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en proverbe. Tons les historiens en rendent témoignage , depuis Ce bofi Hérodote dont je vous ai parlé , jusqu'à ceux mêmes qtri ont écrit du temps d' Àtefcândre le Grand. Ces deux peuples étaient sobres à quelques égards , mais toujours <Futté férocité lourde et sauvage. Les richesses que tant de victoire^ leur avaient acquises , les avaient Civilisés , sans que là cruauté de leur premier naturel ce'ssôt de caractériser et leurs lois, et leurs moeurs, éi leurs supplices, et toutes les habitudes de leur gouvernement. Même 350 ans après Jésus- Christ, le fameux historien fatln Arhmien Matcellin , qui les connaissait bien, puisqu'il leur avait fait la guerre dans lés armées romaines, nrfus dit que de son temps encore ils exerçaient leut férocité jusqu'à la mort sur le bas peuple et sur les esclaves , écorchânt les hommes tout vifs , leur enlevant la peau quelquefois par morceaux , quelquefois tout entière 5 ayant dés lois abominables , comme celle de faire périr sans distinction tdute la parenté d'un homihe , dès que ce malheureux était jugé coupable (1).
Je passe maintenant au sixième et dernier verset de votre leçon. — Nous y trouverons décrits en quelques mots le caractère et tes destinées du troisième des quatre grands empires ; et je ne pense pas qu'aucun homme , même après l'événement, fût capable, en exerçant toute son imagination, de tracef en un aussi court espace un emblème plus parfait d'Alexandre le Grand et de sa monarchie. Écoutez. Le fout est renfermé dans l'étroit espace d'un seul verset. Je me hâte de l'expliquer, et je réserve la quatrième bête féroce pour notre prochaine leçon, s'il platt au Seigneur.
Après celle-là, je regardai, et voici une autre bête, semblable â un léopard, qui avait sur son dos quatre ailes d'oiseau; et cette bête avait quatre têtes, et la domination lui fut donnée*
(1) Voyes, a la fin du volume, la note a.
Vous connaissez le léopard ou la panthère (on peut traduire le mot de l'original par l'un ou l'autre de ces noms). — C'est , de toutes les bêtes féroces, celle qui déploie le plus de force comparativement à la petitesse de son corps. Tandis que la taille du lion est si imposante qu'on en trouve ayant plus de neuf pieds, du muffle à l'origine de la queue, le léopard n'en a que quatre ; mais aussi, quelle élasticité dans ses mouvements ! quelle ardeur, quelle hardiesse, quelle impétuosité! Rien ne l'égale dans la nature. — Ses yeux féroces sont toujours inquiets, ses mouvements précipités, ses désirs véhéments, sa soif du sang insatiable. — Il attaque indistinctement tous les êtres qu'il rencontre. Avant de déchirer une proie , il s'enivre de son sang, sans que l'étanchement même de cette ardeur qui le dévore arrête ses ravages ; il dévaste encore, il étrangle, il égorge les troupeaux, alors même qu'il ne peut plus ni boire ni dévorer. Dans sa course bondissante , il ne paraît toucher la terre que par l'extrémité de ses doigts ; ses jambes élastiques ressemblent à des ressorts toujours prêts à se détendre : comment donc une proie échapperait-elle à ses élans impétueux? Aussi, quand l'Ecriture veut dépeindre la célérité la plus véhémente , c'est le vol de l'aigle ou la course du léopard qui lui sert d'emblème. « Leurs chevaux, dit -elle alors, sont plus rapides que les « léopards ; ils volent comme un aigle affamé qui se hâte « vers sa proie (i). »
Or, maintenant, qui de vous ne sait déjà que ce fut le trait caractéristique d'Alexandre et de ses Macédoniens? — Je vous l'ai déjà dit lorsque nous expliquions le chapitre second . la rapidité de leurs marches victorieuses confond l'imagination. L'Histoire n'a rien vu de pareil. Cyrus et Nébucadnetsar, déjà si prodigieux par cet endroit, paraîtront
(1) Habac. I, 8.
