‹ Daniel le prophète, exposé dans une suite de lecons pour une école du dimancheChapitre 26 sur 198 · LE MON-AIGLE · texte numérisé non relu

LE MON-AIGLE

chamois jusque sur les flancs escarpés de l'Aiguille-Verte , au bord des glaciers, sur les neiges éternelles. Vous pourriez même, dit-on, le voir, près de quelque chalet, saisir un pauvre petit enfant et remporter à travers les airs , pour le livrer à ses aiglons. — Eh bien, c'est ainsi que Nébucadnetsar fondait sur tontes les nations de l'Orient et les transportait dans ses lointaines provinces. — Semblable à l'aigle , il planait au-dessus d'elles ; puis il s'abattait comme du haut des nues sur leurs cités les plus fortes, et quand il les avait saisies, c'était tout à la fois un aigle et un lion sur sa proie ! — Rien ne l'arrêta dans ses conquêtes, ni les montagnes, ni les fleuves, ni les murailles les plus inexpugnables. Aussi prit-il la puissante Ninive , dont les quinze cents tours avaient, diton, 200 pieds de hauteur; aussi s'empara-t-il trois fois de la tière Jérusalem et en enleva-t-il dans ses serres, d'abord Daniel et les princes, puis le roi lui-même, puis les artisans et tout le peuple, avec leurs richesses et leurs vases sacrés, pour les transporter à Babylone ; aussi prit-il l'imprenable Tyr, qui s'était crue à l'abri du lion sur un rocher de la mer, mais qui n'avait pas mis en compte ses ailes d'aigle; aussi enleva-t-il la riche et puissante Egypte. Ainsi se porta-t-il, de son vol ardent , jusqu'aux extrémités de l'Afrique, on a dit même jusqu'en Espagne. — « Voici , avait dit Jérémie , « en annonçant Nébuchadnetsar(l), voici, il montera comme « des nuées, et ses chariots seront semblables à un tourbillon: a ses chevaux seront plus légers que les aigles; malheur à « nous, car nous sommes détruits 1 mes entrailles, mes en- « trailles ! je suis dans la douleur, le cœur me bat, le dedans « de mon cœur ! je ne puis me taire; car, ô mon âme, tu as « oui le son du cor et le retentissement de l'alarme 1 » — Voici , avait dit encore le même Jérémie, « il volera comme

(1) Jéréui. VI, 13-19. (2) — Jér. XLVIII, 40-46.

30 leçon xxvn. — DAN. VII , 4, 5, 6.

« an aigle , et il étendra ses ailes sur Moab. Malheur à toi a Moab, la frayeur est sur toi ! car tes fils ont été enlevés pour « être emmenés captifs, et tes filles pour être emmenées cap- « tives. » — Et le prophète Ezéchiel : « Ainsi, dit le Seigneur, a un grand aigle, ayant de grandes ailes et de très longues a plumes, est venu an Liban. — Dis maintenant à la nation « rebelle : ne savez- vous pas ce que veulent dire ces choses ? a Dis, c'est le roi de Babylone ; il est venu à Jérusalem, il en « a pris le roi et les princes, il les a emmenés à Babylone (!).»

Mais maintenant, écoutez : encore que devint-il dans la suite, ce lion aux ailes d'aigles qu'on avait vu, pendant quarante années, fondre sur ses ennemis comme du sein des nues? Regardez-le quelque temps après: le voilà dépouillé de ses longues plumes ; ses ailes d'aigle , écorchées, se sont abattues sur ses flancs , et ce n'est bientôt plus qu'un lion vulgaire : a Je le regardai, dit Daniel , jusqu'au moment oh a les plumes de ses aOes furent arrachées. » — - Que dis-je ? regardez encore, ce n'est même plus un lion ! « Elle se leva « de terre, ajoute Daniel , elle se dressa sur ses pieds de dera rtère comme un homme ; et un cesur d homme lui fut donné, a au lieu de son cœur de lion. »

Voilà donc , en deux ou trois traits , toute l'histoire des dernières destinées de Babylone. On ne pouvait en moins de mots représenter plus fidèlement , ni par des traits plus significatifs , les rapides décadences de cet empire naguère si brillant et si terrible.

