‹ Daniel le prophète, exposé dans une suite de lecons pour une école du dimancheChapitre 137 sur 198 · LA BOTE REPARAISSANT TROIS FOIS · texte numérisé non relu

LA BOTE REPARAISSANT TROIS FOIS

phè(e) . — La première fois, au chapitre XII, c'est Satan incarné dans la bête sous la forme d'un grand dragon roux (ou fauve (1)). — La seconde fois, au chapitre XIII, elle monte de la mer ; mais là, pour nous révéler ce que sera l'état de la Religion dans cette seconde période, on vous montre devant elle une autre bête, qui a des cornes d'agneau, mais qui parle comme le dragon : celle-ci est appelée « le Faux Prophète, » et elle exerce en présence de la béte aux dix cornes toute la puissance de cette béte. — Enfin la troisième fois, au chapitre XVII, Jean le voit encore reparaître, mais couleur d'écarlate et dans un désert : alors elle sort, non de la mer, mais de l'abîme; et pour représenter ce que sera, sous cette dernière forme de l'empire latin , l'état de la Religion , la bête n'est pas seulement a toute pleine de noms de blasphèmes « et « sortie de l'abîme; » mais vous voyez, assise sur elle comme à cheval, une femme prostituée , se disant reine, vêtue de violet et d'écarlate, parée d'or et de perles comme une Jésabel, ivre, mais ivre de sang et du sang des chrétiens : elle tient en main une coupe d'or pleine des abominations et de l'impureté de ses fornications; sur son front est -écrit; «Mys- « tère, Babylone la grande, la mère des fornicateurs et des « abominations de la terre ! » — et il vous est déclaré que cette femme, c'est Rome.

Ce sujet, vous le voyez, est très vaste et pourrait au premier aspect vous sembler compliqué; mais j'ose vous assurer qu'avec un peu d'attention les pins jeunes d'entre vous seront en état de le comprendre.

En attendant, voici simplement ce que j'ai voulu vous dire : c'est qu'il y a, dans les prophéties historiques (ou chronotactiques) de l'Écriture, trois grandes visions décrivant l'état de

(1) nvpfc.

4H6 LBÇON XMII. — DAN. Vil, 49, 20.

la politique romaine et la religion romaine jusques aux derniers temps* — Que l'un de vous , chers enfants , nous les redise.

— La première, donnée au roi de Babylone, 604 ans avant Jésus-Christ; la seconde, donnée au prophète Daniel 49 ans après; et la troisième* donnée, bien des siècles après, à l'apôtre Jean dans l'Ile de Patmos.

« — Combien de fois saint Jean a-t-il revu la bêteî

— Trois fois.

•— Et à chaque fois, que lui a-t-il été révélé?

— L'état de la Religion ainsi que celui de la Politique.

— Très bien. Je vais donc pour aujourd'hui, chers enfants, vous faire considérer dans ceB trois révélations la suite de la Politique, sans rien dire encore de la Religion, — Aujourd'hui, ce sera l'Empire; plus tard, l'Église j aujourd'hui la bète, plus tard la petite corne.

Cependant, avant d'aller plus loin, je voudrais vous faire admirer quelle était déjà la haute utilité et la divine beauté de la première révélation , je Veux dire , de celle qui fut donnée à Nébuchadnetsar. — Je dis sa beauté : quoi de plus imposant qu'un tableau de tout l'avenir des empires , depuis les Chaldéens jusqu'à la fin du monde ? — Et je dis aussi sa haute utilité : quoi de plus précieux pour l'intelligence de ces divins oracles que ce tableau qu'on pourrait appeler la clef de l'avenir, et qui est .pour les prophéties ce qu'est une mappemonde pour l'histoire universelle ? — Il sert de contrôle à toutes les interprétations ; parce qu'on y trouve une esquisse complète des grands fastes du monde jusqu'à la fin (tes temps. — De môme qu'il faut, nécessairement, pour qu'une histoire soit vraie, qu'elle soit d'accord avec la mappemonde; il faut nécessairement aussi , pour qu'une explication des prophéties soit vraie , qu'elle ne contredise en rien la statue.

