RUINE DR NOTRE OCCIDENT
l'Occident. Cette ruine , vous le voyez ici, doit précéder, ou du moins accompagner la venue du Fils de l'homme sur les nuées du ciel.
C'est un sujet bien grave pour nous , chers enfants , que cette destruction de l'empire latin, puisqu'il s'agit de l'avenir des contrées dont Genève fait partie. — Écoutez donc attentivement 5 j'achève le verset 41.
Je regardais. . . jusqu'à ce que la bête fut tuée, et que ton corps fut détruit et donné au feu pour être brûlé. — Expliquons tous les mots.
La bête. Vous, le troisième du cinquième banc , qu'est-ce que la bête ?
— C'est l'Homme de péché , c'est l'Antéchrist. — Ah ! ne faites pas une telle faute, cher enfant ! Vous tombez dans une confusion où des lecteurs irréfléchis ont pu se laisser aller plus d'une fois, mais qui n'est plus excusable pour vous après les explications qui vous ont été données. La bête, la bête aux dix cornes , soit dans Daniel , -soit ensuite dans saint Jean, c'est toujours « l'empire des Romains; » tandis que a le roi théologien» c'est toujours, dans Daniel, cette petite corne, surgie entre les dix autres; tout comme dans saint Jean (vous le verrez plus tard ) , c'est toujours cette autre bête aux cornes d'agneau, parlant comme le dragon et exer-> çant toute la puissance de la première bête en sa présence. — Ne confondez jamais ces deux objets, l'empire politique et l'empire ecclésiastique; puisque le Saint-Esprit a toujours pris grand soin de les distinguer. D ne s'agit donc point encore ici de la ruine du roi théologien, mais de celle de l'Empire, c'est-à-dire, de ces dix royaumes latins dont le roi théologien fit si longtemps le théâtre et l'instrument de ses iniquités. — Poursuivons.
La bête fut tuée, -r- Je vous ai fait déjà remarquer la dif-
férence du langage de Daniel , lorqu il écrit la fin de cet pire et celle des trois premiers. — Quand ceux-ci succombent , qu'en est-il dit au verset 13 ? •— Il est dit «que la domination leur est ôtée? »
— Et quand il s'agit du quatrième!
~ « La bête est tuée. »
— Ce mot désigne donc, pour le moins, une fin violente et désastreuse, — Nous avions déjà vu , au chapitre deuxième , que l'empire des dix royaumes latins doit être finalement brisé par la petite pierre détachée de la montagne, mais qu'alors ce ne seront pas seulement les dix royaumes latins , fer et argile, État et Église, qui seront mis en poudre : oe seront toutes les autres nations de la terre prophétique, l'airain, l'argent et l'or. Tous tomberont dans la plus affreuse anarchie; les institution*, les principes, toutes les forées morales et politiques qui maintenaient , depuis la création du monde > les sociétés humaines en un certain corps de nation , seront anéanties. C'étaient jusque-là des métaux de valeurs très diverses : ce ne sera désonnais que de la poussière. La fièvre qui travaille déjà si profondément nos peuples y sera portée dans ces temps funestes à son plus haut paroxysme; et leur multitude n'offrira plus que l'effroyable spectacle d'une immense confusion. Plus d'or, plus d'airain , plus de fer , plus même de terre de potier; mais un informe amas de poussière soulevé, par les vents, et tel que la balle du blé qu'on vanne dam um aire } en un jour détê>et que la tempête emporte çâ et lit
Nous aurons plus tard à revenir sur ces jugements de Dieu, quand aoua en serons aux interprétations que l'ange va donner à Daniel; mais je continua, pour le moment, l'explication de ce verset :
Et que son corps fut détruit et donné au feu pour être brûlé. — Son corps y c'est son territoire; il fut damé, c'est-à-dire
DUBÉB DBS PREM1KBS EJIPIBBS. 67
donné de Dieu par un juste jugement ; il fut donné au feu ; — que faut-il entendre par ce feu?
