‹ Daniel Lambert drame en cinq actes en proseChapitre 6 sur 117 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

FLAMBIER, relavant brnaqnemeni la «éto.

Bon ! voilà mon mouvement dérangé. .Maufice, je vous défends de songer à la fortune avant que votre portrait no soit fini.

DANIEL

Quand nous serons riches? Vous bientôt, Maurice, moi jamais.

(il Ta Tara la piano.)

FL.\M BIKR, entre aei denta.

Jamais ?

MAURICE

Et pourquoi donc, Daniel ?

DANIEL

Pourquoi ? parce que vous, vous êtes lancé dans la finance, votre existence est maintenant une addition et vous savez trop bien l’arithmétique, pour ne p>as arrivera la faire juste. Vous serez millionnaire ou à peu près. Quant à moi, je ne monterai en voiture que quand vous m’olfrirez une place dans la vôtre. Je l’accepterai, Maurice.

MAURICE

Mon ami... (n 1111 mouT«ment pour se levor.)

FLAMBIER,

No vous dérangez pas, Maurice, la voiture attendra.

DANIEL^ 11 prélude.

Aimez-vous la musique ? j’en fais. Non ! j’en ferai.

FLAMBIER.

Tu en feras! tu en feras! Je te dis que tu es plus fort que Mozart, Beelhowen — et les autres.

DANIEL

Vous le voyez, Maurice, l’amitié est comme la fortune, elle est aveugle, (u se

PLAUBIER.

Ce sont les joueurs de clarinette qui font courir ce bruit-là. La fortune n’est pas aveugle, elle te verra. Quant à l’amitié, elle vient à toi les yeux fermés! (u «.rre u mam a. Dani.i.)

DANIEL

Non, mes amis, non, jamais je ne serai riche. Tout a une voix, tout chante sous le ciel, et moi aussi je chanterai !

FLAMBIER.

Et nous t’applaudirons, Daniel.

MAURICE

Vous serez un grand artiste !

DANIEL, regardant le médaillon qnl ee tronre au^dessni de son piano.

Si ma mère vous entendait! Souvent je m’accuse d’avoir choisi une carrière si diflicile, dont l’avenir est si lointain. Je m’accuse de n’avoir pas fait comme vous, Maurice, et ces jours-là je ferme mon piano avec rage. Je trouve sa voix fausse, et de ma souffrance il faut qu’il ait la moitié*. Croyez bien que j’ai essayé de rompre avec ma vocation; oui, j’ai eu une place, j’ai fait' des chiffres! mais au milieu d’un calcul, un motif me traversait la cervelle, et — l’addition restait là. On dit que je suis un mauvais fils, et ceux qui disent cela ont peut-être raison.

MAURICE

Jusqu’à ce qu’ils aient tort!

' FLAMBIER.

A mon tour je te dirai : si ta mère t’entendait? Tu me fais prendre du vermillon pour du bleu avec tes mauvais fils!

DANIEL, retournant s’asseoir au piano

Artiste! c’est bien beau dans les livres! c’est bien dur dans la réalité! Vivre de gioire, c’est mourir de faim !

FLAMBIER.

Va, va, avec tes idées, tes phrases!

Voyons, Flambier, si tu avais une fille, me la donnerais-tu?

FLAMBIER.

Non certes ! Les femmes ne sont pas faites au pain noir, et dans ta carrière il en faut manger, — et du rassis encore I Les artistes de la trempe ne se marient pas. C’est bon pour les fainéants à petites idées, à grandes phrases, qui se drapent dans l’art comme en un

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