‹ Daniel le prophète, exposé dans une suite de lecons pour une école du dimancheChapitre 186 sur 198 · DIFFÉRENCE DES HISTORIENS ET DES PROPHÈTES · texte numérisé non relu

DIFFÉRENCE DES HISTORIENS ET DES PROPHÈTES

puissant Lotiis XIV qui fit cinquante ans trembler toute l'Europe et qui persécuta nos pères : il pensait , sur son lit de mort , à Versailles , quand il dictait ses dernières volontés , réciter encore au moins une page de l'histoire ftiture des Français; et cependant il se trompait! Pouvait-il croire que son peuple , avant même de l'enterrer, oassérait son testament? Et quand il avait élevé dans Paris ses arcs de triomphe aux portes Saint-Denis et Saint-Martin , pensant perpétuer sa triste gloire et la graver à jamais sur le marbre, pouvait-il prévoir qu'au 6 août 4793, ses Français, exécrant sa mémoire, briseraient à coups de hache les portes de sa tombe , défonceraient son cercueil , déchireraient ses linges mortuaires , et se riant d'y trouver ses restes réduits à une hideuse masse noire d'aromates, les iraient jeter avec détestation dans une fesse de chaux vive, au cimetière des Valois?

Vous le voyez donc , mes amis; telle est la différence des historiens et des prophètes. Dès que l'historien a rendit son dernier soupir, on lui ferme les paupières, on lui croise sur la poitrine ses mains qui n'écriront plus; on rétend au cfcrcueil, et son histoire du monde, comme celle de sa vie, est finie pour toujours. Ce même monde cependant continue sans lui; mais il n'en sait plus rien, et silencieux dans son sépulcre jusqu'au jour de Jésus-Christ, « il n'a plus de part à ce qui se « fait sous le soleil. » — Quand Ptolémée, dès le mercredi, 2 février 444, eut cessé pour jamais d'inscripe les mouvements des astres, ces mêmes astres qu'il ne voyait pins ne s'en levèrent pas moine le lendemain , jeudi 3 février, sur les montagnes d'Arabie; le Nil , au point du jour, continuait dô descendre à la mer ; les oiseaux , dé chanter dans la ramée leurs cantiques du matin ; le lionceau , de rugir encore au « désert, demandante Dieu sa pâture, et Fhom'me, de sortir « encore à son travail jusqu'au soir. » — L'historien n'a plus

dit LJBS KKTAFUtt PftOMlàTlQVES.

rien à nous dire de tout cela ; mais il n'en est pis ainsi des prophètes. — Non ! leur Écriture, à eux, n'a point souci de la mort; elle lance ses regards par-dessus la tombe dans les profondeurs des siècles futurs ; elle a des yeux devant et derrière; elle nous raconte les mystères de l'avenir, comme die nous dit ceux du passé; les scènes de la Création comme celles du dernier jour; et de même qu'elle a vu les temps où Dieu dit: « Que la lumière soit, et la lumière fut, » elle a su voir aussi les temps a où les cieux enflammés passeront « avec un bruit sifflant, et où la terre sera consumée avec « tout ce qui est en elle.»

Cependant , mes amis, encore quelques questions sur ma troisième colonne; car je ne veux pas en finir sans vous faire toucher au doigt des traits qui montrent sa divine harmonie avec les deux colonnes qui vont suivre.

Je vous ai dit plus d'une fois que la vUion du chapitre II se rapportait surtout aux événements politiques, et la vision du chapitre VII aux événements religieux. — Cependant il faut, avant de passer outre, que je vous rappelle combien la statue nous a déjà donné, même sous le rapport religieux, d'enseignements précis. C'est une chose merveilleuse que l'abondance de lumière enfermée dans ce petit emblème : il n'était pas possible de rassembler dans un plus court espace tout un monde d'instruction. — Je veux parler surtout de ce qui nous y est révélé touchant les relations étranges de l'État et de l'Église dans l'empire des Latins. Admirez avec quel éclat la statue illumine ce grand trait de l'avenir; et voyez à cet égard , je vous prie , quel est dans nos trois colonnes le divin ensemble de ces révélations ! — Je désire, chers enfants , vous rappeler par quelques questions ce trait particulier du chapitre IL — La statue , vous le savez, ne devait nous donner aucun détail relatif à l'Église , parce

l'église et l'état. 373

que telle n'était point sa mission et qu'elle n'avait à décrire que les quatre monarchies. Cependant , pour nous définir exactement la quatrième , elle ne pouvait pas se dispenser de nous en retracer l'un des traits les plus extraordinaires et les plus permanents; je veux dire, l'association de deux gouvernements distincts pour y régir un même peuple. — Écoutez-moi donc : je vais vous questionner.

N'avons-nous pas reconnu, dans le chapitre II de Daniel, qu'à une certaine époque la quatrième monarchie devait subir, dans sa nature intime , un changement inouï jusquelà et commun cependant à chacun des dix royaumes dans lesquels il serait divisé? — Je vous avais indiqué, si je ne me trompe, six ou sept caractères de cette étrange révolution : il s'agissait de l'union, jusque-là sans exemple, de deux éléments infusibles, ou de deux puissances incompatibles pour le gouvernement des peuples : les magistrats et les prêtres, l'Empereur et le Pape, l'État et l'Église; union, a dit « M. Guizot,dont on ne saurait trouver aucun autre exemple « dans l'Histoire. » — Ouvrez, je vous prie, votre Daniel, et que les plus avancés d'entre vous me répondent.

Premier caractère. — La quatrième monarchie ne devait-elle pas se diviser en deux, ou du moins, par une étrange transformation , recevoir une double nature . et se trouver coumise à deux gouvernements à la fois, en sorte qu'on y verrait «un empire dans l'Empire?»

