‹ Daniel le prophète, exposé dans une suite de lecons pour une école du dimancheChapitre 42 sur 198 · RIGUEURS IMPITOYABLES · texte numérisé non relu

RIGUEURS IMPITOYABLES

Elles sont destinées à dépeindre l'extrême dureté du gouvernement de Rome et ses rigueurs impitoyables à l'égard des vaincus. Malheur aux vaincus! c'était sa maxime. Tous leurs trésors devaient aller à Rome ; il leur fallait renoncer à leurs lois , à leurs mœurs , h leur langue mêpie ; dans toutes leurs provinces rurales op voyait leurs hommes libres , découragés par des exactions incessantes, abandonner l'agriculture pour se réfugier dans les villes ; en sorte qu'en tous lieux on dut finir par ne plus cultiver leç terres que par des esclaves, couuqe fpnt aujourd'hui les Américains avec leurs nègres. Si (jielque province , par trop opprimée , essayait de résister, malheur, trois fois malheur à cette province ! La béte la foulait de son pied puissant et la déchirait de son ongle d'airain. Elle y tuait sans pitié les hommes faits; elle y vendait ensuite, « soys la couronne, » les enfants et les femmes que le glaive avait épargnés. On appelait ces malheureux « servi (serfs) ; » ç'est-è-dire, a servati9i> ou « conservés» (du milieu du massacre). On leur attachait les mains derrière le dos et l'on mettait sur leur tête une couronne de gazon : c'était le signe convenu de leur mise en vente. Alors de nombreux marchands d'enclaves, qui suivaient les armées romaines pour se jeler sur les vivants comme les vautours se jettent sur les morts, emmenaient bientôt en Italie leur souffrante marchandise, et allaient en approvisionner les marchés des villes ou les boucheries du cirque. Car il faut encore que je vous dise ce que le peuple romain faisait de ses esclaves , et que pour ceja je passe au dernier trait de la quatrième béte , je ?eux dire « à son incomparable cruauté. »

11 est écrit au verset 7 : épouvantable et affreuse ; et au verset 49 : fort terrible; mais, dans le chaldéen de Daniel , c'est le même adjectif qu'on a traduit par épouvantable; tandis que, au premier terme du verset 7, l'adverbe qui l'accompagne

signifierait plutôt merveilleusement épouvantable, excellemment terrible.

Pour bien saisir ce dernier trait, il faut nous déprendre, chers enfants, de ces illusions brillantes qu'ont pu laisser dans nos esprits les lectures de notre enfance sur les triomphes des Romains. Les éloges qu'ils se prodiguent dans leurs livres nous fascinent trop souvent; et leur admiration d'euxmêmes nous gagne, comme si les fanfares de leurs triomphes nous rendaient sourds aux sanglots des victimes. Cependant toute leur histoire, vue de près, n'en est pas moins, durant douze cents années, une scène continue d'atroces cruautés. Il faut les voir à l'œuvre , je ne dirai pas dans leurs guerres (toute guerre est cruelle); mais dans leurs lois, dans leurs mœurs, dans leur vie, que dis-je? dans leurs joies et jusque dans leurs festins, pour se faire une juste idée de leur férocité, et pour reconnaître qu'il n'y eut jamais sous le soleil un peuple à qui convinssent mieux ces paroles de Daniel : Epouvantable, affreuse et merveilleusement terrible.

Avez-vous lu le voyage du capitaine Bowdich ou les récits plus récents des missionnaires de Bâle chez les Aschanties, cette nation nègre si puissante et si cruelle ? II semble d'abord que rien sur toute la terre n'égala jamais leur soif du meurtre. Le sang y coule nuit et jour comme de l'eau. Coumassie, leur capitale , en ruisselle dans le deuil et dans la joie. Quand la sœur du dernier roi dut être ensevelie , il ne leur suffît pas d'égorger des esclaves en grand nombre : il fallut encore paver de têtes d'hommes libres tout le fond de la grande fosse; et quand on dévala la princesse , on dut faire tomber d'un coup de massue sur le cercueil , au choix de l'exécuteur, un des grands seigneurs inclinés pour le descendre.

Eh bien, chers enfants, je ne crains pas de vous dire que, si vous étudiiez plus attentivement les mœurs des Romains,

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