LAS-CASES
Jéhova qui s'appelle : Je suis? — H n'y a point pour lui de passé ni d'avenir, parce que tout lui est toujours présent et qu'il remplit l'éternité; comme il n'y a point pour lui de droite ni de gauche, parce qu'il est toujours le même et qu'il remplit l'immensité. C'est pour nous seulement, êtres finis, qu'il y a un côté droit et un côté gauche ; parce que nous n'occupons dans l'espace qu'une pauvre petite place; et c'est pour nous seulement aussi, êtres de trois jours, qu'il y a un passé et un avenir; parce que nous n'occupons également dans le temps qu'une non moins pauvre petite place. Mais pour Dieu, chers enfants, un point est comme mille lieues, et un jour comme mille ans ; mille lieues aussi, comme un point, et mille ans comme un jour. Son existence, à lui, n'a point de commencement, ni point de fin, point d'hier ni de demain: c'est un à présent immuable, c'est un éternel aujourd'hui. — Aussi dit-il, dans Ésaïe, avec autant de simplicité que de sublimité : « Je suis Jéhova, et j'habite l'éter- « ni té, » « je l'habite, » c'est-à-dire je la remplis tout entière, comme a j'habite l'immensité, » c'est-à-dire comme je la remplis tout entière. Il ne vient pas d'Orient pour traverser la place où nous sommes et se rendre en Occident; et il ne vient pas non plus du passé pour traverser le présent où nous sommes et se rendre dans l'avenir où nous ne sommes pas encore; non! il ne peut changer; il est toujours le même, toujours, toujours ; « il n'y a en lui ni variation , ni aucune a ombre de changement,» comme a dit saint Jacques (1) : tous les êtres, toutes les choses, tous les faits, lui doivent l'existence; et « ses œuvres lui sont connues de toute éteiv nité (2). » «Ses yeux, pour parler avec David, ses yeux nous ont tous vus, » chers enfants , a quand nous étions comme
(1) Jacques I, 17. — (2) AclcsXV, 18.
366 LES PBNTAPLB8 PROPHÉTIQUES.
a un peloton dans le sein de notre mère; tontes ces choses, « ajoute-t-il, s'écrivaient dans son livre au jour qu'elles se « formaient , et même lorsqu'il n'y en avait encore au- « cune(l). »
Voici donc la colonne Las-Cases.
Je l'ai mise ici, parce que j'ai ouï dire qu'on vous fait apprendre sur ses tableaux l'histoire des siècles passés. — J'ai pris dans son « Atlas historique élémentaire » son tableau de « l'Histoire universelle ancienne. » B Ta intitulé : a Les « quatre grandes monarchies de l'antiquité : —Période des « temps historiques avant Jésus-Christ, renfermant huit siè- « clés. » — Je l'emprunte donc tel qu'il Ta donné, afin de vous faire mieux admirer sa parfaite harmonie avec notre prophète. — Qu'y voyez -vous, en effet? — C'est que les historiens français de nos jours (aussi bien que ceux d'Egypte aux jours des Antonins, il y a lt70O ans), quand ils veulent diviser et résumer les vingtrquatre siècles des temps passés, ne trouvent rien de mieux encore que de faire ce que finsait Daniel, alors que de son lit à Babylone 3 contemplait ces mêmes siècles dans les profondeurs de l'avenir. — Ainsi nous voyons que Las-Cases, lorsqu'à Sainte-Hélène, auprès de Bonaparte , il indiquait dans son a Atlas » les meilleures manières d'étudier l'histoire, recommandait par-dessus tout celle qui divise le temps entre les quatre grands empires des Babyloniens, des Perses, des Grecs et des Romains. Et quand vous lisez dans son livre le tableau qu'il en a composé, vous pourriez croire vraiment qu'il ne Ta fait que pour expliquer notre Daniel. — Le voici donc en ma seconde colonne. Je n'y ai rien changé, et je n'ai fait que l'abréger en y laissant toutefois les titres de chaque siècle tels qu'il les a donnés.
(1) Ps. cxxxix, 10.
