LES ANCIENS EXPLIQUENT DANIEL COHUE NOUS
voulu, sans s'en douter, les trouver dans les Écritures, parce qu'on les avait vus auparavant dans l'Histoire , et que , par une pente naturelle, l'esprit tout plein de ces souvenirs, on se sera donné quelque travail pour faire cadrer de force le langage des prophètes avec celui des historiens. Or. s'il en était ainsi, toutes ces définitions qu'on nous donne de l' Antichrist et de ses vingt caractères, ne seraient, à tout prendre, qu'un jeu (te la pensée et qu'une prophétie faite après coup.
Eh bien, mes amis, voici de quoi chasser à jamais de telles inquiétudes et de quoi vous charmer : —vous allez entendre les Pères de l'Église , qui vous diront quelles étaient là -dessus leurs pensées il y a dix-sept cents ans. Ceux-là, certes, n'ont pu chercher à mettre d'accord Daniel avec l'Histoire , puisqu'ils ne savaient pas l'Histoire ; et ils ne savaient pas l'Histoire, parce qu'ils vivaient avant l'Histoire! — Écoutez-les; — vous allez les entendre tous, tous, dire comme moi aux hommes de leur temps : « Nous sommes sous la quatrième bête qu'a vue Daniel ; cette bête , c'est l'empire romain; ses dix cornes sont les dix rois qui le partageront; cette petite corne, c'est l'Homme de péché dont a parlé saint Paul , et c'est l' Antichrist dont a parlé saint Jean ; cette grande apostasie prédite aussi par saint Paul lui préparera dans l'Église ses funestes chemins ; mais il ne pourra pas paraître avant que l'empire des Romains, aujourd'hui si puissant, ait été partagé par dix rois; et quand « cet obstacle, * prédit aussi par saint Paul, aura été a mis de côté,» alors paraîtra le prétendu vicaire et le rival du Christ, faisant de faux miracles, proférant beaucoup de mensonges, persécutant les saints , propageant des doctrines de démons , défendant le mariage et l'usage des viandes , et siégeant comme un dieu dans le temple de Dieu, se donnant pour un dieu. »
Ainsi parlent tous les Pères. — Vous l'allez voir, chers en-
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fantsî ils parlent comme moi. — Je possède bon nombre de leurs écrits et je les lis assez souvent ; mais comme on les a tous dans notre bibliothèque publique, je m'y suis rendu plus d'une fois cette semaine, pour en faire des extraits à votre usage et pour vous les apporter aujourd'hui. — Vous voyez danë mes mains toutes ces feuilles; les unes sont en latin, les autres en grec : en latin, celles des Pères d'Occident; en grec, celles des Pères d'Orient; mais je vais vous les lire en les traduisant à mesure; et si quelques-uns de vous, parmi les plus grands, désiraient en voir eux-mêmes le texte original, qu'ils viennent à moi après la leçon, je leur prêterai mes feuilles (4).
J'ai pensé, mes amis, qu'il suffirait pour aujourd'hui de vous citer' une dizaine de ces Pères. J'ai pris les (dos anciens et les plus illustres: je vous dirai leurs noms.— On les appelle Justin le martyr, c'est-à-dire « le témoin », (car on appelle en grec de ce nom les hommes mis à mort pour le témoignage de Jésu-s Christ), Justin, dis- je, Irénée et Hippolyte, tous trois martyrs; puis TertulUen et Origine; puis Ambtvise, Jérôme, Augustin, Cyrille et Chrysoetome. — J'en pourrais indiquer bien d'autres avec eux ; mais il faut être court, et je n'aurai même te temps de vous citer ceux-ci qu'en de rapides extraits. Gomment faire autrement dans une seule leçon?
Voici d'abord le plus ancien de tous les Pères dont il nous soit resté des écrits étendus : c'est Justin, surnommé le martyr, et aussi, le philosophe (martyr, parce qu'il mourut pour Jéflus~Christ ; et philosophe , parce qu'ayant étudié avant sa conversion toutes les sectes de la philosophie, il s'était attaché surtout à celle des platoniciens, demi il voulut toute sa vie conserver le costume). — Sachez bien, chers enfants, que cet homme est né à Sichem de Samarie, soixante ans seule-
(i) Voir lot nous à U flo du volime.
