APOCALYPSE, CHAP. XI. %M
cielles et visibles seront livrées aux ennemis de Dieu ; tout comme à Jérusalem les sacrificateurs rendaiept à Dieu leur culte dans l'intérieur du temple , tandis que les parvis extérieurs et la ville sainte étaient foulés aux pieds des étrangers. — Mais écoulez encore : Jean va plus loin. Ne croyez cependant pas, nous dit-il, que, durant ces 4,260 jours, les églises officielles et visibles ? bien qu'envahies par les ennemis de Dieu , aient été si longtemps sans une prédication de l'évangile de Christ; non, non! le Seigneur au contraire vous déclare que, durant cette longue période, ses témoins ne cesseront pas d'y prophétiser, bien que revêtus de sacs et que réduits au plus petit nombre; c'est-à-dire que, pendant tout le cours de ces 4 ,260 années, un témoignage visible et connu de tous, sera continuellement rendu à l'Évangile dans le territoire des Latins, mais un témoignage, qui, bien que puissant devant Dieu, sera très humble devant tes hommes: deux témoins } c'est-à-dire (selon la règle de l'Écriture (4)), le moins qu'on puisse avoir; et deux témoins toujours revêtus de sacs, c'est-à-dire, toujours sous l'opprobre et la persécution. — Ah ! malheur, cependant, malheur au monde, malheur à la terre des Latins, à cause de son mépris pour leur témoignage 1 Les plus terribles fléaux visiteront la terre en conséquence de ces mépris.
Mais écoutez maintenant, lecteurs de Daniel; voici qui devient important. Qu 'est-il écrit de ces deux témoins au verset 7, « lorsqu'ils achèveront leur témoignage ? » Que l'un de vous, mes amis, se lève et me réponde.
— Il est écrit que, lorsqu'ils achèveront leur témoignage , la bête qui monte de t abîme leur fera la guerre et les vaincra et les tuera.
(1) 1 Tim, V, 10.
232 LEÇON XLIV. — DAN. VII, 19, 20, 24, tt.
— J'ai dit que cette parole est très importante pour des lecteurs de Daniel et qu'elle nous ramène enfin directeiHcri aux oracles de ce prophète. — Quelle est en effet celle béte féroce qui monte de F abîme ?
— C'est l'empire des Latins.
— Oui, car elle nous est très exactement décrite au chapitre XVII. — Vous y verrez que cette bètc motitant de Fabime. qui doit tuer pour un temps le témoignage de l'Évangile en Occident , c'est l'empire dos Latins dans sa troisième et dernière manifestation.— Que l'un de vous nous lise le verset H de ce chapitre XVII.
— « La bête que tu as vue a été et n'est plus, et elle doit mm-
« ter de l'abîme ! »
— Voilà donc la béte qui doit tuer les deux témoins de Jésus-Christ, quand ils acltcveront leur témoignage ; et vous lisez au verset 3 quelle est cette bête.
— « Une bête, couleur décarlate, pleine de noms de blas- « phemes, et qui avait sept têtes et dix cotmes. »
— A la fin donc de ces \ ,260 jours prophétiques ; en d'autres termes , après un temps et des temps et la moitié dun temps , les deux témoins de Jésus-Christ reprendront la rir, (est-îl dit) ; « ils se relèveront sur leurs pieds ; ils monteront « au ciel dans la nuée, et leurs ennemis les verront; » c'està-dire, pour le moins, qu'alors leur témoignage devra revivre, être reconnu de tous, même de leurs ennemis, et recevoir un succès manifeste.
