LBÇON XXXIX. — DAM. TU
puisque Daniel l'a contemplé avec tant d'étonnement. Les expressions du Saint-Esprit nous obligent d'aller dans nos suppositions jusqu'aux dernières limites du possible. — Cherchez donc bien , chers enfants, qu'imagineriez-vous encore? Voyez au verset 25.
— Elle prétendra changer les tempe et la loi.
— Oui , voilà quelque chose d'inouï ; mais quoi encore?
— Elle prononcera des blasphèmes contre le Dieu souverain.
— Oui, cela est dit encore au verset 25; mais cherchez, qu'imagineriez-vous de plus?
— Peut-être prendra-t-il les titres que les anciens Romains donnaient à leurs dieux.
— Oui , par exemple à Jupiter. C'est encore une idée : « Pater, Maximus , Optimns. — Et peutrétre encore ira~t*l jusqu'à se faire appeler du titre suprême que Jésus-Christ lui-même, dans ses prières, donnait à son Père et à son Dieu : a Père saint ! » « Sancte Pater ! Sanctissime Pater ; » a Saint Père, Très saint Père; » peut-être même, «Sainteté, » La Sainteté même, Votre Sainteté; parce qu'il est écrit a qu'il n'y a qu'un Saint , lequel est Dieu. » — Qu'imaginerai-je encore, chers enfants? Je ne saurais guère trouver rien de plus en grandes paroles. — Cependant , il me vient une idée. Ne pourrait- on pas supposer encore que cet homme allât jusqu'à prétendre créer son Créateur; puis, le porter dans un vase, ou dans une serviette, ou dans ses doigts, et le promener ainsi dans les chemins et dans les rues, devant les rois et les reines, devant les soldats et les peuples, qui se jetteraient alors sur leurs genoux à son pas~ sage, pour rendre hommage tout à la fois au Dieu qu'on promène , et surtout' à l'homme romain qui seul aurait sur la terre la vertu de le créer ? — Qu'en pensez-vous ?
— Je pense que ce serait le comble , mais c'est trop fort 1
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— Ghers enfants, il n'y a rien de trop fort : rappelez-vous les paroles de Daniel. Mais il me vient encore un souvenir.
Je me rappelle ce pape qui vécut à Rome , il y a douze cents quarante-huit ans, et dont je vous parlais il y a quinze jours ; il se nommait Grégoire (les Romains l'appellent saint Grégoire); j'ai lu ses lettres, on les trouve en latin dans notre bibliothèque , et je vous dirai sa pensée touchant la principale des grandes paroles que, selon lui , devra faire entendre la « Petite Corne, » appelée aussi par lui le Roi <f orgueil et ? Antichrist (car, de son temps , on était déjà fort occupé de ces prophéties de Daniel et de celles de saint Jean). « Lorsqu'elle paraîtra dans l'empire romain , dit-il , elle y prendra le titre impie d'Evêque tmwersi/ (c'est-à-dire, évéque de tous les évoques du monde entier) , titre qui n'appartient qu'au Fils de Dieu. » — « Ce titre, dit saint Grégoire, est dia- « bolique (1) , c'est un nom de blasphème , inventé par le « premier apostat, le diable; et il est tel qu'on pourra a croire , quand ce nom sera pris , que le Roi et orgueil .est c tout près. » — Profanum nomen, temerarium, stultum, super bumy perversum , nefandum, pestiferum , c'est ainsi qu'il qualifie ce titre; car il y revient souvent (il faut lire surtout sa dix-huitième letttre, sa dix-neuvième, sa vingtième et sa trente-troisième). — Si donc ce pape a bien trouvé , chers enfants , si ce nom A% évéque universel est bien réellement , comme il le dit, « téméraire, insensé, pervers, scélérat, mé- « chant, pestiféré et blasphématoire, » il m'a semblé que ce pourrait être en effet l'un de ceux que la petite Corne prendra sur son trône , l'une de ces grandes paroles que Daniel entendait avec tant d'étonnement sortir de sa bouche durant les scènes de la vision.
(1) Note a.
Voilà donc notre premier point, retournement du prophète à l'ouïe de ce langage outrageux et presque siniitimam; mais passons maintenant an second , la durée de ce langage.
Ce sera là, si vous voulet bien vous le rappeler, le neuvième caractère fourni par Daniel pour le signalement du roi théologien; car nous en avions déjà récité huit.
