‹ Daniel le prophète, exposé dans une suite de lecons pour une école du dimancheChapitre 50 sur 198 · QUATRE PREMIERS SIECLES DE LA BÊTE · texte numérisé non relu

QUATRE PREMIERS SIECLES DE LA BÊTE

pouvoir de faire mourir personne, » s'écriaient-ils avec fureur. « Ne sais-tu pas, » dit à Jésus le représentant de Rome, Pontius Pilatus, n que j'ai le pouvoir de te faire mourir en croix, et a le pouvoir de te délivrer (1)? — a Tu n'aurais aucun pouvoir a sur moi s'il ne t'était donné d'en haut , » répondit-il (parce qu'il était décrété d'en haut que la quatrième béte verserait son sang). — Quand donc Jésus-Christ commença son ministère dans la ville sainte, elle avait gouverneur romain et garnison romaine. Tous les matins, la buccine romaine sonnait sous les galeries du temple l'heure du lever de la cohorte ; tous les jours, les souliers ferrés des légionnaires de Rome retentissaient sur les pavés de marbre, dans les parvis extérieurs du lieu saint; et tous les soirs, après l'heure de la retraite, des sentinelles romaines, s'entre-répondant dans les tours et sur le pont de l'Antonia, s'avertissaient en latin de poste en poste et comptaient les veilles de la nuit. — Ce fut donc Rome qui versa le sang « du Juste » à la demande des Juifs; ce furent des Romains qui lui attachèrent les mains derrière le dos, lui mirent sur la tête une tresse d'épines, et sur le corps une pourpre romaine ; ce furent des Romains qui lui crachèrent au visage, qui lui donnèrent des soufflets, et qui, se mettant à genoux, l'adorèrent. Et quand on le mena sur Golgotha, ce fut toute la cohorte romaine qui, marchant à sa suite, composa son cortège. Des Romains lui enfoncèrent, à coups de marteau, des clous dans les mains ; des Romains se partagèrent ses habits, des Romains jetèrent le sort sur sa robe; et c'est pour cela, sans doute (comme on nous le disait récemment), que ce sont encore des Romains, ou des évêques serviteurs du Pontife Romain, qui prétendent nous montrer cette robe h Trêves, et ces clous à Paris : cette robe qu'ils lui prirent au

(1) Jean, XIX, 10, 11-

I W J-ÇWf X*#' — pi*, vu, 7.

sort, et ces clous qu'ijs lui énoncèrent dans les mafys. Le §cçau de l'empire romain fut mis sur la pierre du sépulcre, et des soldat? romains y firent la garde.

Vous le voyez donc, chers enfants, quand le Fils de l'homme parut sur la terre, il y avait soixante-trois ans dçjji que 1? quatrième bête tenait Jérusalem soys ses dents de fier Çt ses ongles d'airain. — Mais bientôt le Saint-Esprit descendit sur les hommes de Dieu. Dans l'espace de trente-qu^t^e fumées seulement, l'Évangile fut répandu jusqu'aux extrémités du monde (1). Alors la bête chercha partout sa ruine.

Aux jours de Néron déjà, l'an Ç7, le £ang d,es chrétiens coulait à grands flots dans Rome. L'historien païen Tacite nous Je raconte : on les brûlait vivants; on les faisait dévpçer par .des chiens ou par des lions ; on les attachait en croix ; on les enduisait de résinp, pour le? brûler liés à des pqteaux, et pour s'en servir lp nuit comme de flambeaux..

On a compté, de l'an 67 à l'an 3Q3 de l'ère chrétienne, dix grandes persécutions sanglantes que le peuple de Christ eu.t jt souffrir de la part de Rome païenne.

La première eut lieu sous Néron : c'était celle que Tacite £ dépeinte et qui vit mourir saint Pierre et saint Paul. — I)ans ,1a seconde, saint Jeqn fut, dit-on, jeté dans l'huile bouillante. — Dans la troisième, on fit jeter aux lions ce vénérable Ignace dont je vous ai parlé. — Dans la quatrième, on décapita Justin «(appelé le Martyr) dont je vous reparlerai, et ce bon vieillard JPolycarpe dont mon ami, M. Merle, vous a récité la belle mprt , da$s sa leçon sur Sadrac, Mésac et Habed Négo (2).