Mais prenez bien garde encore ici, je vous prie, à ce qui nous est dit aux versets 43 et 14. C'est qu'au terme de cette même époque, deux grands événements devront arriver, l'un dans l'Orient, l'autre dans l'Occident : en Orient, la ruine de l'empire turc (« le deuxième cri7 Malheur! est passé,» dit saint Jean), et en Occident, une grande révolution poli-
tïc|ue et sociale (un tremblement de terre), la chute de l'un des dix Étais de l'empire des Latins, et l'abolition de sept mille noms d'hommes (Use fit un grand tremblement de terre , ajoute saint Jean ; un dixième de la cité tomba; sept mille noms d'hommes furent tués par ce tremblement de terre, et les autres furent saisis de crainte et donnèrent gloire à Dieu). Mais peu après aussi, Jean nous le déclare, le deuxième cri, « Malheur! » étant passé, ou la trompette turque ayant rendu ses derniers sons , alors viendra sans plus de retard le troisième cri : « Malheur ! » c'est-à-dire, la septième et dernière trompette, la grande invasion des Russes, dont j'aurai plus tard à vous parler en vous expliquant la suite de Daniel (1).
Donnez donc, je vous prie, toute votre attention à cette importante fin du chapitre XI. «Le deuxième cri «Malheur !» ce est passé, dit saint Jean, et voici, le troisième vient a proraptement. » — « Alors le septième ange sonna de la « trompette, ajoute-t-il; -et il y eut de grandes voix dans le « ciel qui disaient : Les royaumes du monde sont devenus ce les royaumes de notre Seigneur et de son Christ, et il récit gnera aux siècles des siècles! Et les vingt-quatre anciens, « assis devant Dieu sur leurs trônes , tombèrent sur leurs a faces et adorèrent Dieu. Nous te rendons grâces, die saient-ils, Seigneur Dieu., de ce que tu es entré dans ton « règne ! »
Vous l'entendez , Tu es entré dans ton règne : voilà la cinquième monarchie de Daniel, voilà le règne du Fils de l'homme ! a Les nations s'étaient émues de colère ; mais ta « colère, à toi, est venue, et le temps déjuger les morts, « de donner le salaire à tes saints, et de détruire ceux qui
1) i\oic ?/•
tZh LEÇOS XLIV. — DJUf. vu, 49, 20, 21, 22-
« détruisent la terre! » — Ainsi , vous le voyez daïrenkH nous voilà parvenus enfin, comme dans Daniel (en ses*?sets 14 et 57 ) , à .ces temps bienheureux « ou le règne et k « domination et la grandeur des royaumes qui sont sous tm « les cieuXy seront donnés aux saints du Souverain : royem « éternel, tous les empires lui seront assujettis et lui obéirait** — Que l'un de vous nous répète ici les versets 21 et 32 & votre leçon.
— « Savais regardé comment cette corne faisait la gvent « contre les saints et les surmontait, jusqu'à ce que l'Ancien es « jours fut venu, et que le jugement fut donné aux saints é a Souverain et que le temps vint auquel les saints obtinssent h « royaume. »
— Ainsi furent donc exposés aux regards de saint Jean te deux grands faits prédits dans votre leçon : premièrement, la guerre continue de la béte latine contre les vrais chrétiens- et secondement, leur triomphe final ou le règne glorieux qui leur a été promis. — Telle fut, pour ce saint apôtre, la première ouverture du ciel, et c'est par là que se terminent, vous venez de le voir, ses onze premiers chapitres.— Mais vous allez en lire bientôt de plus éclatants encore et de plus propres à vous -expliquer Daniel; car le ciel n s'ouvrir pour la seconde fois dans son chapitre XII , et c'est là qu'enfin cette quatrième bête qu'avait vue Daniel, la béte latine, va lui apparaître avec ses dix cornes ; c'est là (vous le savez) que j'en voulais venir, quand j'ai pris la hardie résolution de vous ouvrir l'Apocalypse.
J'aurais pu sans doute, dans ce but, me contenter de voos exposer uniquement et sans autre préambule , d'abord ce chapitre XII où la bote se remontre à saint Jean pour la première fois comme impériale et païenne j puis ensuite le chapitre XIII, où elle ressort de la mer comme décemroyale.
