LE SONGE DE DANIEL
qu'il a de bonnes choses à lui apprendre dans cette longue retraite.
Daniel fut donc laissé dans l'obscurité d'une condition privée pendant un quart de siècle , jusqu'à ce qu'arrivât le moment de le ramener au grand jour, et de lui confier de nouveau quelque poste éminent dans les palais de Babylone. — Vous vous le rappelez : après ces 25 ans , quand l'heure en est venue, voilà la vieille reine Nitocris qui se souvient de ce grand homme et qui l'envoyé chercher dans le quartier des Juifs, au milieu de la nuit ; et le surlendemain , voilà Daniel qui gouverne, lui troisième , tout le vaste empire des Perses et des Mèdes !
Or, la première année de Belsatsar, rot de Babylone, Daniel vit un songe; et, étant dans son lit, il eut des visions en sa tête.
Ce n'était point comme un de ces vains et mystérieux fantômes du sommeil qui viennent quelquefois, durant les nuits, apparaître aux regards effrayés de notre imagination. Non , il y avait dans ce songe quelque chose d'extraordinaire et d'incontestablement divin, comme dans celui qui , 48 ans auparavant , avait causé tant d'effroi à Nébuchadnetsar. Il paraît même , par les termes du récit , que cette révélation portait des caractères plus frappants encore que celle du roi de Babylone.
Celui-ci songea des songes, mais Daniel les vit, nous est-il dit; et il eut des visions en sa tête, est -il ajouté. — C'était même quelque chose de si terrible , que le prophète , bien qu'accoutumé à des manifestations surnaturelles, en fut ébranlé jusqu'au fond de son être : F esprit lui en défaillit en son corps (il y a proprement : L'esprit me fut coupé, en moi, Daniel, au milieu du corps), et les visions de sa tête le troublèrent.
Ces puissantes émotions, d'où venaient-elles? Etait-ce de la joie? était-ce de la douleur? étaitree plutôt de l'épouvante ou de l'admiration ? — Il faut croire que c'était un peu de tout cfela : — de la joie, car il venait d'y contempler le Messie arrivant sur les nuées du ciel ; de la douleur, car il y voyait les longues souffrances de l'Eglise , et de l'admiration mêlée d'épouvante , car des scènes d'une sublimité toute divine s'y étaient déployées devant lui : l'Ancien des jours, le trône judiciaire, le fleuve de feu, les mille millions d'anges, le jugement dernier, les livres ouverts ? Ah î mes enfants, l'homme mortel n'est-il pas trop faible ici bas pour de telles émotions ? Cependant, nous est-il dit, lorsque cette vision fut à son terme, Daniel prit la plume; et tout en se taisant pour le moment auprès des siens sur les révélations qui lui avaient été faites , il écrivit le songe pour les générations à venir, et il en dit le sommaire.
— Que signifie ce mot , le sommaire?
— On appelle ainsi l'extrait d'un chapitre ou d'un livre.
— Oui; et dans un récit, c'est l'exposé rapide d'un événement dont on ne rapporte que les traits principaux. Daniel avait vu , sans doute , dans cette vision solennelle , un grand nombre d'autres objets qu'il ne nous a point voulu décrire. Peut-être que, s'il nous en avait dit tout le détail , le récit en eût été cent fois plus long qu'il ne nous l'a donné dans ce chapitre Vil ; mais le Saint-Esprit , qui ne jugeait pas convenable de nous en apprendre davantage , ne lui en a fait écrire que le sommaire. Ecoutons ce sommaire; je continue.
Daniel donc parla et dit : Je regardais de nuit en ma vision: et voici, les quatre vents des cieux se levèrent avec impétuosité (d'autres ont traduit : se combattirent) sur la grande mer; puis, quatre grandes bêtes féroces sortirent de la mer, différentes lune de l autre.