Neuvième trait : Durée de ce langage.— Ah ! c'est ce trait surtout qui portait à son comble l'étonnement du prophète ; car oe langage, qui commence vers le sixième siècle , devait remplir l'histoire de l'Occident jusqu'au renversement de l'empire des Latins et jusqu'au règne de Jésus-Christ, ou (pour parler avec saint Paul), « jusqu'à la manifestation de son glorieux avènement (1). s La iite, sera*t-il dit au verset 25, doit faire la guerre aux saints pendant un temps et des tempe, et la moitié d'un temps; et les saints, est-il ajouté, seront #prés entre ses mains tout ce temps-Ut. — Nous verrons plus tard le sens exact de ces expressions mystérieuses; mais je vous prie de prendre soigneusement acte de l'observation que voici : C'est que , si l'Église doit être persécutée dans tout l'empire romain pendant un temps et des temps } et la moitié d un temps, par l'influence du roi théologien, il n'est point dit que ce temps, ces temps et cette moitié dun temps, doivent s'étendre jusqu'à la fin de cet empire : cela ne nous est dit que de son langage impie.— Gomprenee-vous bien cette distinction, vous, par exemple, cher enfant, le premier du troisième banc?
— Oui ; les grandes paroles iront jusqu'à ce que la bête soit tuée ; mais les persécutions jusqu'à tin temps y et des temps et la moitié <fun temps.
— Et qu'entendez-vous par ces mots, la bête fut tuée?
(1) Thess. H, S.
LES GRANDES PAftOLBS DE LA GOBOTS. 63
— C'est qu'alors l'empire des Latins finira.
— Oui ; mais il y a là, je vous l'ai dit, quelque chose de plus. Les trois premières bêtes, aux versets précédents comme au verset 12, ne font que perdre leur domination; au lieu -que celle-ci est tuée, et que son corps est livré pour être brélé. — Je ne prétends point vous entretenir aujourd'hui de cette dispeasation de l'avenir, parce que le sujet en reviendra plus tard ; mais je désire qu'au moins vous ayez bien compris ce qu'a voulu déclarer Daniel, quant à la durée des blasphèmes du roi théologien. — S'en repentira-t-il? y reoonoera-t-il jamais?
— Jamais.
— Quand donc prendront-Us fin ?
— Seulement, quand l'empire finira.
— Sans doute , et vous avez vu dans la prophétie de la statue, au chapitre II, que cet empire ne doit finir qu'à la venue de Jésus~ChrisU — Mais les persécutions ?
— Les persécutions dureront un temps, des temps et la moitié dun temps.
— Très bien; et il sera bon de se rappeler cette différence, parce qu'il y a des personnes qui pensent , de ces deux événements ( les persécutions et les blasphèmes), que le terme du premier pourrait bien être déjà venu , tandis que certainement celui de l'autre ne doit être attendu qu'à la ruine finale de tous les royaumes de l'Occident.
Qu'on n'oublie donc pas ce neuvième trait , chers enfants, c'est que ce langage inouï doit s'être prolongé déjà depuis des siècles , et qu'on doit même l'entendre à l'heure qu'il est, puisque les dix royaumes de l'Occident sont encore debout» Ce a'est pas le cri d'un moment , c'est un bruit qui a dû retentir d'âge en âge. H faudra donc qu'on se demande : Y a-t-il maintenant dans le territoire des Romains , une pe-
tite puissance spirituelle qui ail rempli des éclats de sa voix tous les siècles du moyen âge, tous les siècles même de l'histoire moderne , et qui n'ait cessé de dominer à tel point la voix de tous les autres princes de la terre , que celle même des Charlemagne , des Louis XIV et des Bonaparte ait dû paraître modeste encore à côté de la sienne ?
Il nous faudra donc voir plus tard si nous pourrons trouver dans l'histoire quelque chose de semblable , et si jamais s'est fait entendre par aucune bouche humaine un langage aussi prodigieux. Certes vous en conviendrez, si nous venions à découvrir qu'en effet , dans les égarements du pauvre cœur de l'homme pendant les ténèbres du moyen âge, tout cela s'est parfaitement accompli malgré toutes ses improbabilités, ce serait une bien glorieuse confirmation des Écritures! Mais encore il faudra plus : il faudra que cette voix étonnante ait retenti dans l'Occident, non-seulement pendant le moyen Age, mais à travers toute la suite des Ages durant 1200 années, jusqu'au siècle de Louis-Philjppe et jusqu'à ce matin. — Et si tout cela se trouvait, qu'en penseriez- vous?
— Certainement ce serait beau !
— Vous voulez dire, convainquant et miraculeux. Rappelezvous donc ce neuvième caractère; nous aurons plus tard à en signaler bien d'autres : ils se rapporteront surtout aux hérésies du roi théologien ( il voudra changer les tempe et la loi) , à sa haine contre les chrétiens ( il les fera périr ) , à la durée de ses persécutions (un temps , des temps, et la moitié d'un temps ) , à son jugement et aux suites de ce jugement ( les saints triompheront, tous les peuples , les nations et les langues serviront le Fils de F homme , et son règne ne sera jamais dissipé ). — Nous verrons tout cela; mais il faut, pour le moment , passer à notre troisième point , je veux dire , à la ruine terrible par où doivent finir tous les royaumes de