ROMANISTES BT PUSBI8TBS. 4 é7

—Que diriez-vous à l'homme qui vous ferait un récit contraire à la mappemonde , qui vous parlerait , par exemple , d'un empereur de la Chine attaquant le Japon sans passer par la mer? Ce récit est absurde , répondriez-vous, et ce ne peut être qu'un mensonge ! —Eh bien , ainsi devrez«-vous dire, chers enfants, de toute interprétation contraire à notre grand» vision des quatre monarchies.

Quand donc monsieur l'évêque Bossuet et d'autres romanistes, et quand M* le professeur Eichhorn et d'autres rationalistes , veulent nous persuader que le grand ennemi de Dieu qui devait surgir dans l'empire des Latins n'est que la philosophie pythagoricienne se donnant carrière dans Rome au temps de Dioclétien , ou que la prêtrise païenne aux jours de Néron; —ou bien, quand d'un autre côté M. le ministre .Maitland et d'autres puséistes veulent nous persuader que ce grand ennemi est un personnage qui ne viendra que dans les derniers temps ; — quand ainsi les uns et les autres veulent rapporter toute l'Apocalypse à un tout petit espace de temps, passé selon les uns, futur selon les autres ; — alors, chers enfants, nous n'avons, pour leur montrer leur erreur, qu'à mettre devant leurs yeux nos quatre monarchies.— Ne voyez-vous, pas, Messieurs, leur dirons- noua, que vous êtes en plein dés-» accord avec la mappemonde prophétique , les uns d'un côté,, les autres d'un autre ? — Vous, Messieurs Bossuet et Eichhorn , et tous les romanistes français ou les rationalistes allemands, puisque la petite corne doit continuer d'exister jusqu'au dernier avènement de Jésus-Christ , tandis qu'à vous entendre, le mal prédit se serait tout consommé il y a dix-sept cents ans? — Et vous aussi , Messieurs Maitland etNewman, et tous les puséistes d'Angleterre et d'Irlande , puisque la petite corne commence d'abord après la division de l'Empire en dix royaumes, tandis [qu'à vous! entendre , le mal ne devrait arriver

qu'en des temps encore à venir. — Votre système, Messieurs, aux uns et aux autres, est donc une affaire impossible; car vous contredisez la mappemonde, en plaçant la pe tite corne, vous, Monsieur Bossuet, dans un moment si court des siècles passés, et vous, Monsieur Maitland, dans un moment si court des siècles futurs.-— C'est comme si , dans quelque histoire, vous supposiez la France baignée par la mer du Japon, ou le Japon par la Baltique !

J'espère donc, chers enfants, que vous aurez pu saisir nonseulement la divine beauté, mais la haute utilité de ces deux premiers tableaux des quatre monarchies.

Cependant , il faut encore que vous compreniez un autre point .- c'est le mode de développement employé, d'une prophétie à l'autre, pour nous exposer la suite de la Politique, et pour nous révéler celle de la Religion. — Si je ne craignais pas d'anticiper sur les chapitres qui suivront, je vous montrerais comment, lorsque Daniel (en son chapitre VIII, c'est-àdire en son troisième tableau), décrit pour la troisième fois les monarchies , ses récits ajoutent de nombreux détails à ceux qu'avaient présentés les tableaux précédents ; et comment , lorsqu'au chapitre XI (dans son cinquième tableau) il décrit encore une fois les monarchies , ses derniers récits prennent une précision nouvelle et merveilleuse qui vous remplira tous d'admiration. — Ce n'est pas le moment de vous dire ces choses; ihais voici du moins ce que je désire dès aujourd'hui vous avoir fait comprendre : c'est que*si sa révélation du chapitre II est développée par celle du chapitre VII, donnée quarante-neuf ans après; puis celle du chapitre VII y par celle du chapitre VIII , donnée deux ans audelà; puis celle du chapitre VIII, par celle du chapitre XI, donnée encore dix-neuf ans plus tard; il était rationnel de s'attendre à ce que celle de l'Apocalypse, donnée sept cents

ans plus tard, présenterait sur ces mêmes objets des détails plus clairs et plus précis encore que toutes les visions précédentes.

