‹ Daniel le prophète, exposé dans une suite de lecons pour une école du dimancheChapitre 155 sur 198 · LES SEPT TÊTES. ÎÎ · texte numérisé non relu

LES SEPT TÊTES. ÎÎ

plication quand il revoit la bête pour la troisième fois , au chapitre XVII, verset 9,

— Les sept têtes sont sept montagnes sur lesquelles la femme est assise,

— Voilà donc leur premier sens , sept montagnes ; mais continuez au verset suivant : vous aurez le second.

— Ce sont aussi sept rois.

Ouï, sept rois, sept suites de rois , ou sept formes diverses de gouvernement; mais reprenez.

Ce sont aussi sept rois :les cinq sont tombés; l 'un est ; [autre n'est pas encore venu; et quand il sera venu, il faut qu'il demeure pour peu de temps.

Vous l'entendez : dans ce chapitre XVII , saint Jean voit à cheval sur le dos de la bête une femme magnifiquement parée , mais ivre de sang , et l'ange lui déclare que c'est Rome, et que les sept têtes (qui sont un double emblème) représentent premièrement a les sept fameuses collines sur a lesquelles cette ville était bâtie. » — Que voudriez-vous de plus clair? est-il dans nos collèges un seul jeune garçon qui n'ait entendu les poètes et les historiens désigner Rome par ce Irait? Virgile n'a-t-il pas dit : « Septemque una circumdedit ce urces (et il environna d'un seul rempart les sept hauteurs)? » — et Horace (dans son « Ode séculaire ») : « Diis, quibus septem a plaeuere colles dicere carmen (chanter un hymne aux dieux a qui se plaisent aux sept collines)? » — et Ovide : « Sed quœ « de septem totum circumspicis orbem, Montibus imperii, Roma, « deûmque locus (mais toi qui , de tes montagnes, vois à tes « pieds, tout l'univers, Rome, siège de l'Empire et des dieux)?» — et Properce : « Septem urbs alta jugis toti quie [trœsidet orbi» « (celle ville élevée sur sept coteaux, qui préside sur le monde « entier?) » — Et ce signe de la cité de Rouie, mes amis, vbl encore tellement caractéristique, que moi-même , en 1838 ,

quand, arrivé pour la première fois dans cette ville au milieu de la nuit , je voulus , dès cinq heures du matin , courir de mon hôtel au Gapitole pour contempler de là les sept collines, je pus seul et sans guide les reconnaître encore de mes

yeux.

Mais ce n'est pas tout , vous dit l'ange : les sept tètes

ont un second sens et représentent aussi sept rois (on sept suites de rois), c'est-à-dire, sept formes diverses de gouvernement qui devront successivement régner sur l'empire romain. Cinq de ces formes, au dire de Jean, « avaient déjà passé o quand il écrivait l'Apocalypse. — Vous me les aves nommées, veuillez les répéter.

— ll Les rois; 2ft les consuls; 3* les dictateurs; 4* les décemvirs; 5l les tribuns militaires.

Très bien; mais une sixième, dit-il encore, « existait » au temps de la vision. C'était celle des empereurs. On pourrait presque dire qu'elle a duré jusqu'en nos jours; car les dix rois de l'empire latin n'ont presque jamais cessé de reconnaître un a saint empire romain » dont le chef était tantôt en Orient, tantôt en Occident. — Quoi qu'il en soit, c'est sur le front de cette sixième tête que s'élevèrent les dix cornes; et ce fut celle aussi qui se fit voir aux regards de Daniel.

Cependant, une septième forme devait venir après, et durer peu de temps (je vous la nommerai plus tard) ; et enfin, la bête elle-même (et ceci paraît bien étrange , mais nous l'expliquerons aussi), la bête elle-même , après avoir semblé périr, devait reprendre la vie, monter de l abîme , et devenir vers les derniers temps, comme un huitième roi, c'est-à-dire comme une huitième forme du gouvernement de l'empire des Latins. — Voilà pour les têtes; — passons aux diadèmes.

