DANIEL EN RETRAITE
et de périr dans les combats ; c'était alors le jeune Belsatsar qui régnait , et qui devait tenir pour dix-sept ans encore le sceptre de cet empire.
Vous voyez donc qu'à cette époque Daniel avait le bonheur de mener depuis huit ans une vie retirée , et qu'après avoir été, durant près d'un demi -siècle, employé dans les palais idolâtres de Babylone au gouvernement de cette puissante monarchie, il était redevenu le maître de son temps. Les nouveaux princes l'avaient négligé et mécopnu. Libre désormais du joug brillant où des circonstances extraordinaires l'avaient si longtemps attaché, il pouvait se vouer sans distraction à la parole de Dieu et à la prière. Certes, ce D*airiel que nous avons vu à l'âge de 87 ans trouver encore le loisir, quand il gouvernait Babylone , d'aller se mettre à genoux trois fois le jour devant sa fenêtre , pour y présenter à Dieu ses ardentes prières, cet homme, plus jeune de 20 ans et libre d'autres soins , devait hautement apprécier le privilège de pouvoir consacrer toutes ses heures aux intérêts de son âme, aux affaires de son Dieu.
Bien des Israélites , sans doute , avaient pu s'affliger de voir leur prophète déchu de ce poste éminent d'où sa protection s'étendait sur leur captivité ; mais je suis bien assuré que, pour Daniel , il était très loin de se laisser aller à de semblables regrets. Un vrai fidèle ne s'affligera ni de l'obscurite, ni de l'éminence du poste où son maître l'aura voulu placer : il ne s'inquiétera que de s'y montrer fidèle. Si nous ne servions qu'un prince de la terre, nous pourrions craindre d'être mal employés , d'être oubliés ou d'être méconnus , parce que l'erreur est toujours le partage des plus habiles. — Avec eux, on peut être soucieux: avec Jésus -Christ, jamais! — Il y a peu de dimanches qu'assistait à nos leçons un brave capitaine anglais, qui fut oublié par son général pen-
dant la terrible bataille de Waterloo, et qui , malgré tout son zèle, ne put y prendre part. Au matin de cette grande journée où Bonaparte, à la tête de tous ses vétérans et de la plus belle armée qu'il eût jamais commandée, fut mis en une entière déroute, on avait placé notre officier dans un bois, pour y commander une batterie récemment arrivée de Bruxelles. Et quoique les Anglais eussent perdu en quelques heures plus d'officiers que ne leur en avaient coûté, pendant trois ans et demi, tous les sièges et toutes les batailles de leur guerre d'Espagne'; quoique leur armée ne fût point au complet le jour où Bonaparte était venu l'assaillir, quoique leur général aussi fût une forte tète , il paraît qu'on oublia complètement dans son bois notre capitaine et sa batterie. — Mes chers enfants, il n'en sera jamais ainsi d'un soldat de Jésus-Christ ; jamais son maître ne l'oubliera; non, jamais! ni dans un bois, ni dans une chaumière, ni dans une école, ni dans un désert, ni dans un lit! — S'il est fidèle , ne craignez pas qu'il ne soit pas mis à point nommé dans la place où son Seigneur veut être servi de lui. Le a Capitaine de notre salut » ne perd de vue ni ses officiers ni ses plus faibles miliciens ; il ne les abandonne, il ne les méconnaît, il ne les néglige jamais ; et quand il trouve convenable de laisser quelqu'un d'eux en un poste très obscur, dans quelque petit hameau de nos montagnes , au milieu des sapins et des neiges ; ou bien , quand il le couche sur un lit d'infirmité ; ou bien encore , quand il permet qu'on l'enlève à son troupeau et qu'on le persécute ; ah ! ne craignez pas que ce ministre ne soit pas à sa place ! Son Seigneur en sait plus que vous; il ne lui demande que d'être prêt, voilà sa seule affaire : celle de le placer appartient à son maître. Et s'il le tient à l'écart vingt- cinq ans, comme Daniel dans Babylone, ou quarante ans, comme Moïse dans la montagne de Madian, ah! croyez- le, c'est