Je me propose donc, pour dimanche prochain, de vous offrir un aperçu rapide de ces détails nouveaux, au moins quant à l'Empire ou à la suite de la Politique, en réservant pour un autre temps ce qui regarde l'Église ou la suite de la Religion. — L'un est la coque; l'autre, la noix renfermée dans la coque. Si je m'occupe de Fécale, c'est pour avoir la noix; car, sans le fruit, que m'importe l'écale? — Et que m'importent, à moi, tous ces empires, s'il n'est question que de leurs révolutions sanglantes? Qu'importent à l'Église, dans ces combats de bêtes féroces, que ce soit l'une plutôt que l'autre qui dévore sa rivale? — Mais si l'Église elle-même est en cause; si c'est aux chrétiens que se fait cette guerre, oh ! alors, voilà qui nous importe ! — Aussi Daniel dit-il dans notre texte : Je voulus savoir la vérité touchant la quatrième bête et touchant les dix cornes qui étaient en sa tête.

Ainsi donc, chers enfants, j'ai pris pour dimanche l'engagement de vous montrer les rapports de Daniel avec l'Apocalypse; mais pour cela je désire, avant même de vous faire traverser cette partie magnifique du palais des prophéties , vous en avoir dès aujourd'hui donné quelque aperçu.

Et d'abord , on vous a dit sans doute ce que signifie en grec ce mot d'Apocalypse ?

— Révélation.

— Oui, révélation, c'est-à-dire dévoilement; et l'on appelle de ce nom la prophétie de Jean, parce que, dans le grec, ce mot est le premier du livre. Jean commence en disant : Révélation de, Jésus-Christ , que Dieu lui a donnée pour montrer à ses serviteurs les choses qui doivent arriver dans

peu, et qu'il a signifiée en renvoyant par son ange à Jean «a serviteur*

«Révélation de Jésus-Christ, que Dieu lui a donnée!» Oh ! avec quel respect il faudra donc l'ouvrir, ce livre de la Révélation de Jésu&-Christl — Ce titre tout seul ne le dit-il pas assez? Une Révélation de Jésus-Christ? une révélation donnée de Dieu! une révélation envoyée à Jean par un ange; en sorte que Jean n'est que le narrateur, et Jésus lui-même le prophète ! une révélation si bienfaisante et si sainte, que Jean la commence en décriant : «t Bienheureux celui qui lit, « et bienheureux ceux qui écoutent les paroles de cette pro- «phétieî!! »

D'ailleurs, chers enfants, tout répond dans ce livre à un titre si beau. Dès que vous l'ouvrez, vous êtes saisi; vous vous voyez comme sur le seuil d'un temple, mais d'un temple tout rempli de Jésus-Christ et de sa gloire. — Avant même d'avoir compris le sens des emblèmes , deux choses vous émeuvent. — D'abord, c'est la beauté des scènes que le drame de la vision fait passer devant vous. Oui, indépendamment même de leur signification prophétique, et bien que cette signification soit après tout lgur principale beauté, déjà la majesté toute seule des symboles parle à votre cœur; vous vous sentez au milieu des grandeurs de la Rédemption; vous êtes intérieurement sollicité de pénétrer plus avant dans le secret d'un livre dont la première apparence répand déjà tant de douceur dans l'âme et la recueille si puissamment devant Dieu. — Ensuite, un autre trait qui vous émeut également, c'est l'émotion même de saint Jean. Elle vous fait entendre, du chapitre Ier jusqu'au XXIIe, sa voix attendrie et vibrante; elle s'écrie dès l'entrée, comme prosternée devant Jésus-Christ : c 0 qu'à ce a Jésus, qui nous aima et nous lava de nos péchés par son sang,

