XXIV« TRAIT. — SB9 MARCHANDISES
risons dans la maladie, des secours dans la tempête, des succès dans la guerre, des pluies dans la sécheresse, ou de beaux jours après les pluies ; mais jamais pour des délivrances célestes, jamais -pour sauver des âmes devant le jugement dernier, jamais pour leur acheter le ciel, jamais pour leur assurer une place dans l'éternité ; jamais, que je sache ; non, jamais! — Les Turcs aussi vendent des talismans, et les Nègres des fétiches, pour garantir leurs acheteurs de la mortalité en temps de peste, ou des balles en temps de guerre. Mais vendre des âmes d'hommes, vendre le salut de Dieu aux âmes, vendre aux âmes le paradis, l'éternité? non, jamais ! — Au contraire, Mahomet se fait dire de Dieu dans le Coran, au chapitre Des afflictions (1) : « Ceux de qui la baa lance sera pesante de bonnes œuvres, iront en paradis; et n ceux de qui la balance sera légère de bonnes œuvres, iront a en enfer dans un feu si chaud que je ne t'en puis exprimer a les ardeurs.» — Mais racheter aucune âme de cet enfer, sortir pour de l'argent aucune âme de ce feu de l'autre monde, non, jamais, ni Mahomet, ni les muphtis de Bagdad ou de Constantinople ne l'avaient prétendu ! — Ce commerce n'appartient qu'à la Rome de lf Antichrist ; c'est là son caractère : son gomos, a dit saint Jean, ses marchandises, «la caret gaison de ses marchands qui sont des princes en la terre,» ce seront des âmes d hommes!— Et ce commerce, comment le fera-t-elle? — Comment, si ce n'est en prétendant sauver les âmes pour de l'argent; les délivrer pour de l'argent du feu qui sans elle tourmente les méchants; leur ouvrir pour de l'argent le ciel qui sans elle leur demeurerait fermé ; leur persuader que, tenant les clefs de l'enfer et du paradis, elle peut abréger leurs souffrances dans l'autre monde contre de
(1) Notée.
3*4 Lagon xltui. — • dan. vn, 25.
l'argent donné à l' Antichrist dans celui-ci; elle peut, pour de l'argent , leur pardonner ou même leur permettre tel on tel péché qui, sans l' Antichrist, les aurait à jamais perdues? — Que sais- je? peut-être même y aura-t-il en la chancellerie de Rome une taxe pour cela: tant d'écus romains pour on péché, et tant pour un autre péché !
Voilà donc ce qui parait devoir être nécessairement entendu par cette étrange parole : Et sa warckasuHse9 ce sert des âmes <F hommes! — Qu'en pensez-vous, chère enfante? vous, par exemple, le premier du cinquième banc!
— Que c'est une chose très horrible, mais trte improbable.
— D est vrai, cher enfant, horrible et improbable; mais tout horrible, tout improbable qu'elle est, il faudra bien qu'elle se voie , puisqu'elle est prédite I — Passons donc maintenant à l'autre branche de commerce; elle tous semblera, sinon plus horrible, au moins plus improbable encore que la première : c'est un commerce de cadavres !