APOCALYPSE, CIIAP. XII. 235
et fait une guerre de 1 ,260 jours « aux saints du Souverain;» puis enfin le chapitre XVII, où c'est de tabhne qu'elle reiqonte, comme démocrate et révolutionnaire, pour a s'en <* aller à sa dernière ruine; » mais il m'a paru plus convenable de commencer par vous donner, en au§si peu de paroles que possible, quelques notions générales des visions qui, dans saint Jean, précèdent ces trois réapparitions de la bête de Daniel. J'ai pensé que cette revue, toute rapide qu'elle devait être, de ses onze premiers chapitres, pourrait cependant suffire à vous montrer deux choses : premièrement, combien déjà cette première ouverture du ciel présente un ensemble harmonique et majestueux; et secondement, combien aussi, ce même ensemble est admirablement conforme aux oracles de Daniel.
Maintenant donc, chers enfants, j'en viens enfin à ce chapitre XII : les rapports des deux prophètes y deviennent éclatants; la bète y va réapparaître ; Daniel lui-même ici vous servira de conducteur comme s'il y marchait devant saint Jean; et à son tour saint Jean, comme un voyageur qui suivrait son guide avec un flambeau dans ses mains, jettera 3ur Daniel d'abondantes lumières. — Jusqu'à ce chapitre, il nous avait entretenus surtout des affaires de l'Empire (comme Daniel en son chapitre II); mais à partir de cette deuxième ouverture du ciel , il. nous occupera surtout des affaires de l'Église (comme avait fait Daniel en son chapitre VII). Et pour que nous puissions savoir dans quels lieux et dans quels temps ces affaires de l'Église se devaient accomplir, nous voyons arriver avec éclat sur la scène le grand empire des Latins, la quatrième bête de Daniel. — Impossible de s'y méprendre ! Ne la reconnaissez-vous pas aussitôt? n'a-t-elle pas deux traits qui vous y forcent? le premier, ses dix cornes; et le second, la durée de ses persécutions contre les saints :
236 LEÇON XL1V. — DAN. Vil, 19, 20, 24, 22.
un temps (est-il dit comme dans Daniel), un temps et da temps, et la moitié <tun temps?
Il faudra donc , mes amis , qu'on m'écoute dans tons te bancs avec un redoublement d'attention : ces révélations vont devenir éclatantes de lumière; Daniel va sembler revenir; et vous pourriez croire l'entendre ici lui-même; car vous allez revoir sa quatrième béte , celle qui faisait le principal sujet de son chapitre VII et qui nous a tant occupés , celle qui, d'après ce que nous venons déjà de lire au chapitre XI de saint Jean, doit finir par monter de t abîme, pour tuer les deux témoins de Jésus-Christ après qu'ils auront proclamé leur témoignage pendant 1,260 jours. — En d'autres termes, c'est ici (et dans les chapitres XIH et XVII) que vous allez contempler en figure l'histoire tout entière des persécutions de l'Église de Dieu, dans l'empire des Latins , pendant les trois grandes périodes de cet empire , mais plus spécialement pendant ces 1 ,260 jours prophétiques dont avait parlé deux fois le prophète de Babylone (VII, 25; XII, 7), et dont parlera cinq fois le prophète de Patmos : un temps, des temps , et la moitié d'un temps; i, 260 jours ou 42 mois. (Apoc. XI, 2, 3; XII, 6, i 4.; XIII, 5).
J'expliquerai bientôt, plus exactement que je n'ai pu le faire jusqu'ici, ce que valent et ces temps et ces jours -, mais il estassez évident que cette forme étrange d'expression n'est employée si souvent par Daniel et par Jean, que pour nous faire bien reconnaître , dès l'abord , qu'ils prédisent les mêmes faits, et que nous devons les étudier ensemble pour les expliquer l'un par l'autre.
Je m'arrête , mes amis , et je réserve ces objets pour dimanche prochain. — Cependant, je ne voudrais pas finir notre première leçon sur l'Apocalypse, sans vous y avoir signalé l'enseignement qu'elle nous donne sur la nature et sur les
LA NATURE RT LF.fi DESTINÉES DE KKGLISE. 237
destinées de l'église de Dieu. Il en ressort ces trois vérités importantes que je vous prie de retenir.
