LA FEMME FUYANT AU DÉSERT
de l'avènement des barbares; mate quant à sa Petite Corne, ce n'est pas encore le moment d'en parler, puisqu'elle ne commence, vous le savez, qu'après l'invasion des barbares et dans la deuxième période de l'Empire latin. — Ce sera donc l'objet du chapitre XIIL — Cependant, mes amis, bien que l'Église dans sa première période, n'ait encore rien à faire avec la petite Corne , vous avez dû le voir, il y a déjà dans ce chapitre XII, pour un lecteur de Daniel , des mots trop intéressants sur la fuite de la femme au désert, pour que je n'y arrête pas un instant votre attention ; car, à l'occasion de ce désert, l'apôtre a bien soin de nous dire (au v. 6) que l'Église y a un lieu préparé de Dieu , afin que , plus tard , on f y nourrisse i,%60 jours, ou (comme îl le dit encore au V. 42), un temps et des temps et la moitié éFun temps.
Qui ne voit ici avec évidence que ces paroles se rapportent à la vision de Daniel? Il est donc bien nécessaire que je vous les explique. Et d'ailleurs, quelles sont belles! Quel éclat doux et pur cette femme vêtue du soleil et couronnée d'étoiles vient jeter sur cette première scène de la vision! —Vous savez qui est cette femme? que l'un de vous me réponde.
— Saint Jean nous l'a dit, c'est la vraie église.
— Très bien, cher enfant; c'est « la mère des 144,000 « qui gardent les commandements de Dieu et le témoi- « gnage de Jésus-Christ , et qui ont blanchi leurs robes dans le sang de l'Agneau. x> Or il faut comprendre que cette église des 444,000 devait, pendant la période impériale de l'empire romain, éprouver trois grandes attaques de la part du prince des ténèbres. — Voici d'abord la première. — La femme est enceinte, dit saint Jean , elle crie , étant en travail et tourmentée pour enfanter. C'est là sa condition presque constante sur la terre ; mais à l'époque du grand dragon roux, elle devait mettre au monde un enfant mâle,
Jt!îG LEÇON XLV. — DAN. VII, 23.
c'est-à-dire , un peuple uni politiquement en corps de nation et vainqueur de ses adversaires. — Selon le ternie a?signé d'ordinaire aux femmes, elle devait être enceinte pendant quarante semaines, ou 280 jours ; c'est-à-dire (comme nous le verrons bientôt) 280 ans, à partir de Fan 33 où Jésus-Christ est sorti du tombeau, jusqu'à Tan 313 où f enfant mâle devait naître. — Ses grandes douleurs d'enfantement commencèrent le dimanche, 19 avril de Tan 303, alors qu'on se mit dans tout l'Empire à démolir les temples, à brûler les bibles, à tuer les fidèles ; mais son terme jtour enfanter arriva Fan 313, quand deux des trois empereurs qui se partageaient l'Empire, Licinius et Constantin, publièrent à Milan leur fameux « édit de tolérance. » Alors enfin la femiîK» « mettait au monde cet enfant mâle » qui devait bientôt paitre le paganisme « avec une verge de fer » et « qui doit un jour gouverner tous les peuples. » — Cependant le troisième des empereurs, le cruel Maximin, animé par Satan contre le peuple chrétien qu'il voyait « naître » comme nation et sur le point de prévaloir , Maximin s' élevant avec fureur, « se tint devant la femme, tout prêt à dévorer son a enfant aussitôt qu'elle l'aurait mis au monde » ( c'était là « comme une grande bataille entre Christ et Satan, » entre le culte de Jupiter et celui de Jéhovah) ; mais cette rage fut vaine : bientôt Maximin, accablé lui-même, le 30 avril 313, s'en alla mourir dans la plus affreuse agonie ; tous les ennemis du nom chrétien furent confondus ; tous ses persécuteurs, écrasés 3 Satan, l'objet et le soutien du paganisme, jeté comme du ciel en terre : sa place dès lors impossible à trouver dans le ciel politique de l'empire ; le culte des faux dieux partout abhorré, et les amis de l'Église chantant sur toute b terre un cantique de triomphe.
