à m'informer de plusieurs choses, et j'ai pu prendre connaissance de la lettre que tu as écrite à lady Mallinger. Comment va la veuve?
— Elle est plus calme. Heureusement, elle a échappé à la maladie que l'on aurait pu craindre pour elle, après son plongeon dans la mer et son épouvantable surexcitation. Sa mère et son oncle sont arrivés depuis deux jours, et les meilleurs soins lui sont prodigués.
— Prévoit-on la naissance d'un héritier?
— D'après ce que m'a dit M. Gascoigne, je pense que non. 11 m'a parlé comme s'il croyait que la veuve dut jouir de la fortune entière, sa vie durant.
— Je ne pense pas que la perte de son mari soit un déchirement pour elle, dit sir Hugo en regardant Deronda.
— La soudaineté de sa mort lui a donné un coup violent, reprit Daniel, en évitant de faire une réponse directe à cette observation.
— Je me demande si Grandcourt lui a fait connaître les clauses de son testament ? reprit sir Hugo.
— Les connaissez-vous, monsieur ?
— Oui. S'il n'a pas d'héritier légitime, tout doit revenir à un fils naturel qu'il c eu avec une madame Glasher: tu ne sais rien de cette alïaire, à ce que je crois; mais, pendant plusieurs années il a vécu maritalement avec cette femme, et il en a eu encore trois autres enfants, des filles. Le garçon prendra le nom de son père. 11 est déjà Henleigh ; il doit être Henleigh Mallinger-Grandcourt, quoique je puisse dire que le Mallinger ne lui servira de rien, ce dont je suis heureux. A sa majorité, le jeune homme aura plus qu'assez, et il n'était pas nécessaire que je b juchasse les trous avec mes cinquante mille livres pour Diplow, auquel il n'a pas droit. En attendant, il faudra que ma beauté, la pauvre
jeune veuve, se contente d'une modique rente de deux mille, livœs par an et de la maison de Gadsmere, espèce de bannissement pour elle si elle consent à s'y confiner, ce que je ne présume pas. La mère du petit garçon habile là depuis plusieurs années. Vraiment, je suis dégoûté de Grandcourt, et je ne me crois pas obligé d'avoir de lui une meilleure opinion parce qu'il s'est noyé et qu'en ce qui touche mes affaires, il ne pouvait mieux agir.
— A mon avis, s'il a eu tort, c'a été d'épouser cette jeune femme... et non de laisser ses biens à son fils, dit sèchement Deronda.
— Je ne trouve pas mauvais qu'il ait laissé la terre à l'enfant, repartit sir Hugo. Mais, puisqu'il avait épousé cette jeune fille, il devait au moins la pourvoir de façon qu'elle put continuer à tenir le rang auquel il l'avait élevée. Elle aurait dù avoir de quatre à cinq mille livres par au et la maison de Londres viagèrement. C'est ce que, moi.
• j'aurais fait. Comme elle n'avait point de dot, je suppose que ses parents n'ont pas osé exiger de douaire; autrement, ils auraient eu tort de se lier a un testament passé après le mariage. Lés hommes les plus sages mômes, laissent percer une folie dans leur testament, mon père tout le premier. Il est clair pour moi que Grandcourt a voulu que sa mort fût un éteîgnoir pour sa veuve, si elle ne lui donnait pas d'héritier.
— Et autrement, le contraire aurait eu lieu; c'est l'illégitimité qui aurait eu l'éteignoir. dit Daniel avec mépris.
— Précisément : Gadsmere et les deux mille livres. C'est original. Ce qui m'ennuie, c'est que Grandcourt m'a constitué son exécuteur testamentaire, et, comme il était le fils de mon unique frère, je n'ai pas pu décliner cette obligation. Cependant, je le regretterai moins si je puis être utile à la veuve. Lush croit qu'elle n'ignore rien de la famille qui est sous roche, ni du contenu du testament.
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Il m'a laissé entrevoir que l'accord n'était pas des plus parfaits chez ce couple. Mais j'imagine que tu âois connaître mieux que personne les sentiments de madame Grandcourt, hein, Dan? Sir Hugo ne fit pas cette question avec sa jovialité ordinaire ; au contraire, sa voix dénotai! un vif intérêt. Deronda se dit que tout faux-fuyant serait mal interprété et répondit avec gravité :
— Elle na certainement pas été heureuse. Ils n'étaient pas faits l'un pour l'autre. Quant à la disposition de la fortune, si j'ai bien compris ses confidences, je puis affirmer qu'elle en sera satisfaite.