a soit la glaire et k règne /n puis aussitôt (comme si elle le voyait déjà) : « Le voici, il vient sur les nuées, à oui, amen! » Et à la fin du volume encore : « Oui , Seigneur Jésus , viens, « viens bientôt, amenlt » — Mais encore, entre ces deux cri» d'adoration , dont l'un commence et l'autre finit le livre, cette émotion toujours tendre et sublime continue de sefaire entendre dans tout le cours de l'œuvre , comme la note dominante qui, dans une cantate, relève les accords et les caractérise. — C'est comme un récitatif prophétique j c'est comme un long cantique d'adoration. — Admirable caractère, chers enfants, admirable caractère du livre par lequel devaient se clore les oracles de Dieu! — Quinze siècles auparavant, ils s'étaient ouverts par ces mots : « Au^com- « mencement, Pieu créa le ciel et la terre;.,, puis, Dieu dit: a Faisons l'homme à notre image!... » Et les voici qui, eu finissant, vous montrent l'homme rétabli en cette image de Dieu, le paradis rouvert, l'arbre de vie retrouvé ! Désormais, a ses serviteurs le servent; ils voient sa face, son nom est a sur leurs fronts! Et celui qui rend témoignage de ces « choses, dit : Certainement je viens bientôt, amen! 0 oui, « Seigneur Jésus , viens ! ! » — Ainsi finit le Nouveau Testament; ainsi finit l'Apocalypse,

Vous le voyez donc, chers enfants, c'est un divin narré des épreuves futures de l'Église et de ses derniers triomphes depuis les jours de Jean jusqu'au rétablissement de toutes choses: c'est comme un hymne prophétique sur la grande œuvre de la rédemption des élus de Dieu : « Dieu ayant dé- « terminé d'avance de les adopter à soi par le moyen de « Jésus-Christ, selon la bienveillance de sa. volonté, à la « louange de la gloire de sa grâce. » (Éph. 1, 5 .)

Quelles idées célestes de cette rédemption, dans tout le cours de cet admirable livre ! quels aperçus du mystère de

Christ ! quel sentiment profond de la sévérité, tout ensemble, et de la bonté du Très-Haut, de ses jugements terribles et de ses ineffables compassions! quels accents de cette voix du sang de Jésus-Christ qui « crie de meilleures choses que celui « d'Abel ! » quelles vues ravissantes du bonheur des rachetés et de ce ciel où ils vont entrer ! quels cris de reconnaissance et quels chants merveilleux, pour en célébrer les félicités et les grandeurs !

Et cependant , chose admirable ! ce livre mystérieux et sublime , pendant qu'il expose de si grandes choses et des scènes que jamais bouche humaine n'avait récitées, ce livre jncomparable est en même temps si simple dans son langage , qu'il est , de tous les écrits du Nouveau Testament, le plus facile à traduire en français, et que je le conseillerais volontiers , pour l'un de leurs premiers thèmes , à de jeunes écoliers qui s'exercent sur le grec. — Les docteurs vous déclareront ses pensées plus sublimes qu'Ésaïe et qu'Amos; et vous trouverez cependant, quand on vous le fera traduire , son style plus simple et plus clair que les fables d'Ésope !

Maintenant donc, mes amis , si quelqu'un venait vous demander pourquoi , vous exposant Daniel , je me crois appelé à vous expliquer Jean, que fépondriez-vous?

— C'est que Jean est comme le tome second d'un livre dont Daniel serait le tome premier.

