EMPIRE DIFFÉRENT DE TOUT AUTRE
blable à un monstre. » — La quatrième bête était donc différente de toutes les autres ; et devait être un quatrième royaume sur la terre, différent de tous les royaumes.
Mais il y a plus encore ici : cet empire devait être différent de tous les autres royaumes par deux autres endroits , dont l'un nous est clairement indiqué dans la statue du chapitre second, et l'autre non moins clairement dans la quatrième bête de notre chapitre VII.
Je dis d'abord, dans la statue. — N'avez-vous pas vu, dans m le fer et l'argile de ses pieds , que cet empire devait différer de tous ceux qui l'avaient précédé par un mélange , inoui jusque-là, de puissance brutale et de prétentions religeuses ; en d'autres termes, par un double gouvernement d'Etat et d'Eglise : d'Etat, avec ses rois et ses soldats, ses préfets et ses généraux, ses tribunaux et ses juges; — d'Eglise, avec ses» papes et ses jésuites, ses moines et ses généraux d'ordre, ses abbés et ses archevêques.
J'ai dit aussi qu'un autre trait par où cette monarchie des Latins a dû différer de toutes les autres , se voit dans notre quatrième bête. — Je veux parler de ces dix cornes qu'elle avait sur le front, et surtout de cette onzième corne, inouïe, incomparable , petite , et cependant puissante à ravager l'Eglise ; car elle avait « une bouche proférant des blasphèmes, » une haine impie de Dieu, de sa parole et de son peuple, jusqu'à « vouloir changer les temps et la loi , » jusqu'à faire « la guerre à ses vrais saints » et à « les détruire pendant un « temps, des temps et la moitié d'un temps; » en sorte, vous le voyez, qu'il serait difficile de dire par où cette bête féroce a dû commettre le plus de ravages : par ses dix terribles cornes, ses dents de fer et ses ongles d'airain, ou par cette puissance mystérieuse qui l'anime et la guide.
Nous reviendrons sur tous ces traits ; je n'en dis ici qu'un
mot par anticipation ; car je n'ai pas la moindre pensée de vous tes expliquer aujourd'hui. Seulement , il fallait bien vous les avoir montrés du doigt , pour rendre justice à cette parole de notre leçbn : Or la quatrième bête était différente de toutes les bêtes qui avaient été avant eUe; ou encore, à cette autre parole que nous retrouverons au verset 23 : Et la quatrième bête sera un quatrième royaume, différent de tous les royaumes.
Je passerai maintenant aux autres sentences de notre verset, et je commencerai par vous demander quelle était la forme de cette quatrième bête et qttel pouvait être son nom. — Et d'abord, son nom?
— Son nom? elle n'en a point.
— Et sa forme?
— Impossible d'en rien dire : Daniel n'a décrit <Jue sa tète et ses ongles.
— En effet, Daniel nous la présente comftie dtfrrfêre tin nuage qui nous cacherait tout le resté de son dorpfc, ou plutôt comme à peine sortie de la mer écumeuse, et né laissant paraître encore que son horrible tète surmontée de dix cornes, et que ses griffes menaçantes. C'en est assez déjà pour juger de la terreur qu'inspirait son aspect, et pour la dire affreuse, épouvantable et merveilleusement forte. Ses dents étaient de fer et très longues; ses ongles étaient d'airain; mais ce qu'il y avait de plus effrayant, ce n'était ni ces dents, ni ces griffes , ni même cet horrible appareil de dix longues cornes dont son front était armé : ah! c'était bien plus cette onzième corne, infernale et mystérieuse, qui portait en elfe, à ce qu'il paratt, la malice du monstre , comme on en peut juger déjà par ces yeux intelligents, par cette bouche menaçante , par ces blasphèmes contre Dieu , et par ces grandes paroles détermination contre tes fidèles ; car Dârftd avait
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regardé (nous dit-il, au verset 21), comment elle faisait la guerre contre les saints et les surmontait.
J'ai voulu vous la dessiner, cette terrible bête , mes chers enfants. — La voici représentée sur cette feuille; j'ai cru de* voir, dès l'entrée, la portraire assez clairement à vos yeux pour que limage en demeurât gravée dans votre souvenir, et que vous pussiez la reconnaître aussi souvent qu'elle vou6 serait présentée ; car nous aurons à la revoir dans la suite de nos leçons avec des corps très différents : tantôt avec celui d'un dragon, tantôt avec celui d'un léopard aux pattes d'ours , tantôt avec un corps de couleur écarlate et tout couvert de noms de blasphèmes ; mais, sous toutes ces apparences, il faudra toujours que vous la reconnaissiez à sa coiffure. — Comme dans les batailles de l'empire français, quand , à travers la poussière de cent escadrons , au bruit de mille voix de commandement , au sein de la fumée et des tonnerres de f artillerie, on voyait apparaître en uniforme vert , ou en grand manteau , ou plus souvent en redingote grise , un petit cavalier coiffé d'un petit tricorne (la pointe en avant sur le front comme un curé de campagne), toute l'armée des Français s'écriait : Voilà Napoléon! — ou encore comme les Anglais en Espagne, dans leurs batailles, reconnaissaient Wellington à sa cravate blanche ; ainsi faudra-t-il qu'au milieu des tempêtes, des révolutions et des tremblements de la terre prophétique , vous vpus accoutumiez à savoir toujours reconnaître l'empire des Latins par sa tète aux dix cornes.
Vous la voyez sur mon dessin , cette tête terrible , ses grandes dents de. fer, ses ongles d'airain : elle sort de la mer écuraeuse que 'soulèvent les quatre vents des cieux ; tout son corps en est encore caché ; impossible de dire ce qu'il est ; mais vous reconnaissez toujours sa tête incomparable. Ne
voyez-vous pas sur son front ce redoutable appareil des dix cornes, et sur ces cornes (par anticipation) leurs dix noms? — J'ai cru pouvoir les y mettre, parce que, d'après la statue , vous les savez déjà et pourriez me les dire. — Vous verrez plus tard pourquoi trois sont arrachées ; et je vous expliquerai fort au long cette petite corne que vous voyez à peine, là, sur le devant, avec ses yeux d'homme et sa bouche blasphémante.
Cependant , chers enfants , avant de terminer cette première leçon sur la quatrième bête, il faut que je vous adresse une question qui devra jeter du jour sur toute la suite de ces révélations. — Je voudrais vous demander si vous vous expliquez déjà pour quelle cause le prophète s'est abstenu , non seulement de donner un nom à la quatrième béte , mais encore de la décrire par d'autres traits que sa tête et ses ongles : qu'en pensez-vous ? Pourquoi ce nuage étendu sur le reste de sa personne? Pouvez-vous me l'expliquer?
— C'est parce que le nom d'aucune bête connue n'aurait suffi pour représenter un si terrible empire.
— Je pense, chers enfants, qu'on en peut donner une explication plus satisfaisante ; mais celle-là cependant peut être proposée ; et c'était même celle que présentaient à leurs auditeurs, il y a quinze ou seize cents ans , les anciens commentateurs de Daniel. — Je désire même vous faire entendre sur ce sujet l'explication d'un homme très savant dont j'aurai quelquefois à vous rappeler le nom dans mes leçons; parce qu'il avait fort étudié les Écritures, et qu'ayant expliqué Daniel longtemps avant qu'il y eût des papes (je veux dire, longtemps avant que les évéques de Rome, prenant, comme l'a dit leur saint Grégoire (1), la voix de l' Antichrist), se
(1) Voyez , fin du volume, note b.