Cependant, hélas! ce triomphe n'était que pour un temps;
car malheur encore aux habitants de la terre ! le dragon allait descendre vers eux pour une seconde attaque avec un grand courroux. Cette seconde attaque, la voici.
Voyant que, par le renversement du paganisme national , il avait été jeté du ciel en terre , et son paganisme privé désormais de tout pouvoir politique, il se mit à poursuivre, non plus cet enfant mâle qui venait d'arriver au monde ; je veux dire, non plus ce peuple chrétien qui avait prévalu politiquement et qui ne formait après tout qu'un assemblage très confus du pur et de l'impur; mais cette femme si belle , cette église si glorieuse et si pure a qui Pavait enfanté. » Il la poursuivit alors, en suscitant contre elle , dans tout l'Empire , la puissance furieuse des Ariens qui devinrent les maîtres du monde et qui la tourmentèrent quarante ans. Alors a elle <« prit la fuite; » mais divinement fortifiée sous le règne admirable du grand Théodose , restaurée et nourrie par de saints docteurs et surtout par les travaux incomparables d'Augustin, elle reçut de Dieu comme « des ailes d'aigle, » pour être en état de s'envoler au désert. C'est là son lieu; car, d'après d'anciennes prophéties , elle y devait être plus tard merveilleusement « nourrie de Dieu 1 ,260 jours , » ou « un « temps, des temps et la moitié d'un temps. »
Cependant il devait y avoir une troisième attaque plus furieuse encore, « du serpent contre la femme. »
Les persécutions impériales toutes sanglantes qu'elles
avaient été , n'ayant pu prévenir l'établissement politique
du christianisme dans l'Empire et plus tard les fureurs de
l'Arianisme n'ayant pu l'anéantir, le serpent imagina contre
l'Église un moyen qui semblait devoir détruire avec elle
l'Empire tout entier. — C'était de « l'inonder sous un déluge »
de nations barbares; les unes ariennes, les autres païennes,
toutes ignorantes, avides et sans pitié. — Le dragon, à l'instar
des baleines , des crocodiles et de tous ces monstres des eaoi qui y de leur bouche, engloutissent les ondes pour les jeter ensuite au loin, le serpent devait a jeter de sa bouche *jrà « la femme des eaux comme un fleuve, afin de la faire empera ter par ce torrent. » — Les eaux, dans le style des prophètes, représentent les multitudes des peuples ; et les fleuves des eaux, ces mêmes multitudes en marche d'invasion. —Voilà donc l'ennemi des âmes employant l'Empire Romain luiihême à lancer contre la femme les flots impétueux des barbares; voilà l'Église poursuivie et presque emportée par'te fleuve , pendant qu'elle prend le chemin du désert. — Vous vous rappelez chers enfants , que ce furent en effet les empereurs romains eux-mêmes, qui, les premiers, accueillirent dans leurs propres provinces et dans leurs propres armées ces torrents débordés des Vjsigoths, des Gépides, des Hernies, des Ostrogoths, des Alains, des Vandales, des Lombards, comme les baleines absorbent dans leur corps l'eau qu'elles lanceront ensuite. — Ainsi donc Satan, dans sa rage, employait l'empire des Latins lui-même à engloutir dans son sein ces barbares qui plus tard l'inonderaient tout entier. Périsse cette Puissance, pensait-il pourvu que l'Église y périsse avec elle! Et Ton sait que ce fut Stilichon , régent de l'Occident, beau-pèçe de l'empereur et vainqueur d'Alaric, ce fut Stilichon lui-même qui appela les barbares sur l'Empire.— Ainsi le dragon les vomissait-il de sa bouche sur la chrétienté romaine , dans l'espoir « d engloutir la femme. »— Que deviendra-t-elle, celte femme noyée par te fleuve rapide, profond et bouillonnant de dix nations barbares; emportée avec ses écoles, ses oratoires, ses temples, ses maisons de chanté , ses familles pieuses , ses plps saints docteurs et ses plus chers enfants? — que deviendra-elle? ne va-t-elle pas périr? — Non, mes amis! Satan s'agite en vain, elle nepé-