QU'EST-CE QU'UN ANTICHRI9T
mais toujours nue sentinelle; antiagonistès , un combattant ennemi, mais toujours un combattant; antisynclètos, un sénat rival , mais toujours un sénat (1). — Par conséquent , antichristos doit signifier nécessairement ou un remplaçant du Christ ou un Christ rival, ou tous deux ensemble ; mais toujours un Christ, vrai ou faux, n'importe; et l'usage constant du grec ne saurait jamais permettre qu'on entende par Antiekristos un ennemi de Christ qui ne serait pas en même temps un Vice-Christ (vrai ou faux , n'importe), et qui ne se donnerait pas pour le Christ, ou pour le vicaire de Christ; tout comme un antipape est bien sans doute un ennemi du pape, mais un ennemi qui se donne pour le pape. — C'est là, vous le voyez, une règle constante; et mon ami, M. Ëlliott , l'a mise dernièrement en pleine évidence chez les Anglais (2).
Nous voici donc encore parvenus à un treizième caractère de la petite corne, son titre. — 0 que ce trait est remarquable ! — Le Saint-Esprit en vient ici jusqu'à nous donner son nom cinq siècles à l'avance , comme Ésaïe avait prononcé celui de Cyrus, deux cent quarante ans avant qu'il fût né! — Voici, nous dit-il, le titre que portera la Petite Corne dans les terres romaines, son titre officiel et distinctif : ce sera VAntiekristos, le Vice-Christ. « — Il s'assiéra comme Dieu dans le « temple de Dieu, voulant se faire passer pour un Dieu » car il s'appellera « Vice-Christ ! » — Jésus-Christ n'est-il pas Dieu, au- dire de toute la chrétienté, même la plus corrompue, la romaine? — Son nom sera donc VAntichristos, le Vice-Christ; et sans doute qu'en conséquence il voudra substituer sa personne et son œuvre à la place de Christ et de son œuvre : à la place de sa parole , une autre parole ; de son sacerdoce , un
(1) Voyei note bb. — (2) Voyez noie c.
autre sacerdoce ; de son sacrifice , un autre sacrifice ; de son intercession, d'autres intercessions; de son autorité, une autre autorité. — Un pape n'a pas de plus malfaisant ennemi que son antipape, parce que celui-ci se met à sa place : Christ n'aura donc pas de plus malfaisant ennemi que son Antichrist, parce que celui-ci se voudra mettre en sa place. — Quoi donc de plus admirable, de la part de saint Jean, et de plus hardi, je vous le demande, que de signaler ainsi l'Homme de péché aux yeux de toutes les églises de l'avenir ! — Surtout, quand ce titre étrange est de telle nature qu'aucune autre créature sous le ciel n'osera le porter ! — Où serait , hormis l'Homme de péché, le fils d'Adam assez audacieux pour % dire a Vicaire du Christ; » pour s'asseoir comme Christ dans l'Église de Christ, comme s'il était Christ, l'époux de l'Église, la sainteté même, le nom dont on dira : « Hors de lui, point « de salut!!» — Tandis que Jésus-Christ lui-même ne s'était donné d'autre vicaire que le Saint-Esprit, lorsqu'il avait dit : « Je ne vous laisse point orphelins;» je vous laisse un autre moi-même, « un autre consolateur, le Saint-Esprit!» — Comment, je vous le demande, mes amis, comment, après un tel signalement , ne pas reconnaître la petite corne quand elle aura paru, s'il se trouve que son nom même nous ait été réellement donné, et qu'elle s'appelle en effet « l'Antichrisrtos , » « le Vice-Christ ! »
Rien n'est donc plus clair que le sens de ce mot. — Aussi tous les anciens Pères de l'Orient (qui certes comprenaient leur grec) Font-ils entendu comme nous. — Irénée, par exemple, au deuxième siècle, disait (je vous donne les paroles de son traducteur latin) : « Tentans semetipsum Christum a ostendere , » « Essayant de se donner soi-même pour le « Christ.» — Et encore : « 11 s'assiéra dans le temple de Dieu, « séduisant ceux qui l'adoreront comme s'il était lui-même
qu'est-ce qu'un antichrist ? 443
« le Christ (quasi ipse sit Christus) (4). » — Et Hippolyte encore (2), soixante ans seulement après Irénée : « Il se voua dra assimiler en tout au Sauveur.» — Et Cyrille encore (3) : « S'appelant lui-même menteu3ement un Christ, il vient « comme un Christ. » — Et Chrysostome (écoutez Chrysostome, ses expressions sont très remarquables) : « Ce sera, a dit-il, une espèce iïAntithéos (à! Antidieu), et il ordonnera a qu'on l'adore à la place de Dieu (*»ti e«ow) (4).» — Théodoret de même. — Et Hippolyte le martyr va jusqu'à énumérer onze articles sur lesquels « ce séducteur cherchera, dit-il, à a singer le Christ (5). »
Mais c'en est assez sur le sens de ce mot important. Hâtonsnous maintenant d'achever notre citation des passages où l'apôtre Jean parle de l' Antichrist. — Que l'un de vous les reprenne, je vous prie, au verset 22.