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lents encore , comparés au roi des Grecs. En dix ans il eut fait toute la conquête du monde , depuis la mer Adriatique jusqu'aux lointaines contrées qu'arrose l'Indus , et depuis le Caucase jusqu'à la mer des Indes. On a dit qu'il parcourait les nations en les domptant et les organisant, comme un autre les traverserait en voyageant. C'étaient les bonds puissants et furieux du léopard ; c'était son impétuosité ardente, sa soif de détruire et son bonheur de répandre le sang.
Ecoutez seulement les dates de ses conquêtes. En voici , pour ainsi dire , l'itinéraire sanglant : L'an 334 , il attaque l'immense empire des Perses, il en renverse les armées, il est maître en quelques mois de toute l' Asie-Mineure. L'année suivante, vous le voyez déjà, aux premiers jours du printemps, dans les défilés où se tenait naguère Ibrahim-Pacha avant sa victoire de Nézib ; la Syrie tout entière est conquise ; l'armée des Perses est anéantie ; et bientôt la femme, la mère, les filles et les trésors de Darius sont en sa puissance, la Palestine et la puissante Tyr sont tombées sous ses coups. La troisième année , le voilà maître de l'antique royaume d'Egypte, disposant de ses richesses, traversant ses déserts, et faisant bâtir par un de ses généraux la ville magnifique d'Alexandrie , aujourd'hui si florissante , et destinée à redevenir avant peu le port le plus important de l'univers. La quatrième année, il court, il s'élance, il bondit à la poursir te du malheureux Darius; il rejette toutes ses offres de paix ; il franchit l'Euphrate , passe le Tigre ; et quand il a mis en pièces une troisième fois ses armées innombrables dans les plaines d'Arbelles, il ne lui laisse plus un moment de repos et suit ses traces avec fureur jusque dans les montagnes de la Médie. — La cinquième année, il prend Persépolis, Susan, Ecbatane; et pendant qu'il s'élance vers ces contrées montagneuses et sauvages qu'arrose la mer Caspienne, voici
qu'enfin il rencontre sur la route un chariot dans lequel on voit chargé de chaînes et percé de flèches un beau jeune homme pâle et sanglant. — Hélas ! c'était sa noble et généreuse victime , le malheureux roi des Perses , Darius , que ses propres serviteurs avaient assassiné ! Le corps était à peine refroidi , il venait d'expirer. Alexandre le couvre de son manteau, et l'envoie ensevelir à Susan ; mais ne croyez pas pour cela qu'il s'arrête , non ! il poursuit aussitôt sa course furieuse : ce n'est plus contre Darius , c'est contre ses meurtriers. Rien ne le peut ralentir ; il va de montagne en montagne jusque dans ces contrées qrides qui s'étendent autour de la Caspienne, et qu'habitent de nos jours ou le? cavaliers Turcomans ou les Tartares Usheos. — Son armée faisait, dit -on, quarante milles par jour ; il surprenait ses ennemis, les renversait, et» sans leur laisser le temps de se relever, le? accablait sous se? coup?.
L'qnnée suivante , qui n'était que la sixième , on le vit traverser TOxus et ces contrées de Khiva , de Boukhara , de Smarctnde, où les Romains n'ont pu parvenir ; il y remonta sa cavalerie , dont tous les chevaux étaient forcé? ; et enfin , la septième année, le voilà dans les profondeurs de l'Orient , en deçà et au-delà de l'Indus , dans les empires de l'Afghanistan , du Scind et du Pundjab , où les Anglais n'envoient aujourd'hui leur? années qu'après leur avoir fait parcourir sur des navire? la moitié d'un grand cercle de la terre* — D* là ce léopard infatigable descendra l'Indus sur une flotte immense qu'il y aura construite; il arrivera jusqu'aux rivages de l'Océan méridional , et reprenant sa course bondissante, il reviendra dans Babylone, à l'âge de treute-deu* ans, pour y mourir plus promptement encore qu'il n'avait vaincu.
L'histoire, ai-je dit, n'offre rien de comparable à cette rapidité des cpqquétes m^cloniçnnes, —-Aussi, voyez. avec
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quel bonheur et quelle vivacité les traits viennent s'en dessiner dans la pensée du prophète !