— Oui; Daniel avait dit, au verset 41 , que ce royaume serait divisé.

— Deuxième caractère. — Cette division ne devait-elle pas être interne, et en cela toute différente de celle des dix doigts?

— Oui; c'est ce qu'indique le mélange de la terre avec le 1er, dans les chevilles, dans les pieds et dans les dix doigts des pieds.

374 LES PENTAPLES PROPHÉTIQUES.

Troisième caractère* — Ce changement intestin ne deraiil pas s'accomplir avant l'invasion des barbares ?

— Oui ; car le mélange de la terre avec le fer a commencé plus hav.t que les dix doigts, c'est-à-dire depuis la cheville des pieds.

Quatrième caractère. — Cette union contre nature de deux gouvernements dans un même État ne devait-elle pas être très malfaisante ?

— Oui , car Daniel dit , au verset 42 , qu'à cause de cela. le royaume serait en partie fort et en partie faible.

Cinquième caractère. — Cette division malfaisante et intestine du gouvernement de lf empire des Latins en deux éléments distincts , ne devait-elle pas se retrouver également dans chacun des dix royaumes entre lesquels il serait partagé?

— Oui, dans les dix royaumes; puisque la terre se retrouve avec le fer dans chacun des dix doigts.

— Sixième caractère. — Cette association des deux éléments dans le gouvernement des Latins devait-elle s'opérer par des hommes qui , comme les bramines de l'Inde ou les lévites d'Israël, appartinssent à quelque caste particulière, distincte des autres races de la nation ; ou bien , par des hommes pris indifféremment dans toutes les familles de la nation, en sorte qu'on y verrait les fils d'un même père être l'un dans l'État et l'autre dans l'Église?

— Par des hommes pris indifféremment dans toutes les familles de la nation; car Daniel avait dit : Ils se mêleront par semence humaine , comme le fer est mêlé dans les pieds avec la terre de potier.

Vous l'avez très bien d't, cher enfant : on a vu souvent des fils de princes devenir prêtres , et même devenir papes. Que dis-je? on a vu bien plus : on a vu des fils de papes devenir

l/ÉGMSH ET LBTAT. 375

princes, et même devenir rois. — Ainsi, par exemple, tous les Bourbons qui régnent en Espagne j en Italie, en Sicile, à Parme , à Plaisance , et qui pourront régner en France , sont des enfants du pape qui convoqua le concile de Trente. Cet homme se nommait Farnèse ; et tout en défendant aux autres de se marier, il s'était uni frauduleusement (1), étant cardinal, à une dame qui n'était pas sa femme, et il en avait eu des enfants dont il a fait des princes, et dont les descendants occupent encore aujourd'hui cinq ou six trônes de l'Europe.

Septième caractère. — Cette union intestine et contre nature des deux gouvernements de l'Église et de l'Étaf dans les dix royaumes latins, ne devait-elle pas être telle que ces deux éléments, bien qu'appartenant aux mêmes familles, ne se confondraient jamais, ne s'assimileraient jamais?

— Oui ; car Daniel a dit , au verset 43 : Ils se mêleront par semence humaine; mais ainsi que le fer ne se peut joindre avec la terre de potier f ils ne se joindront point F un avec l'outré.

— J'espère donc, chers enfants, que vous voyez mainte-» nant toute la beauté de ce signe prophétique : Le Saint-Esprit voulait marquer sur la statue , de ce trait incomparable, le quatrième des empires; et pour le signaler, pour le distinguer de tous les autres par les rapports de sa politique et de sa religion, il choisissait précisément le même fait singulier qu'ont indiqué de nos jours (c'est-à-dire 2,400 ans plus tard) M. Guizot et les autres historiens philosophes , lorsque, portés sur les ailes de la scienee et jetant un regard d'aigle sur les siècles passés , ils nous ont déclaré quel était à leurs yeux le oaraclère constant, distinctif, mais inouï jusque-là , de tous les dix royaumes de l'empire latin.

(i) Note A.

376 LES PBNTAPLKS PROPHÉTIQUES.

Un trait distinctif de la quatrième monarchie et de ses dix royaumes , avait dit Daniel à Nébuchadnetsar, ce sera et mélange infusible du fer et de l'argile, deux éléments empruntés cependant aux mêmes familles humaines, et répandus jusque dans les moindres particules des pieds et des dix doigts. — Un trait distinctif de l'empire des Latins et de ses dix royames, nous disent à leur tour Guizot et les historiens modernes, c'est ce mélange ihfusiblc de deux gouvernements. empruntés cependant aux mêmes familles humaines et répandus dans les plus hautes comme dans les plus basses conditions de la société latine : les empereurs et les papes, les rois et les notices, les préfets et les évoques, les maires et les curés, les soldats et les moines ! — Qu'un paysan savoyard ou français ait quatre fils : l'un sera soldat, l'autre prêtre, le troisième capucin, et le quatrième peut-être adjoint de monsieur le maire. En voilà deux dans le fer et deux dans la terre de potier; le militaire et l'adjoint n'obéiront qu'au roi , le moine et le curé n'obéiront qu'au pape. — Et cet état de choses durera dans toutes les parties de l'Empire ; il dure depuis \ ,500 ans. Ainsi l'avait prédit le prophète de Babylone !

Ces faits commandent l'admiration et font resplendir les pieds de la statue d'un éclat vraiment divin; n'est-ce pas, chers enfants?

Cependant, encore un mot. — Quelques-uns de vous naiiraient-ils point ouï dire, ou n'auraient-ils même point la dans certains livres, que cet alliage 4u fer et de l'argile représente tout autre chose, savoir le mélange des Romains et des Goths dans l'empire d'Occident par l'invasion des barbares? qu'en pensez-vous?

— C'est inadmissible.

— Pourquoi?

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