Ce second signe, mes amis, va nous montrer encore avec une grande précision à quelle période de l'histoire romaine

LES DIADKMBS. ÎB1

oette première réapparition de la bête (dans le XIIe de saint Jean) doit être rapportée. — Avez- vous su remarquer où lea diadèmes sont posés? sur les têtes ou sur les cornes?

— Ils sont sur les têtes et non point sur Les cornes. .

•««Sans doute; mais observez aussi que, dans la réapparition suivante , au XIIIe de saint Jean , ils ne seront plus sur les têtes , ils seront sur les cornes ; et que , dans la troisième réapparition , au XVIIe de saint Jean, ils ne seront plus nulle part 9 ni sur les têtes ni sur les cornes. — Ce signe est donc très caractéristique; il faut l'étudier. — Que veulent ces diadèmes sur les têtes ? Ne voyez-vous pas qu'ils attestent avec précision que, dans cette première époque, le pouvoir souverain est sur les sept montagnes , c'est-à-dire , dans la ville même de Rome , et non point encore sur les dix rois qui devaient plus tard se partager l'Empire. Rouie est donc alors autocrate et monarchique; tandis qu'au chapitre XIII , (où la bête romaine reparaîtra pour la seconde fois), les diadèmes auront passé sur les cornes, parce que la souveraineté politique ne sera plus alors dans Rome, mais dans chacun des dix royaumes entre lesquels l'Empire se sera divisé. — Il faut donc évidemment que le chapitre XII traite du temps où l'Empire n'est point encore envahi parles Goths : la puissance souveraine siège sur les sept montagnes; c'est Rome impériale; c'est la reine du monde a toti quœ prœsidet orbi; » les cornea (soit aux jours de Jean, soit aux jours prédits ici) ne régnent donc point encore : les cornes que tu as vues, loi dit l'ange, sont dix rois qui n'ont pas encore commencé à régner (i). Ainsi, cette première réapparition de la bête est nécessairement antérieure à la fin du cinquième siècle où le diadème royal allait ceindre le front des Odoacre à Ravennes, des Clovis à

(1) Apoc. XVII, 12.

Soissons, des Alaric à Séville, des Gondebaud à Genève, des Genséric à Carthage , des Alboin à Milan ; et il faut aller chercher les événements de ce chapitre XII avant l'invasion des barbares. — C'est donc Rome autocrate, je l'ai dit, c'est Rome impériale et dtadémée. — Je passe maintenant au troisième trait , je veux dire, au Dragon qui forme ici le corps de la bête:

Qu'est-ce que ce grand dragon roux (1)? vous allez voir qu'il vous atteste la même vérité. — En effet, comme les sept têtes, c'est un double emblème : il signifie deux choses, Tune en religion et l'autre en politique.

Et d'abord , en religion , le dragon représente un pouvoir païen et persécuteur, agissant sous l'inspiration de Satan , le dieu de tout culte idolâtre et le grand promoteur de tout mal. C'est saint Jean lui-même qui nous l'explique ainsi : Le dragon (dit-il, au chapitre XX, verset 2) ou k serpent (comme H l'appelle, aux[ versets 4 4 et 4 5), c'est feserpen/ôneien, qui est k diabk et k satan; c'est celui quia séduit à F idolâtrie toute la terre habitnbk. — Nous avons donc ici comme une incarnation de l'Esprit de ténèbres pour la guerre qu'il voulait faire à l'église de Dieu dans l'empire des Latins.

Mais ce n'est pas tout, chers enfants ; il y a quelque chose d'autre encore dans a ce grand dragon roux : » c'est aussi un symbole politique ; — et, dans ce but, on n'en pouvait choisir aucun de plus convenable pour représenter le pouvoir absolu des empereurs païens vers la fin du siècle troisième et le commence r.ent du quatrième. — En effet, c'est plus qu'une figure prophétique, puisque c'était à cette époque un emblème historique et national de la puissance romaine. Ce fut toujours un usage des prophètes d'en emprunter de tels,

(I) 71 vopài.

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