APOGAL. VI. — LES SEPT SCEAUX
mon savant ami , monsieur Elliott , a répandu récemment une précieuse lumière.
Les prophéties de Dieu, je vous l'ai dit, correspondent toujours aux grands traits de l'Histoire; et si vous lisez dans Gibbon , ou ailleurs , la suite des destinées romaines depuis les jours de Jean jusqu'à la conversion de Constantin le Grand* vous y reconnaîtrez six époques très distinctes marquées avec beaucoup de précision par les historiens , et vous verrez bientôt que ce sont aussi les six époques exposées sous les six sceaux par le prophète de Patmos.
Premièrement, une époque de paix au dedans et de triomphe au dehors , époque de félicité , sous le gouvernement légitime d'une nouvelle dynastie d'empereurs « qui n'a jamais eu , dit Gibbon , sa pareille dans l'histoire des nations » et qui dura quatre-vingt-trois ans, à partir de l'année 96, où Jean venait d'avoir sa vision et où montait sur le trône des Césars le sage Nerva , de race nouvelle et Cretoise , père adoptif des plus glorieux empereurs que jamais Rome ait possédés. — Secondement , une époque de guerres intestines et de tyrannies militaires durant plus de cinquante années, par les constants soulèvements de la garde prétorienne et des officiers impériaux. — Troisièmement, une époque d'appauvrissement et de ruine pour tout l'Empire, par l'oppression des taxes en denrées, en blé, en orge, en vin et en huile, et par les exactions des gouverneurs de provinces, depuis le mémorable édit de Caracalla jusqu'à la fin du troisième siècle. — Quatrièmement , une époque d'une mortalité sans exemple, « où pendant plus de trente ans, dit Gibbon, le triple fléau de la guerre , de la famine et de la peste détruisit la moitié du genre humain. »
Voilà donc les quatre premières époques de l'Histoire depuis saint Jean; — mais voilà celles aussi de la Prophétie,
chers enfants, sous les quatre premiers sceaux. — Admirez son langage. — Dès que l'Agneau a brisé le premier, une voix comme le tonnerre se fait entendre à Jean : « Viens et « vois, » lui crie-t-etle. — Et que voit-il? — Un cheval. — Le cheval n'était pas seulement en général le symbole commun des peuples militaires; consacré au dieu Mars, il était (les anciennes médailles en font foi) l'emblème reçu , le signe historique de Rome et du peuple romain, à peu près comme l'ours aujourd'hui le serait des Bernois, ou l'aigle et la clé, de notre République. — Le cheval reviendra donc là, dans chacun des quatre premiers sceaux, pour nous faire bien comprendre qu'il s'agit des Romains. — Ainsi , sous le premier sceau, époque de gloire et de prospérité, c'est un cheval, mais un cheval blanc, couleur du triomphe. Qui est-ce qui le monte? un empereur- couronné par la victoire, sortant en vainqueur et sortant pour vaincre. Et quel empereur? La dynastie adoptive et glorieuse de Nerva (les Trajan, les Adrien, les Antonin). Mais pourquoi dans ses mains cet arc qui ne fut jamais l'arme des Romains et qui fut dans toute l'antiquité le symbole historique des Cretois? C'est pour désigner la patrie de Nerva, ou l'origine étrangère et. nouvelle des grands empereurs qui caractériseront cette époque de gloire.
Sous le second sceau, époque de guerres civiles, c'est encore un cheval, mais un cheval fauve, îrupp©«? couleur de feu; et qui le monte? un Préfet du Prétoire, un commandant de la garde impériale, dont l'attribut, chez les Romains, était une épée que le chef de l'État lui remettait le jour de son installation, a Par lui la paix est ôtée de dessus la terre, et a les hommes s'entr' égorgent. »
(1) Noie b.