—Je vous l'ai dit ainsi ; mais écoutez ce qu'écrivait là-dessus le grand astronome Newton (1) : « L'Apocalypse de Jean, a dit-il, est composée dans le même style et le même langage « que les oracles de Daniel, et elle est dans les mêmes rap- * a ports avec ceux-ci que ceux-ci les uns avec les autres; de

(1) Note a.

LE TOIIJS 6EG0NB DE DANIEL. 493

« telle sorte que les oracles des deux prophètes ne fout entre « eux qu'un seul corps complet de prophéties. » — Et Ton pourrait ajouter encore que les ressemblances des deux livres sont rendues plus frappantes par celles des deux auteurs. — Daniel est le saint Jean de l'Ancien Testament, comme Jean, le Daniel du Nouveau ; à cela près que l'un, né du sang de David, élevé dans les palais et sur le genou des rois, fut l'ami et le ministre des deux plus grands potentats de l'univers ; tandis que l'autre, humble villageois, ne connut longtemps que sa cabane, son lac et la barque de son père. Bailleurs tout se ressemble chez ces deux grands prophètes : tous deux vieillards quand les visions leur apparaissent; tous deux sublimes et simples, ils furent tous deux chéris de Dieu : « Je te « suis envoyé , parce que tu es agréable, » dit l'ange au premier (1) ; — « c'était le disciple que Jésus aimait , » est-il écrit du dernier (2). Tous deux, ils ont vu le Fils de l'homme venant sur les nuées du ciel ; tous deux , l'empire des Latins sous l'image d'une même bête à dix cornes ; tous deux, ses attentats et sa ruine ; tous deux, l'Homme dépêché; tous deux, la durée de sa guerre aux chrétiens; tous deux, les 1,260 jours; tous deux , ce temps, ces temps et cette moitié d'un ternps ; tous deux enfin, les triomphes de l'Église et les gloires du millenium. — En un mot, comment expliquerions-nous l'un sans étudier l'autre, puisque c'est dans tous deux la même histoire et le même historien?

Quand mon ami, M. Merle, qui vous donne ici quelquefois votre leçon, fera paraître enfin le nouveau tome de sa belle histoire de la Réformation, ce volume fera tellement suite aux autres, qu'ils ne seront tous ensemble qu'un seul et même livre : — et pourquoi?

(i) Dan. IX, 23. — (2) Jean XIII, 23 ; XIX, 26; XX, 2 ? XXI, 7-20.

— Parce que c'est dans tous les volumes le même auteur, M. Merle, et la même histoire, la Réformation.

— Sans doute; et cela, bien qu'il [y ait eu des années et des années entre l'un des volumes et le volume suivant. — Eh bien, chers enfants, il en est ainsi de Daniel et de Jean. Quoiqu'il y ait eu des siècles et des siècles entre l'un des volumes et le volume suivant , c'est toujours le même historien, le saint Esprit; et toujours la même histoire, l'Eglise de Dieu jusqu'au règne des saints. — Combien de siècles entre un volume et l'autre?

— Sept cents ans.

— Oui, six ou sept cents ans. Mais pour l'historien des deux volumes, mille ans sont comme un jour, et six cents ans comme six heures. Un matin, dans Babylone, au bord de l'Euphrate, il dicta le premier; et un autre matin, en un jour de dimanche, sur le rocher de Patmos, vis-à-vis de Milet, il dicta le second.

Vous comprendrez donc pourquoi l'un de ces volumes doit illuminer l'autre. — Comme deux miroirs concaves qu'on met parallèlement en face l'un de l'autre avec une flamme à leur foyer, se jettent et se rejettent mutuellement des flots redoublés de lumière, ainsi nos deux prophètes, placés visà-vis l'un de l'autre, s'enverront à l'envie des clartés réciproques. — On ne saurait dire combien d'erreurs évitables ont égaré les interprètes, lorsqu'ils ont prétendu nous expliquer l'un sans avoir appris l'autre. Connaîtriez-vous les caractères d'une histoire quand vous n'en auriez lu que le tome second? Et encore, il y a bien plus ici; car nos deux prophètes sont remplis de symboles qui doivent s'expliquer les uns après les autres. Que ferait un écolier d'un livre d'algèbre, s'il en commençait l'étude par le second volume,

