TEMOIGNAGE DE SAINT JÉRÔME
fussent proclamés « évoques universels ». — Les explications, semblables aux nôtres, que ce savant homme donne de Daniel, vous feront plus d'impression que n'en pourrait produire ou les miennes ou celles de tout autre ministre protestant. Je vous le citerai quelquefois, et je désire pour cela que, dès aujourd'hui, vous ayez fait sa connaissance (1). Il s'appelait Jérôme (les prêtres romains disent , Saint Jérôme) , et il était né en Dalmatie, il y a quinze cents onze ans, sous le règne de Constantin. Sa famille étant riche, on l'envoya de bonne heure achever ses études sous les maîtres les plus distingués. A trente ans , il voyagea dans les Gaules et dans l'Asie, pour y visiter toutes les bibliothèques et pour achever d'y prendre une parfaite connaissance du grec et de l'hébreu; tandis que déjà son latin rappelait celui de Cicéron. Puis , quand il eut passé quatre ans dans un désert de Syrie pour y compléter sa science , il revint habiter la ville de Rome, où ses talents déjà célèbres le firent connaître avec tant d'avantage que i'évéque ou pape Damase le nomma son secrétaire intime. Cependant, quand il eut passé quelques temps dans cette Babylone (c'est ainsi qu'il appelait Rome), ne pouvant se faite aux mauvaises mœurs de son clergé, qu'il accusait souvent d'avarice , d'ignorance , de luxure , et qu'il osait appeler « un sénat de pharisiens » , il excita contre lui de si haineuses colères , qu'obligé de quitter l'Italie , il se réfugia dans un monastère de Palestine où il passa le reste de ses jours. C'est là qu'il écrivit la version de la Bible dont on se sert encore aujourd'hui dans toutes les églises des Latins. — Nous lui devons certainement du respect comme au plus savant homme de son siècle , et de la reconnaissance comme à l'auteur d'immenses travaux sur les Écritures ; mais il était vaniteux ,
(2) Voyez , fin du volume , note c.
ftl LltyON XXVIII. — DAIf. YII, 7.
colère , plein de fiel , et Ton ne saturait surtout l'excuser de
ses jalousies contre Augustin, ni de ses violences contre Chry-
sostome, deux autres hommes excellents que j'espère vous
faire connaître bientôt.
Voici donc ce qu'écrivait Jérôme il y a quatorze cent
cinquante ans, sur la question qui nous occupe. — J'ai son
latin sur cette feuille ; plusieurs de vous, sans doute, seraient
en état de le traduire; mais je vais, pour abréger, vous le dire
en français. Vous admirerez comment on expliquait alors
déjà nos prophéties dans l'église chrétienne; et je me propose,
si cette première citation vous est agréable, de vous en
donner bientôt d'autres toutes semblables, que j'irai prendre
en des écrivains plus anciens encore que Jérôme (Justin le
Martyr, Hippolyte le Martyr, Irénée, Tertullien, Cyprien,
Lactance , Àmbroise) , qui tous , vous le verrez , expliquent
en grande partie cette prophétie de Daniel à la manière des
protestants. Voici les paroles de Jérôme (1 ) :
« Disons donc ce que tous les écrivains ecclésiastiques nous ont transmis (vous l'entendez , ce n'est pas lui seulement qui l'expliquait ainsi, mais TOUS LES ECRIVAINS ECCLESIAS- TIQUES), savoir qu'à la consommation du monde, quand le règne des Romains devra être détruit, il y aura dix rois qui se partageront le monde romain , et il se lèvera un onzième petit roi qui en détruira trois des dix premiers* »
Ecoutez encore :
« Le quatrième empire , qui tient maintenant le monde entier sous sa puissance (il faut se rappeler que Jérôme naquit en 329) , C'EST L'EMPIRE ROMAIN , dont nous avons vu , dans la prophétie de la statue , qu'il est dit : Ses
(1) Voyez, fin du volume, note d.