En effet, dès que Nébuchadnetsar eut disparu de dessus la scène , d'abord par sa maladie mentale qui dura sept ans, et ensuite par sa mort qui la suivit de près , ses armées cessèrent de voler comme l'aigle ; leurs conquêtes leur furent ravies l'une

(1) Ezéchiel , XVII , 3-12.

UB UON ATJ GOBOB D'HOMME. 34

après l'autre , elles forent battues par tous leurs ennemis. Evilmérodac , le nouveau roi, devenu méprisable par ses débauches, fat mis à mort par ses propres parents après deux ans d'un mauvais règne ; puis Nériglissar , le mari de sa sœur, qui lui avait succédé, et qui avait voulu réprimer les Mèdes soulevés contre l'empire , fat vaincu par le terrible Cyrns et tué dans la bataille. — Vous le voyes : voiià déjà l'ours descendu des montagnes de Perse et de Médie, qui frappe coup sur coup de ses ongles de fer le lion défaillant : lui arrachant ses longues plumes et lui déchirant ses ailes d'aigle ( — Le fils de Nériglissar, Laborosochard , attaqué et vaincu , vit faire un horrible carnage de ses troupes, et se saura honteux dans sa capitale. Deux fois Cyrus , après avoir ravagé ses campagnes, se présenta sous ses hautes murailles, pour lui offrir de vider la querelle par un combat singulier ; mais il s'y refusa, et ses sujets humiliés regorgèrent après on sègne de neuf mois. Ge fut alors enfin que le jeune Belsatsar, qu'ils mirent à sa place sur le trône, commença le triste règne qui devait être le dernier. — Ce n'était plus un bomme au cœur de lion. Non ; c'était un lion au cœur d'homme, et ce roi du désert n'était plus qu'un lâche sans force et sans gloire ; a il se tenait sur ses pieds comme un homme ; » et caché derrière ses crénaux , il n'osait phis descendre dans la plaine au-devant de ses ennemis. Au lieu de ces allures fières et rapides d'un aigle et d'un lion, au lieu de ce cœur intrépide et généreux, au lieu de ces ongles d'airain et de ses mâchoires de fer, c'était l'attitude , la faiblesse et les eraintes d'un homme ! . — Le voici, je vous l'ai dessiné : dépouillé de ses ailes, comme le récite votre texte, « le lion s'était dressé sur ses pieds comme un homme ; un cœur c d homme lui omit été donné. » Cette prophétie , mes amis , s'écrivait à Babylone la pre-

mière année du règne de Belsatsar, l'an 555 avant Jésus* Christ ; mais dix-sept ans après , le lion au cœur d'homme devait être étouffé entre les pattes puissantes de Tours mède; la Babylone des Chaldéens devait périr, et la monarchie des Perses devait commencer.

Passons donc maintenant à ce deuxième empire : il nous est décrit dans le verset 5.

Admirez encore ici, je vous prie , avec quelle précision et quel coloris fidèle ses traits caractéristiques ont été dessinés! — C'était un ours cruel et dévorant.

Vous savez que, si le lion est le roi du désert, Tours règne dans les montagnes, se plaisant sur les neiges, dans les lieux sauvages et dans les retraites des forêts. — Sa force est dans ses bras musculeux, surtout dans ses pattes puissantes, armées d'ongles recourbés $i aigus et si forts à la fois que l'animal , malgré Ténormité de son poids , peut grimper sur de hauts arbres et s'élever sur des montagnes de glace. C*est-là son arme la plus redoutable ; il en renverse, il en écrase, il en déchire ses ennemis , et souvent même, quand il le peut, il les serre entre ses bras jusqu'à ce qu'en des étreintes obstinées il les ait étouffés contre ses flancs. D'ailleurs il est vorace , il se nourrit de tout , et c'est pour cela qu'on dit à celui-ci : «Lève-toi, mange beaucoup de chair. »

Les conquérants qui renversèrent Babylone et qui prirent alors en main le sceptre des nations, descendaient des montagnes de l'Arménie, de la Perse, de TAdiabène, de la Médie. Ils étaient féroces et cruels dans leurs guerres. Les Chaldéens avaient enlevé les peuples vaincus pour les transporter au loin ; mais les Perses et les Mèdes, sans les enlever , les renversaient et les foulaient sous leurs pieds.