— Qui est le menteur , sinon celui qui nie que Jésus est le Christ? Celui-là est l Antichrist qui nie le Père et le Fils.
— Nous expliquerons cela; passez au chapitre IV, verset 3.
— Et tout esprit qui ne confesse point que Jésus-Christ est
venu en chair n'est point de Dieu.
— Il y a plus exactement dans le grec, a qui ne confesse pas <t Jésus-Christ venu en chair. » — Continuez.
— Or tel est l esprit de f Antichrist, duquel vous avez ouï dire qu'il viendra ; et il est même déjà maintenant dans le monde.
— Et enfin, épître II, verset 7.
— Car plusieurs séducteurs sont venus dans le monde qui ne confessent point que Jésus-Christ est venu en chair. Un tel homme est un séducteur et un antichrist.
— H y a encore ici , plus exactement , dans le grec : « qui « ne confesse pas Jésus-Christ venu en chair. » — Je ne vous
(1) Noted. — (2) Notée. — (3) Note/1. — (A) Note?. - (5) Note h
4U LBÇOH XL — DAN. Vit, 43.
ferai sur ces passages de Jean que les quatre courtes observations suivantes.
1° L'ennemi de Dieu prédit dans ces passages y est désigné par Jean, comme CELUI que toutes les églises connaissaient et attendaient déjà par les Écritures. C'était donc bien Y Homme de péché prédit par saint Paul et la Petite Corne prédite par Daniel. — Vous avez oui dire que F Antichrist vient l — L'Antichrist, dont vous avez ouï dire qu'il vient (l).
2* D'après saint Paul, comme d'après saint Jean, c'est en tant que Vice-Dieu et Vice-Christ, Antithéos et AnticÀrïstos, qu'il sera l'ennemi de Dieu et l'ennemi de Christ.
3° De même que déjà du temps de Paul (c'est-è-dire l'an 49 de l'ère chrétienne) a le mystère d iniquité se mettait m « train (2),» de même aussi saint Jean, beaucoup plus tard, se plaint de ce que « F esprit de VAntkkrist^ et beaucoup danti- « christs fussent déjà dans le monde. » — Déjà plusieurs esprits inquiets et ambitieux s'exaltaient dans l'Église et y prenaient à bien des égards la place de Jésus-Christ. — Simon le magicien et ses Gnostiques reniaient réellement le Seigneur en enseignant que Jésus-Christ a n'est pas vraiment un homme,» que son humanité n'est pas réelle, qu'elle n'a été qu'une apparence (pw^jj un fantôme; et en même temps ils s'arrogeaient fièrement l'une des plus importantes fonctions dû Christ, se disant envoyés de Dieu pour apporter aux hommes « la sagesse et le salut , » et se faisant nommer pour cela Gnostiques , c'est-à-dire, « Hommes de la science. » — C'étaient de petits antichrists; et par eux (comme le dit saint Jean), a F esprit du grand Antichrist (prédit par Daniel a Paul) était déjà dans le monde. »
4° Enfin, le grand Antichrist dont toutes les églises avaient
(1) l Jean II, Il ; IV, 3. — (2) 2 Ttaess. II, 7.