Remarquez-le bien : Daniel était alors couché dans son lit à Babykme; Alexandre ne devait naître en Macédoine, dans ]# petite ville de Pella, que deux cents ans plus tard; cependant il le voit déjà comme un léopand qui bondit, et ce n'est pas assez ; non ! pour le foire aller plus vite, il lui mettra des ailes ; et ce ne sera pas même encore assez ; non I au lieu de deux, il lui en donnera quatre» — Vous savez que l'autruche du désert , poursuivie par des cavaliers africains, défie les coursiers les plus rapides , parce qu'aidée de deux grandes ailes , elle vole plutôt qu'elle ne court. — Eh bien, le léopard de Macédoine, au lieu de deux ailes en aura quatre. Et même, quand nous en serons au chapitre VIII, voua verrez le prophète recourir, pour le dépeindre, à de nouveaux traits plus expressifs encore, s'il est possible. — Alors il le décrira parcourant l'Asie comme vous vous figurez quelquefois dans vos rêves descendre un escalier ou atteindre le smw& d'une montagne ; je veux dire, sans que vos pieds tQuehent la terre. — Lisez-moi le vevset &.
Et corme je regardais cela, voici, m bouc d'entre les ckèvpet vernit de [Occident $w le dwv$ de toute /* terre, et il ne
UW&ait point fa terre.
— Et cp'ajoute-t-il au verset 21 ?
— Ce bouc, c'ett le nri de Java».
r-Javan, en hébreu , c'est la Grèce. Mais ce n'est pas seulgjlKnt par la vélocité de ses mouvements que le léopard figurait Alexandre et son empire des Grecs. On a remarqué plusieurs autres ressemblances que je voudrais vous indiquer. Ecoutez ;
Ifi léopard, £-t-on dit, est tacheté*. Alexandre était inégal et capricieux , tantôt générai* et plus souvent atroce ; quel-
quefois modéré, tempérant , mais plus souvent débauché sans mesure , et se plongeant dans les plus honteux déportements.
— Le léopard, a-t-on dit surtout, est petit, mais intrépide ; il s'attaque à tout ce qu'il rencontre , et rien ne l'arrête. Alexandre était de petite taille; son royaume primitif de Macédoine était petit ; il n'avait qu'une petite armée contre 150,000 hommes, au Granique; contre 400,000 à Issus, et contre 800,000 à Arbelles. — D'ailleurs, comme le léopard, il était sans cesse inquiet, agité, intraitable, insatiable ; et ce caractère s'est retrouvé dans presque tous ses successeurs.
— Quand la fièvre et la mort vinrent le surprendre dans les palais de Babylone, à l'âge de trente-deux ans, il roulait dans sa tête un monde de projets; et si ses repas royaux n'étaient plus qu'une suite d'orgies, l'ambition de ses pensées le tenait dans une ivresse non moins ardente et plus continuelle. Il voulait se précipiter sur l'Occident, faire le tour de la mer Caspienne par terre et le tour de l'Afrique par mer, relever les temples de Babylone , détruire la marine de Cartilage, conquérir la Sicile et l'Espagne, construire une route sur tout le littoral de l'Afrique jusqu'aux colonnes d'Hercule, creuser un port pour mille vaisseaux au-dessous de Babylone ! — La mort l'arrêta. — C'était le seul avenir pour lequel il n'eût point de projets : elle n'était pas entrée dans ses calculs. En dix jours, la fièvre l'eut renversé. En vain ce conquérant, qui avait vu fuir devant lui 800,000 hommes dans les plaines d' Arbelles, et à qui toute la terre avait cédé, venait-il de mettre sur sa tête la cidaris persanne et la tiare babylonienne ; comme l'avaient fait Nébuchanetzar et Cyrus, et comme l'ont fait plus tard les pontifes romains : il dut céder à la fièvre et s'humilier lui-même sous sa main brûlante ; il lui fallut à son ordre se coucher dans un lit , courber sa tête superbe et rendre enfin son souffle de demi-dieu. — Quel-