LES DIX COMMIS
Eh bien , chers enfants , c'est ce que nous allons reconnaître, et ce qui va , je l'espère , vous remplir d'une admiration nouvelle.
Vous avez vu les instincts cruels de la bête et ses sanglants succès : il ne nous rette plus à considérer que ses dix coroes, pour avoir achevé ses premières destinées politiques. Je dis ses destinées politiques; car, après tout, nous n'avons en* core vu que l'histoire de ÏEm-pirt, tandis que c'est à celle de ï Eglise que le Saint-Esprit veut surtout nous conduire. S'il parle tant du quatrième royaume , ah ! ce n'est pas là qu'il regarde, ou là qu'il s'arrête: non, non! c'est à l'église de Dieu dans ce royaume , c'est aux souffrances du Fils de Dieu , c'est à sa venue sur les nuées, c'est au règne des saints et au bienheureux Millenium! Qu'est-ce que cette petite corne mystérieuse et malfaisante, outrageuse envers Dieu, cruelle envers les fidèles , différente des dix premières , grandissant lentement du milieu d'elles, prétendant changer les temps et la loi , et faisant la guerre au vrai peuple de Dieu pendant un tempe et des temps et la moitié d'un temps, jusqu'à ce qu'enfin vienne le Fils de l'homme sur les nuées du ciel pour la détruire par le souffle de sa bouche ? — Voilà le grand objet de cette prophétie.
Vous voyez , chers enfants , combien tout cela va devenir solennel! Donnons -y donc notre plus sérieuse attention; portons-*y tous un esprit de révérence et de prière. N'est-il pas évident que les plus chers intérêts de l'Eglise y sont engagés , et que si c'est ici d'abord de la politique, c'est ensuite tout ce qu'il y ade plus sublime dans la religion?
Qu'est-ce que ces dix cornes? ou qu'est-ce que ces dix
rois?
Cette question va nous occuper pendant cette heure tout entière, *t nous y reviendrons encore dimanche prochain. —
La plupart de vous s'étonneront peut-être de me voir disposé à m'arréter si longtemps sur un sujet qui leur semble si facile; car je suis bien assuré que, si je vous interrogeais là-dessus, vous vous empresseriez de me répondre. Vous n'avez pas oublié la statue du chapitre second ; ni ses deux jambes de fer, terminées par ses dix orteils de fer et de terre de potier. N'est-il pas assez évident que les dix cornes de la bête désignent le même objet que les dix doigts de la statue ; puisque Tune et l'autre vision représentent le même empire des Romains, et puisque l'événement le plus caractéristique de cet empire , c'est l'invasion des barbares et le partage qu'ils en ont fait?
Et quant à ces dix rois , je ne doute pas non plus que la plupart d'entre vous ne se les rappellent. — Que l'un de vous donc veuille bien nous les nommer.
— Ce furent les dix nations gothes et leurs dix rois , qui envahirent l'empire romain vers Tan 400.
Fort bien, et qui le continuèrent cependant sous une forme nouvelle. — Mais leurs noms? Je vous les ai donnés au chapitre deuxième.
— D'abord les Visigoths, sous le roi Âlaiïc.
— Ensuite ?
— Ensuite, les Alains, les Suèves et les Vandales, chacun avec son roi.
— Bien ; puis les Hérules, sous leur roi Odoacre , et les Ostrogohts, sous Théodoric; mais sous quel roi, les Bourguignons?
— Les Bourguignons, sous ce roi Gondebaud qui régnait ici à la porte du Bourg de Four.
— Puis enfin ?
— Enfin , les Gépides et les Lombards.