as s'illuminent l'un l'autre. 495

sans connaître encore la valeur d'aucun signe? Eût-il le génie d'un Pascal, il s'y perdrait; tandis que, s'il commence par le tome premier, vous le verrez s'élever en quelques jours, de théorème en théorème, jusqu'aux plus hautes propositions de la science : les premières pages expliquant les dernières, et celles-ci renvoyant à leur tour sur les précédentes les plus agréables clartés.

Eh bien, mes amis, voilà saint Jean : c'est le tome second d'une histoire dont Daniel est le premier ; ou mieux encore, c'est le tome second d'une algèbre dont les signes sont donnés au tome de Daniel.

Quelle vive lumière, par exemple, ne répandra pas sur l'Apocalypse la seule connaissance de ce signe « La bête, » et cette simple règle : Partout où saint Jean dit « La bête, » dites : « L'empire des Latins »? — Par ce seul procédé, vous illuminez aussitôt le volume tout entier, comme dans une chambre ténébreuse où vous auriez cent objets inconnus, si vous allumez l'un, vous éclairez les autres. — - Et d'un autre côté, vous devez comprendre également quelle abondance de lumière la connaissance que Jean nous aura donnée des destinées de l'Empire, ira porter à son tour sur les pages de Daniel?

Si Ton vous adressait en français une ou deux pages d'écriture dans un chiffre inconnu , que feriez-vons pour les déchiffrer?

— C'est impossible !

— Cela n'est point impossible : on suit au contraire pour ce travail un procédé très simple et très facile. On cherche d'abord dans ces pages quelle est; la lettre qui revient le plus souvent; et quand on L'a reconnue, on peut être assuré qu'en français cette lettre est un E ; — puis , ayant la lettre E , rien

496 LEÇON XLIII. — DAN. VII, 49. fO.

ne vous est plus aise . dans notre langue, que de trouver tontes les autres.

Eh bien , chers enfants , dans l'Apocalypse , la lettre E , c'est la bête.

Plus qu'une question. — Pourquoi, tandis que Daniel avait contemplé quatre bêtes remontant de la mer, Jean ne revoitil que la quatrième ?

— C'est qu'en son temps les trois premières avaient déjà passé.

— Sans doute; il vivait, lui, sous la bête aux dix cornes. Aussi, voyez-le : comme Daniel, il la contemple ; oomme Daniel, il la voit continuer jusqu'à l'avènement de Jésus-Christ; et comme Daniel , il vous dit la durée exacte de sa guerre contre les saints, a i, 260 jours, » ou a un temps et des temps et la moitié dun temps.

Cependant il faut qu'avant dimanche prochain , où je vous ferai traverser, dans le palais des prophéties, la salle magnifique des Révélations de saint Jean, je vous en aie au moin» entrouvert la porte ce matin, pour vous y faire jeter un rapide coup d'œil sur les tableaux exposés dans les salles. — Je voudrais par là que, déjà ce matin', vous pussiez entrevoir d'après quel mode de développement les visions de saint Jean expliquent celles de Daniel. — C'est quelque chose tout à la fois d'élégant et de simple.

J'ai dit que la bête reparaît par trois fois aux regards de saint Jean; et qu'à chaque fois elle se présente avec des transformations qui correspondent aux trois grandes époques de son histoire. Mais à chaque fois aussi, notez-le bien , c'est toujours avec ses dix cornes , pour nous constater son identité et comme pour nous dire : ce C'est moi, ne vous y trompez pas; regardez bien, c'est toujours moi! »

Vous allez admirer , mes amis , ce beau mode d'enseigne-

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