Et voici, une autre bête, qui était la seconde, semblable à un ours, laquelle se tenait sur un côté et avait trois côtes (ou trois

l'ours perse. 33

crocs) dans la gueule entre ses dents; et on lui disait ainsi : Lèvetoi, et mange beaucoup de chair.

Àvez-vous quelque idée , mes amis , de ce que veut dire

ce détail, que tours se tenait sur un côté? — Si ce que nous avons déjà vu de la seconde monarchie, dans la vision de la statue , ne vous suffit pas encore pour le comprendre , vous en trouverez, je pense , l'explication dans Daniel lui-même, au chapitre suivant (verset 3) , où l'empire des Mèdes et des Perses nous est représenté sous l'image d'un bélier se tenant près du fleuve Ulaï, qui coulait à Suzan, Tune des capitales futures de l'empire des Perses- — Que l'un de vous se lève et nous le lise.

Et j'élevai mes yeux et regardai ; et voici un bélier se tenait près du fleuve :il avait deux cornes, et lesdeux cornes étaient hautes ; mais tune était plus haute que t autre ; et la plus haute s'élevait derrière.

— Et que signifiaient , je vous prie , ces deux cornes du bélier? Vous pouvez le lire au verset 20.

— Le bélier que tu as vu, qui avait deux cornes, ce sont les rois des Mèdes et des Perses.

— Si donc, dans la statue , les Mèdes et les Perses , qui ne devaient former à la fin qu'un seul royaume de Perse, étaient figurés par les deux bras d'argent réunis dans une seule et même poitrine d'argent; et si, dans la vision du bélier, ces deux mêmes nations ont été représentées par deux cornes , mais de telle manière que les Perses (qui ne devinrent une nation qu'après les Mèdes , et qui s'élevèrent cependant audessus d'eux et finirent par donner seuls leur nom à cette puissante monarchie) sont symbolisés par la corne qui s'élève derrière et qui s'élève plus haut , vous comprendrez , je l'espère, pourquoi, ici, dans la vision de l'ours, l'animal se tient relevé sur un côté. — Que l'un de vous nous le dise.

34 leçon xxvn. — dait. tn, 4-5-6.

— C'est que cet empire, composé d'abord des Mèdes et dés Perses , ne devait ensuite plus apparaître que oomtfie empire des Perses.

— Très bien. — Il est dit encore qu'elle avait trois cites dans la gueule entre ses dents. — Je crois que la version française dont vous faites usage a dit, trois crocs ; mais îe mot cfe l'original chaldéen signifie côte; et toutes les versions anciennes et modernes que j'aî vues ont dit trois côtes. — Qu'estce donc que ces trois côtes ? Le grand astronome Newton a entendu cela des trois royaumes de Lydie , de Babylone et d'Egypte , dont cette monarchie fit la conquête , et qui ne faisaient cependant point partie de son territoire prophétique, parce qu'avant de s'en rendre maîtresse elle avait déjà pris Jérusalem. — Ces contrées n'étaient donc point des membres de son corps ; elles étaient seulement dans sa gueule , et devaient plus tard constituer une partie du corps de la troisième monarchie. La monarchie des Perses Tes teriait toutes trois à la fois dans sa bouche sanglante et les broyait entre ses dents.

Et il lui fut dit : Lève-toi; mange beaucoup de chair.

Rien , avons-nous dit , n'avait égalé jusqu'alors la cruauté féroce des Mèdes et des Perses dans leurs premières conquêtes. Ils l'exerçaient jusque sur les pauvres petits enfants des peuples vaincus. — Ésaïe lui-même s'en était ému, deux cents ans à l'avance (en son chapitre Xttf) : « Leurs arcs, a avait-il dit, écraseront les jeunes gens ; et ils n'auront point « de pitié du fruit du ventre ; et leur œil n'épargnera point a les petits enfants. » — S je vous faisais lire, par exemple , l'entrée en Egypte de Cambyse , le fils de Cyrus , vous voud écrieriez : C'étaient des ours et non pas des hommes î Et, bien que Cyrus, personnellement, eût un cœur magnanime, lar férocité des deux nations qu'il menait à la guerre était passée

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