Très bien ; tous ces peuples et leurs rois passèrent comme
LES DIX ROIS. Ml
de concert le Danube et le Rhin , pour inonder l'Empire ; ils se le partagèrent tout entier ; ils en devinrent l'aristocratie ; ils en adoptèrent le culte et les lois ; ils en prirent même jusqu'à la langue ; et ce fut sous cette forme nouvelle, semi-romaine et semi-germanique, divisée en dix , et cependant unie en une grande catholicité romaine , qu'ils continuèrent ce qu'on a dès lors appelé « la Sainte Eglise romaine n et « le Saint Empire romain. »
Cependant , ce fait extraordinaire tient une si grande place dans la Prophétie et dans l'Histoire , il est d'une si haute importance pour l'intelligence ultérieure de toutes les prédictions de Daniel et pour celles même de saint Jean , qu'il ne suffit pas de l'indiquer : il faut l'établir, le prouver, le rendre palpable. Je vais donc y consacrer cette heure , et je crains même encore que la leçon de dimanche prochain ne nous suffise pas pour l'épuiser.
D'ailleurs, chers enfants , dites-vous bien que je veux être compris ; j'ai l'ambition qu'il n'y en ait pas un seul d'entre vous, même parmi les plus jeunes, qui ne puisse , avec une honnête attention , saisir ce qui me reste à vous dire sur ce chapitre VII et sa petite corne. Je parle pour ceux mêmes qui n'ont point encore étudié, dans leurs écoles de la semaine, l'histoire des Romains et des Grecs. Et je n'ai point de regret qu'ils aient à la commencer avec moi ; parce qu'il est toujours bon de tout apprendre avec la Bible dans ses mains : c'est ainsi qu'on met chaque chose à sa véritable place. Il faudra sans doute, pour cela, que j'entre en bien des détails qui n'auraient point été nécessaires si j'eusse dû m' adresser à des auditeurs moins jeunes ; et je ne voudrais pas que toutes mes leçons ressemblassent à celle-ci; car j'ai des choses plus pressantes à vous dire sur Jésus-Christ et sur les besoins de vos âmes. Mais il est un temps pour chaque chose ; et puisque
c'est la suite même de ces divins oracles qui m'assigne cette tâche auprès de vous, je l'entreprends avec courage et je veux en attendre beaucoup de bien. J'ai cette confiance que , dans quelques années , si nous vivons encore , plusieurs d'entre Vous viendront me remercier de leur avoir exposé ces admirables révélations. « Monsieur, depuis vos leçons j'ai voyagé, j'ai vu le monde, j'ai connu le mal : en dehors , les exemples corrupteurs et a les paroles impies qui rongent comme la gangrène ; » en dedans , les mauvaises convoitises de mon cœur; mais, j'aime à vous le dire, Monsieur, souvent alors le souvenir de Daniel et de ses prophéties est revenu ma faire entendre une voix : « Et ta bible , qu'en fais-tu? n'as-t't pas vu qu'elle est de Dieu ? retourne, Ô retourne à ta bible ! » Alors, Monsieur, j'y retournais, je priais Dieu; et Jésus -Christ omii Sauveur recommençait à parler à mon ftme, il me relevait, il me rendait fort, et je me sentais gardé ! »
Cependant, chers enfants, pour être entièrement compris, je devrais souvent vous faire revenir aux notions de chronologie et de géographie que je vous ai déjà données. J'aurais beau vous présenter les explications les mieux adaptées à la mesure de votre intelligence, et je vous expliquerais les prophéties comme un prophète, que, san3 cette attention, vous ne pourriez comprendre.
Supposez que Dieu vous eût fait monter avec Moïse sur la montagne de *Nébo au sommet duPisga, lorsque par un miracle il lui fit voir de là toute la Terre sainte, depuis Dan jusqu'à Béersebah. Votre admiration sans doute alors eût été grande ; mais même avec ce miracle sous 4es yeux, pour en jouir, il eût fallu le comprendre ; et pour le comprendre , il eût fallu savoir déjà la géographie de ces terres saintes. A quoi , sans cela, vous eût servi le prodige, si vous n'eussiez connu l'existence de ces contrées et leurs places respectives