— Quelque grand fléau de Dieu.
— Oui, mais quelque fléau où le feu, ce semble, jouera son rôle : quelque travail des éléments par des soulèvements de montagnes, des tremblements de terre, des volcans, des pluies de cendres, des rivières de lave; comme il arriva déjà dans la Gampanie aux jours de Titus , l'an 80 , lorsque Pompeïes , Herculanum , Stabies , et toute cette grande contrée à cinquante lieues à la ronde, furent ensevelies sous les cendres jusqu'à douze pieds de profondeur; ou bien encore, comme il arriva dans l'Auvergne, Tan 458, alors que la province entière devint comme le cratère d'un immense volcan. — Saint Jean, de son côté, nous parle comme Daniel. Il nous représente non-seulement Rome (la ville aux sept montagnes) comme entièrement désolée, mais aussi la bête (qui , chez lui comme chez Daniel , préfigure toujours l'empire des Latins) « jetée toute vivante dans l'étang ardent de feu et de « soufre (4) . » — Ces paroles donc , fut donné pour être brûlé au feu , indiquent nécessairement les plus effroyables dispensations de la colère divine contre toutes les contrées si longtemps soumises au roi théologien; «car, dit saint Paul aux a Thessaloniciens (2), c'est une chose juste que Dieu rende a l'affliction à ceux qui vous affligent , et qu'il vous donne « du relâche, lorsque le Seigneur Jésus sera révélé du ciel « avec les anges de sa puissance, avec des flammes de feu, a exerçant la vengeance contre ceux qui n'obéissent pas à « l'Evangile de notre Seigneur Jésus-Christ.»-— Mais je passe maintenant enfin au quatrième point de notre leçon, je veux dire à notre verset 12, où le prophète rappelle la desti*
(1) Apoc XVIII, 1-24 ; XIX, 10, 20. — (2) 2 Thess. I, 6, 7, S.
68 leçon xxxix. — dan. vil, 44, 42, 43, 44.
née des trois premiers empires, pour les comparer à celui des
Latins. — Que l'un de vous nous le récite.
— La domination fut aussi ôtée aux autres bêtes, quoiqu'une longue vie leur eût été donnée jusqu'à un temps et un temps.
— La domination fut aussi ôtée aux autres bêtes. C'est la traduction de Martin; mais il eût été mieux de traduire, comme Calvin , le verbe au plusqueparfait, et de dire : Et la domination avait aussi été otée aux autres bêtes ; car il est assez évident qu'ici Daniel, après qu'il nous a récité, dans son verset il, la ruine de la quatrième monarchie, fait un retour sur les trois premières, pour nous rappeler aussi la durée de leur vie. — a a D n'y a nul doute, dit Calvin (1), que le Prophète ne récite a ici ce qui avait précédé en ordre, et qu'il ne faille prendre « ces mots du temps déjà passé , assavoir que la puissance « avait esté ostée aux autres bestes; caries Hébrieux ont ao « coutume de répéter après ce qui avoit esté obmis, et ne re- « gardent pas toujours l'ordre d'un fait en le récitant. »
Daniel donc , vous le voyez , à nous en tenir à votre version, nous dirait ici, des trois premières bêtes, premièrement , que la domination leur avait été ôtée (nous le savions déjà, mais il se résume); secondement, a qu'une longue vie leur avait été donnée », (il y a littéralement dans le texte: Et prolongation en vie (arekah bekhajin) leur avait été donnée); troisièmement enfin, que cette longue vie fait, en style prophétique, jusqu'à un temps et un temps ( il y a dans le texte, jusqu'à un zeman et un hiddân).
Maintenant donc, mes amis, je prie l'un de vous de nous dire, d'après l'Histoire, et en particulier d'après les tableaux chronologiques que je vous en ai donnés pour le chapitre second, quelle avait été réellement, en style vulgaire, la durée de cette longue vie des trois premières monarchies. —
(1) Note b.