LA BÊTE DANS LES GAULES
il le force à se jeter avec 80,000 hommes dans la cité d'Alise, en Bourgogne ; puis aussitôt il l'environne d'une double circonvall&tiôn avec murs, tours et fossés, pour se défendre Soit du côté de là ville contre les assiégés , soit du côté de la campagne contre une armée de 240,000 hommes accourus de toutes les Gaulés. Jugez de ce que devinrent et ces 80,000 hommes enfermés sans provisions et le grand peuple de la malheureuse Alise bientôt sans nourriture ! Réduits aux dernières horreurs de la faim, les hommes d'armes font stfrtir des portes les femmes, les enfants et les vieillards. César entend lelttrs cris de désespoir : ils demandent la grâce d'être esclaves; elle leur est refusée; il faut qu'ils meurent de faim tes tiiis sur les autres entre les murailles de leur propre cité et lés fossés àe leurs ennemis. Enfin la ville elle-même doit se tendre à discrétion; et cette immense population est donnée par César à ses soldats, tête par tête , pour être vendue & leur 'profit dans les marchés d'esclaves, à la seule exception dé 26,000 Auvergnats, qu'on renvoie dans leurs montagnes "poitir y ramener l'obéissance.
Àprfes cette terrible vengeance, César, malgré l'hiver, passant de f)é'ùf)lade en peuplade, à Chartres, à Bourges, à Rhefrns , rà Bea'uvais , en Belgique , à Sens, à Cahors, y met tout à feu et à sang , jusqu'à ce qu'il ait renfermé ses derniers enneiïris dans la forte ville d'Usseldun. Là ces malheureux , privés d'eau par les travaux àes Romains et réduits
aux agonies de là soif, doivent aussi se rendre ; mais que deviendront-ils? Ecoutez. Leurs princes, battus de verges jusqu'à rendre l'âme , auront la tête coupée sous la hache ; et quant à tout ce peuple, il faudra qu'il porte par son supplice tfnc tterfiièfrë terreur dans toutes les villes des Gaules, n César ordonne , dit son secrétaire , que tous ceux qui ont pris les armes contre Rome aient les deux mains coupées (manus
praecidit, quo testatior esset paena improborum), « afin que « ces méchants , » en s'en allant étendre de ville en ville les tronçons de leurs bras pour y mendier un pain de douleur , « attestent par leurs souffrances, mieux qu'ils ne l'eussent pu faire par leur mort, ce qu'il en coûte de résister au peuple romain. » — Peuple épouvantable, dit Daniel , peuple affreux et merveilleusement terrible.
Enfin le pays était dompté; les trois cents peuples des Gaules avaient subi le joug ; un tribut de 40 millions de sesterces leur était imposé; tout était réduit en provinces romaines, et partout, pour mettre à profit les dépouilles de cette grande nation et la tenir à jamais sous le joug, des colonies de soldats romains, établis dans ses cités et dans ses terres, avaient des captifs gaulois pour esclaves, des champs gaulois pour domaines, et des maisons gauloises pour demeures. — L'or de ce pays avait passé dans Rome avec tant d'abondance qu'on l'y vendait pour neuf fois seulement son poids d'argent ; et d'après les calculs de Plutarque , César avait, en neuf ans de conquêtes, pris de force 800 villes, soumis 300 narrions et défait en une suite de batailles rangées 3 millions de soldats, dont un million avait péri sous le glaive et dont l'autre million, vendu « sous la couronne, » était allé mourir dans l'esclavage.
Ainsi marchait la quatrième bête dans sa fureur ; ainsi s'accomplissaient les saintes Ecritures de Dieu; ainsi se développait à travers les âges l'étonnant caractère qu'elles avaient tracé de ce fatal empire. Ainsi l'Histoire reproduisaitelle la Prophétie dans ses traits les plus improbables et les plus inouïs. — La quatrième monarchie avait donc paru , telle que Dieu l'avait décrite par la bouche de Daniel tant de siècles à l'avance, grande, dévorante, affreuse, épouvantable, merveilleusement terrible; en un mot , incomparable.