LAS-CASBS. 367
J'en eusse probablement mis d'autres, si c'eût été moi qui les eusse faits. Par exemple, aux trois premiers siècles, j'eusse indiqué les dix persécutions de Rome païenne contre l'Église; au septième, l'apparition simultanée de Mahomet en Orient et du pape en Occident; au treizième, les massacres des chrétiens albigeois par les évoques de Rome; au seizième, la bienheureuse Réformation; tandis que, au dix-neuvième, j'eusse peut-être donné quelques autres noms à ces temps que Las-Cases appelle « La gloire française, » et pendant lesquels son pays, trois fois conquis par Schwartzenberg, par Bonaparte et par les Anglais, a subi tant de tyrannies et tant d'humiliations. Mais n'im|K)rte; j'ai préféré laisser parler selon sa fantaisie l'ami de Bonaparte, afin de rendre plus frappant et plus naïf le parfait accord des tableaux quril traçait à Sainte-Hélène avec ceux que Daniel voyait à Babylone.
Las-Cases, pour rendre plus saisissables ses quatre divisions des monarchies, a teint en rouge la première, en bleu la deuxième, en jaune la troisième, et en vert la quatrième. J'ai voulu l'imiter, même en cela : seulement, j'ai choisi d'autres couleurs, afin de donner à chaque, monarchie la teinte du métal qui lui correspond dans la statue de Nébuchadnetsar. — C'était bien permis. — J'ai mis en jaune l'empire de l'or; en blanc, l'empire de l'argent; en rouge, l'empire du cuivre; en gris, celui du fer. — Passons donc maintenant à la troisième colonne.
Ce sont ici les prophètes; et voici d'abord la statue de Nébuchadnetsar.
Regardez-la bien, chers enfants , car plus on la considère, plus on est saisi tout à la fois de sa grandeur divine et de sa simplicité. On ne saurait même aller trop loin dans cette admiration ; car j'ose dire qu'il en est de cette œuvre de Dieu dans les Écritures comme de ses œuvres dans les cicux. —
368 LES PBNTAPLBS PAOPHéTIQCfiS.
Vîtes-vous jamais, dans le silence d'une belle nuit, les fa du firmament sans vous sentir pressé de vous écrier : Ita Dieu, que tes œuvres sont belles! mon Dieu, que tu es grand4 Et cependant, qu'est-ce encore que ce premier enthoaska auprès" de ce que vous éprouveriez si vous pouviez contempla ces mêmes feux dans un puissant télescope ; si vous les voyia emportés tous ensemble dans l'espace comme l'aigle qui raie après sa proie ; si vous y reconnaissiez des soleils, des mondes innombrables et des systèmes de mondes; que dis-je? des amas si nombreux de soleils et de mondes que l'espace do tià en est blanchi, et des amas cependant si lointains que ces firmaments, tout semblables à celui qui roule au-dessus de noi tètes, n'occupent à nos yeux qu'un point dans les espaces à l'infini ! — Eh bien, mes amis, j'ose également vous atteste que plus vous étudierez le ciel de la prophétie, et particulièrement (dans Daniel) cette magnifique constellation de k statue, plus aussi ses grandeurs et ses beautés divines vos saisiront d'admiration.
Vous la voyez dans ma troisième colonne, cette image a claire et si naïve : un petit enfant peut la copier et la comprendre ; et cependant, que ne contient-elle pas! Vous y trouvez le plan général de la Providence pour le gouvernement de la terre prophétique ; vous y lisez le programme do grand drame des empires , tel que Ta tracé trente siècles à l'avance le souverain ordonnateur de toutes choses ; que disje, trente siècles? ce programme ne s'étend-il pas jusqu'au retour de Jésus-Christ et jusqu'aux âges d'éternité? — Ainsi, dans ce tableau simple et sublime des Écritures, tableau que j'ai pu cependant vous dessiner ici sur le quart d'une feuille, le regard de la Prophétie, pénétrant les profondeurs de l'avenir, vous en a classé les longues époques par leurs traits les plus saillants, comme l'ont fait plus tard les historiens