Première vérité : l^i vraie église catholique ou universelle de Dieu sur la terre, en d'autres termes, «le corps de Christ,» « l'église des élus », «l'épouse de l'Agneau » est une église invisible. Elle adore, avons-nous vu, dans le temple intérieur.
Deuxième vérité : Les enfants de cette vraie église de Dieu sur la terre sont persécutés du monde ; et ils ont dû l'être dans l'empire des Latins, durant \ ,260 jours.
Troisième vérité : Cette vraie église de Dieu sur la terre doit cependant finir par obtenir le jugement et le règne : « La domination , dit Daniel , et la grandeur des royaumes qui sont sous tous les deux, lui seront tellement données, que tous les empires lui seront assujettis et lui obéiront. — Répétez-moi , je vous prie, l'une après l'autre, ces trois importantes vérités.
— Premièrement, que la sainte église universelle, qui comprend tous les élus, est une église invisible.
— Très bien. Nous devons soigneusement distinguer , comme font les Écritures, entre Y Église et les églises ; je veux dire, entre l'assemblée universelle et les assemblées particulières. L'Église de Dieu est invisible \ mais les églises de Dieu sont visibles. L'Église de Dieu ne se compose que de ceux qui sont siens; et « Dieu seul connaît ceux qui sont siens (2 Tim. IL 19). » Cette église ne deviendra donc entièrement visible et reconnaissable qu'au dernier jour, alors que Jésus-Christ « rassemblera en un ses enfants dispersés. » Mais les églises de Dieu , au contraire , se composent de tous ceux qui , bons ou mauvais , font profession d'être chrétiens et participent ensemble aux choses saintes , ces églises de Dieu sont reconnaissables et visibles. — Ainsi donc, tandis que « la sainte Église universelle » est l'assemblée des élus et des croyants, les églises particulières sont les assemblées des appelés et de
238 leçon xliv. — dan. vu, 49, 80, 21, 22f
ceux qui professent êlre croyants. L'Église universelle, c'est le corps mystique de Christ, et Christ en est la tète, dit saint Paul, comme il en est le Sauveur (1); elle ne se compose que de ceux qui sont membres de ce corps, étant unis à cette tête et sauvés par elle : elle est donc invisible ; car comment ici-bas connaître tous ses membres? comment les distinguer? vous ne voyez pas leur cœur ; vous n'entendez pas leur conscience; vous pouvez toujours vous y tromper, les apôtres mêmes s'y trompaient ! Philippe n'avait-il pas baptisé dans Samarie Simon le magicien? Pierre ne le croyait-il pas converti? et ne furent-ils pas bientôt forcés de reconnaître que cet homme hypocrite n'avait point de part « en cette affaire « et que son cœur n'était pas droit devant Dieu (2)?» L'Église est donc invisible; et c'est pour cela que nous disons dans le Symbole des apôtres : <c Je crois la sainte Égb'se universelle : » nous disons, Je crois, parce qu'elle ne se voit pas, et que son existence comme sa permanence est un objet de foi ; Jésus ayant déclaré qu'elle existera toujours , et « que a les puissances de l'enfer ne sauraient la détruire. (3) » Souvent, ici -bas, ses membres sont fugitifs, persécutés, chargés de chaînes, couverts d'opprobres, traités comme brebis de tuerie, et ses évangélistes sont revêtus de sacs; mais n'importe , chers enfants ! bien que dispersés, bien que o cachés dans les déserts et les montagnes et les antres de la terre , » ils forment « l'Église du Dieu vivant; s et a le temps vient, » dit notre texte, le temps vient oh ils obtiendront le règne. — Je voudrais donc f vous faire là-dessus deux questions, et voici la première :
— Peut-on dire que les hommes hypocrites et réprouvés fassent partie de la sainte église universelle?
(1) fephé*. V, 23. — (2) Actes VIÎÏ, 13,21. — (3) MaMi. XVÎ, 1S.