Pans la cinquième (qui arriva vers l'an $01), Tertyjlien , Jfilsd un capitaine ^romain de Car th âge, composa, en faveur ,des chrétien*, cette Jjelle apologie qu'on possède encore, et

(1) Note b, A ta fin du volume. — (S) Dan. III ,.19-?5 (XIVe leçon).

CONVBRSKUi DE IMUHirAMTDI. 418

qu'il adressait au magistrats persécuteurs. « 0 magistrats, » disait-il en finissant, « jugez-nous, tourmentez-nous, exterminez-nous, appelez-nous gens des bûchers (sarmentieios), ear nous appeler ainsi, c'est rappeler notre victoire : vos bûchers suât nos chars de triomphe. Quand vous nous moissonnez, aons devenons plus nombreux, et le sang de nos martyrs est la semence de l'Eglise ! »

Mais je continue mes questions. — Jusqu'où durèrent ces dix persécutions?

— Jusque vers l'an 300.

— Oui, c'est-à-dire que la dixième ou la dernière commença le vendredi saint de Tan 303, à Nicoraédie, et qu'elle dura dix ans. EHe ébranla, oorame un tremblement de terre, l'empire tout entier, et l'inonda du sang des saints. Mais au boqt de dix are, deux immenses événements vinrent signaler à jamais le règne de Constantin le Grand. Je vous les avais indiquéasur le tableau des dates (i) ; et 41 est nécessaire que voup 4es connaissiez pour l'intelligence des dix cornes. Que J'un de .vous, je vous prie, nous les rappelle.

— Ce fat d'abord laxonversion/de l'empereur Constantin; et ce fut ensuite la fondation de Constantinople.

— Très bien; rien de plus grand ni.de plus inattendu que ce premier événemeat.-^Fïgurez^vous, en 312, l'étonnement de l'univers, qui .voyait les chrétiens écrasés en tous Jieux sous les pieds de la béte «féroce et les croyait anéantis, quand tout à coup cet empereur se déclare chrétien. « Jésus*Chnist,idit-il, le grand Dieu tout-puissant ? (ce sont ses propres expres- «en») , Jéaus-tChrist lui est apparu pendant une nuit et lui ra, promis la viotoire ! Aussitôt il (ait récrire Je nom de Christ sur «es étendards; et cette- croix, .dont le nom seul était en aboli) Vol. i«S 2« tableau cbroool. (V lapon.)

4 Si LEÇON XXXI. — DAN. Vil, 7.

mutation chez les Romains, même avant les jours de Jésus- Christ (1), cette croix, qui leur était devenue cent fois plus odieuse encore depuis que le Dieu des chrétiens y avait été pendu, cette croix, Constantin la fait graver sur les boucliers et sur les casques de ses soldats ! — Dès ce jour, vous voyez ses plus puissants adversaires, qui disposaient des trois quarte de l'Empire et qui en appelaient solennellement aux anciens dieux de Rome, renversés coup sur coup, empereur après empereur, armée après armée. Cent mille idolâtres tombent dans la bataille, le 24 septembre, au pont Milvius, à la porte de Rome; et non-seulement on voit ces hommes superbes , jusque-là si terribles et tout couverts encore du sang des sainte, tomber dans les combats ; mais poursuivis de Dieu par des terreurs inexprimables jusque sur leur lit de mort, et réduite au désespoir, confesser leurs crimes, verser des larmes, et se recommander même, par des proclamations, aux prières des chrétiens. — La main du grand Dieu des cieux se rendait alors visible ; l'Eternel dénudait le bras « de sa sainteté, » comme dît Esaïe; et la révolution la plus soudaine, la plus puissante, la plus inouïe, renversait en un jour l'antique paganisme de l'Egypte et de l'Asie, de la Grèce et de Rome! — Et à quelle heure encore? — A l'heure de son triomphe apparent; à l'heure même où, plein de superbe et baigné dans le sang, érigeant des colonnes et frappant des médailles en mémoire de lextvnctiont du christianisme , il poussait des cris de victoire et croyait tenir l'Église expirante sous ses pieds ! Et voilà que c'est lui qui reçoit son coup de mort! Voilà son Jupiter, sa grande Diane, son dieu Mars, renversés en un même jour! Et voilà que tous ces dieux qu'on adorait en des milliers de temples dans le monde entier, depuis des

(1 ) Voyez, Ad du volume , note c.

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