m Marchwdim de corps dhormms, » dit saint Jean, de corps distincts de leurs âmes; « Uni Lekhmme, » m Et de* cadavres , » dit Luther* — Il faut convenir que , si ce n'était le respect qu'on doit au texte des Écritures , ce commerce de corps morts a quelque chose de si bicarré à la fois et de si révoltant, qu'on serait tenté de chercher quelque antre sens, comme ont fait plusieurs de nos verrions, et de mettre des prisonnier*, des ewlave*, ou même tout autre chose, à la place de ces corps. Mais tenons ferme toujours au texte des Écritures; et soyons persuadés qu'il faudra bien encore > puisqu'il est prédit, que ce trait, tout étrange qu'il est, s'accomplisse comme tous les autres , et que cette marchandise inouïe se voie aussi dans les marchés de Rome. La chose est écrite, elle se consommera ; et l'on devra voir cette marque , aussi
XXIVe TRAIT. — SBS MARCHANDISES. 355
bien que la précédente, distinguer Babylone et son chef d'avec toute autre cité, toute autre religion , tout autre personnage, tout autre prêtre et tout autre roi. — Saint* Jean vient mettre ici comme son dernier coup de pinceau , son coup de maître, sur ce portrait de TAntichrist. — En effet, je le demande, qui jamais hors de Rome a fait commerce de cadavres (j'entends commerce religieux)? à qui jamais la pensée en seraitelle venue? — Les Égyptiens, au temps d'Abraham, embaumaient leurs morts illustres et les conservaient à Tétât de momies ; leurs médecins y travaillaient quarante jours , dit Hérodote ; et pendant trente autres jours ils les trempaient au sous-carbonate de soude ( au natron ) ; et le peuple , comme nous l'apprend la Genèse, les pleurait durant ces soixante et dix jours (4). Mais venait-il à personne, chez les Égyptiens , l'idée de les vendre ; et à personne, celte de les acheter ? Jamais ! — Los païens de l'ancienne Rome brûlaient les leurs, et recueillaient soigneusement leurs cendres en des urnes funéraires; mais eussent-ils vendu pour aucun prix ces cendres et ces urnes? Jamais! — Les premiers chrétiens enterraient leurs trépassés; a ils emportèrent Etienne , ils le pleurèrent beaucoup, » nous est-il dit; mais eussent-ils eu jamais l'idée de vendre son cadavre? Ne savaient- ils pas au contraire que Dieu , pour prévenir le culte abominable des morts, avait déclaré chose impure le seul attouchement d'un cadavre, de ses os, de son sépulcre, de son lit , de sa tente même? Cette souillure légale durait pendant sept jours, et Ton devait s'en purifier sous peine de mort. Que dis-je? un fils même, pour avorç touché le corps de sa mère, était soumis à cette loi comme les autres et ne pouvait entrer dans la maison de Dieu (2). Bien plus! quand on voulait
(1) Geo L, 3. — (2) Léfit XXI, 1 ; XXII, S ; Nomb. XIX, 11-13.
rendre un autel à jamais impur et détestable, que faisait-on? justement ce que l'Àntichrist fera pour tous les siens : on y mettait quelque ossement ou quelque relique des morts , et dès ce moment cet autel , réputé chose abominable , devait être démoli sans qu'il y restât pierre sur pierre. — Eh bien , chers enfants, jugez à de tels traits si ce dernier caractère de la nouvelle Rome n'est pas admirablement choisi pour la distinguer à jamais de toutes les cités, de toutes les églises, de toutes les religions de l'univers ! — U parait même encore par le texte, que ce commerce de cadavres doit être immense; qu'il produira d'énormes richesses ( XVIII ,15,46); que « les « trafiquants en deviendront très riches; qu'ils seront des « princes en la terre (verset 23) ; » qu'ils vendront leur marchandise aux rois, aux cités, aux royaumes, aux empereurs; mais que le centre de ce négoce, son administration, ses bureaux et ses agents seront dans Rome. — Il n'est pas dit cependant si ces cadavres seront des corps entiers ou s'ils se vendront par parcelles: un bras, un crâne, un pied, une jambe, une dent , des cheveux. Peut-être les mettra-t-on dans de riches écrins; peut-être les fera-t-on voir pour de l'argent, et les peuples se soumettront-ils pour cet objet à de lointains voyages, à d'énormes dépenses. — Quoi qu'il en soit, il faut bien faire quelques suppositions de cette espèce, pour se rendre raison d'une prophétie aussi surprenante.
Et maintenant, mes amis, vous conviendrez que plus ce double commerce semble repoussant, difficile à croire, impossible, dirai-je? plus aussi le signalement de l'Homme de péché par cet endroit doit-il vous paraître hardi et merveilleux ; plus surtout, si nous eu venons cependant à le trouver dans l'Histoire tel que l'Esprit de prophétie nous l'avait prédécrit, jusque dans ce commerce horrible des âmes, et jusqu'à ce commerce horrible des cadavres, plus faudra-t-il