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ment aprèB la mort de notre Sauveur, et lorsque l'apôtre Jean vivait encore. Fils de païen et païen lui-même, il avait été envoyé par son père faire ses études à Alexandrie d'Egypte, et c'est là qu'il fut converti. — Un jour, comme il marchait au bord de la mer Méditerranée, sur la promenade publique, il se vit aborder par un vieillard inconnu qui lui parla de Jésus-Christ; Justin se hâta de répliquer en philosophe ; mais l'étranger lui dit en s'éloignant : a Jeune homme ! sur toutes choses, prie, pour que les portes de la lumière te soient ouvertes ! » — Justin pria, chers enfante; il pria beaucoup, et les portes de la lumière lui furent ouvertes* — U n'avait pas trente arc. — Bientôt il composa un livre intitulé : « Exhor- « talion aux Grecs (c'est-à-dire aux Païens), » — Six ans après, il se rendit à Rome, où il écrivit d'abord un « Traité « contre les hérésies; » puis, vers l'an 140, une première a Apologie, présentée à l'Empereur, à ses fils et au Sénat, en faveur des chrétiens que l'on persécutait. — De Rome, il vint à Éphèse ; et « là , dit-il , comme je me promenais de bon a matin dans les allées du Xyste, un personnage accompagné « de quelques autres m'abordant me dit: a Je vous salue, phi- « losophe. J'ai appris à Argos, d'un disciple de Socrate, qu'il a faut aimer et rechercher ceux qui portent votre costume. » — «Et qui êtes-vous, » lui dis-je en souriant. — a Je m'appelle Tryphon; je suis Hébreu; j'ai fui le théâtre de la guerre et je suis venu demeurer parmi les Grecs. » — Ils entrèrent bientôt en controverse et convinrent de tenir dans le Stade une dispute publique. Elle eut lieu; Justin l'a publiée, et je vais vous en citer quelques passages. — Plus tard, cet homme de Dieu, revenu à Rome, ayant adressé à l'Empereur et au Sénat une seconde a Apologie » en faveur des chrétiens, fut accusé, jeté dans les prisons, sommé par le général de la garde impériale de sacrifier aux idoles, et condamné à mort pour l'avoir
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refusé. — a Je suis heureux, répondit Justin, de souffrir des « tourments pour l'honneur de Jésus-Christ ! » — Aussitôt le général le fit battre de verges, selon l'usage affreux des Romains; et quand il fut près de rendre l'àme, on lui coupa la tête avec la hache. C'était l'an 165.
Voici donc quelques passages de ce bienheureux martyr. Je les tire de son « Dialogue avec le Juif Tryphon (1 ). » Ils sont en grec, je les traduis.
a Alors je dis à Tryphon : Daniel a révélé (2) que le Fils « de l'Homme doit venir sur les nuées accompagné des anges ; « car voici ses paroles : Je regardais jusqu'à ce que les trônes
« furent dressés » Et ici, chers enfants, Justin cite tout au
long à ses antagonistes les vingt derniers versets de notre chapitre VII , depuis le verset 9 jusqu'au 28. — Je les saute donc, et je continue.
a Alors Tryphon me répondit : 6 Justin (3) ! ce passage de a Daniel et d'autres semblables NOUS OBLIGENT , il est « vrai, D'ATTENDRE uu grand et illustre personnage qui rea cevra de l'Ancien des jours, comme Fils de l'homme, un « royaume étemel; mais celui que vous appelez le Christ a a été au contraire tellement privé de gloire et d'honneur qu'il « est tombé dans la plus extrême malédiction prononcée par « par la loi : il a été crucifié !
« Alors, je dis : Sans doute, ô Israélites (A), que, si je ne o montrais pas qu'il y a deux avènements du Messie, j'aurais « fait un raisonnement obscur et très peu concluant. Mais je a prouve, par les Écritures, que le Père doit le faire asseoir à o sa droite, jusqu'à ce qu'il ait mis ses ennemis pour marche- « pied de ses pieds. Et c'est précisément là ce qui se fait depuis « le jour où notre Seigneur Jésus-Christ, ressuscité des morts,
(1) Note a. — (2) Note à. — (3) à £»•?, — (4) » *>$?*.