— Alors elle ne ressemble pas aux autres personnes de son sexe, repartit le baronnet en haussant les épaules. Il y a cependant quelque chose d'étrange et ton horoscope doit se mêler au sien ; car, lorsque ce terrifiant télégramme m'esl parvenu, la première observation de lady Mallingcr fut: Quelle drôle de chose que ce soit Daniel qui renvoie ! »
Un silence de quelques minutes suivit ces mots. Sir Hugo avait commencé à s'occuper des Grandcourt comme du sujet le moins épineux entre Deronda et lui : tous deux néanmoins étaient résolus à surmonter leur répugnance et à causer en toute franchisa de l'événement qui touchait à leurs rapports mutuels. Deronda sentait que la lettre qu'il avait adressée au baronnet après sa première entrevue avec sa mère,, avait épaissi plutôt que brisé la glace, et qu'il devait attendre que la première ouverture vînt de sir Hugo. Au moment où ils allaient perdre de vue le port, le baronnet se retourna, comme pour le regarder encore une fois, et dit d'un ton plus sérieux :
— Et la principale affaire qui t'a conduit à Gênes, Dan? Tu n'as pas été trop peiné de ce que tu as appris, j'espère ? Rien ne t'obligea changer de position; tu sais que, quoi qu'il arrive, lu seras toujours d'importance pour moi.
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— Jo veux reconnaître voire bonté pour moi, monsieur, par une entière confiance, répondit Deronda. Mais je ne puis simplement répondre à vos questions par un oui ou par un non. Ce que j'ai appris du passé m'a peiné. Ç/a été aussi un profond chagrin pour moi de retrouver ma mère et de la quitter si vite dans son état de souffrance, comme j'ai été contraint de le faire. Toutefois, ce qui n'est pas une peine, ce dont je suis plutôt reconnaissant, c'est que mes doutes soienl éclairas, c'est que je connaisse mon extraction. Ma gratitude envers vous, monsieur, restera toujours la même, et jamais jo n'oublierai les soins paternels et l'affection dont vous m'avez entouré. Cependant, savoir que je suis né juif peut avoir sur ma vie une influence considérable dont je ne me sens pas capable de vous parler à présent.
Le baronnet lui lança un regard scrutateur et garda un moment le silence pour tâcher d'interpréter ses paroles : puis il dit :
— J'ai toujours attendu de Loi quelque chose de remarquable, Dan ; mais, pour amour de Dieu, point d'excentricité î Je puis tolérer une divergence d'opinion chez un homme, mais il faut qu'il s'exprime avec raison et non comme un fou. Comprends-moi bien. Je ne te soupçonne pas de vouloir faire une folie ; je crois seulement que tu pourrais te laisser accaparer par un fou, surtout s'il a besoin d'être défendu. Tu as la passion de te mettre du côté des opprimés, Dan. Je ne partage pas tout à fait ta manière de voir ; je souffre pour eux, mais je n'y puis rien. Cependant, je ne te demande pas d'anticiper sur les confidences que tu as à me faire. Si la chose pour laquelle tu te décideras exige de l'argent, j'ai seize mille livres d'accumulées pour toi, en sus de ton revenu. Maintenant que me voilà ici, je suppose que lu voudras retourner en Angleterre dès que tu le pourras.
— Je dois d'abord aller à Mayence réclamer un coffre
v 2!Mi DAM KL DKKUNDA
qui vient de mon grand-père, et voir, si c'est possible, un de ses amis. Quoique ce coffre soit chez lui depuis vingt ans, j'ai une envie presque déraisonnable de le voir sous ma garde, comme si je craignais qu'il lui arrivât un accident. En tout cas, je ne puis regretter d'être resté ici ; sans cela, madame Grandcourt n'aurait eu autour d'elle que «les domestiques et des indifférents.
— Oui, oui. reprit sir Hugo d'un ton badin, ce qui, pour lui, était un moyen de déguiser une contrariété cachée ; j'espère que tu ne préféreras pas un juif mort à un chrétien vivant.
Deronda rougit et ne répondit pas, et ils entrèrent dans rhôtel de VItalia,