LES DIX CORNES
cinquième et sixième siècle. — Il est temps maintenant que nous laissions l'Histoire et que nous nous retournions vers la Prophétie.
Je reviens donc à Daniel, et je remets le doigt sur les
courtes paroles de notre texte , pour les présenter à votre admiration. — Répétez-les-moi.
— Et elle avait dix cornes.
Quand nous n'aurions point ici d'autre explication de ces paroles que les grands faits de l'histoire romaine , nous comprendrions déjà que ces dix cornes préfigurent , comme les dix orteils de la statue, la division de l'Empire en dix royaumes distincts. — Dans tout le cours de l'Ancien Testament, une corne désigne une force, une couronne, une splendeur. Que de fois n'y trouve-t-on pas des textes tels que celui-ci: «L'Éternel élèvera la corne de son oint?(l)» c L'Éternel est mon rocher, ma force, la corne de mon salut ? (2) » Et même dans le Nouveau Testament : « Béni a soit le Seigneur Dieu d'Israël,... de ce qu'il nous a suscité « une corne de salut dans la maison de David son ser- « viteur ? (3) » — C'est dans leurs cornes qu'est la force de certains animaux cornus; là leur défense, comme aussi leur ornement. C'est pour cette raison que, de Kèren (qui signifie en hébreu une corne), sont venus chez nous, comme chez les Grecs et les Latins, les noms et de corne et de couronne. — Vous voyez donc, chers enfants, que dès l'abord nous pourrions dire de ces dix cornes qu'elles représentent nécessairement le partage de l'empire des Latins en dix royaumes distincts ; tout comme au chapitre VIII, deux cornes sur la tète du bélier représentent les deux royaumes associés des Mèdes et des Perses , tandis que la grande corne du bouc
(1) Samuel, H, 10. — (2) Ps. VIII, 2. — (3) Luc I, 69.
434 LEÇON XXXI. — DA>. Vil, 7.
macédonien , se brisant pour faire place « à quatre autres « grandes cornes vers les quatre vents des cieux , » signifie le grand empire d'Alexandre brisé, pour faire place aux quatre grands royaumes de Macédoine , de Thrace , de Syrie et d'Egypte, situés respectivement vers les quatre points de l'horizon. — Mais le Saint-Esprit ne nous a pas même laissé la peine de cette interprétation , toute simple qu'elle est , puisqu'il nous dit en toutes lettres (au verset te) : Les dix cornes sont dix rois qui s9 élèveront de ce royaume.
Vous l'entendez : les dix cornes sont dix rois; c'est-à-dire, suivant l'usage de la langue , dix suites de rois , ou dix royaumes.
Et remarquez bien ici, Je vous prie , que , si ces dix cornes apparaissent sur le front de la bête dès l'entrée de la vision, elles n'y sont cependant encore que par anticipation , puisque l'empire des Romains devait accomplir une partie de ses destinées avant le moment où ces dix royaumes s'élèveraient dans son sein. Ne l'avez-vous pas entendu : Ces dix cornes sont dix rois qui S'ÉLÈVERONT de ce royaume?
Voilà une première remarque sur ce passage ; mais j'en aurai bien d'autres. — Pour le moment cependant , c'en est assez , et je ne veux aujourd'hui que vous faire admirer ce qu'il y a de divin dans le choix de ces emblèmes.
Voyez , je vous prie , avec quelle simplicité tout ensemble et quelle merveilleuse précision les grands traits de l'Histoire y sont représentés par les grands traits de la vision. Admirez comment ici trois ou quatre coups hardis du crayon prophétique suffisent au Saint-Esprit, pour produire une esquisse si frappante de vérité , qu'un enfant même , dès qu'il a lu l'Histoire , est obligé de s'écrier : Voilà l'empire romain ! comme il le sera plus tard de crier, à la vue de la petite corne : Voilà l'aposlasie romaine, voilà l'homme de péché!
INVASION DES BAkbAlfëS. 135
— Qttfel éSt, dans l'Hfislt>ire7 te irait le plus proéminent de cm èMpftfe 1
— fc'ëért lk gï&ndeufr de sa fbrcc et de sa cruauté.
— Eh bifeh, il'âvëfc-Wrâs pas vu, dans la prophétie, dette qffltriënte ftftfe ëftobtfâftfàble, affreuse et très forte? Mais ehêttîte, ^tiël est encore, dans l'histoire de bet empire, l'événeiliëht le plus grànd et le plus caractéristique ?
— C'est l'iàvftston des batbafes.
— Eh bieft, fcëgàrdei rrotffe béte féroce, tm plutôt, deman-
ûëk au jfliis jfeiihe dé vos frères, en lft lui montrant, quel est
Pdbjét cftii l'y frappe le plus? Ne vous indiqûera-t-il pas
diièsitOt ses dix cornes? Vous le voyez, cMers enfants (et il
ne faut pas que nous passions à la légère devant de telles
ff^rifeslatroVià ttë la térftë diviftè des Ecritures), vous le
Uifyez, freffiâirqtièÉ-lè bieh : de môme que les dix cornes de la
îtëfe féroce ftfriflènt Soû trait le plue saillant dans la Prophétie,
&li JhWrffs , 'en attendant cette affrèusfe petite corne aux yeux
À'&oihthë et atitf grandes paroles , dont nous parlerons plus
farid ; de taêmè aussi , le partage violent et permaneiit de
f ëftiplre des Rbttikiris en dix royalitaes distincts forme son
tfait lé plus saillant dans l'Histoire, au moins en attendant les
Pbpfes, dôtot àttssi nous parlerons plus tard.
Je voudrais vous faire Ifre ce que dit, sur ce grand fait, ifotre bompatriôte M. Sismondi, dans son ffùtoire de la chute ék fen/ipirk nAnain; et je vais prier l'un de vous de nous lire fejtossdge que j'ai marqué dam la préface (il s'agit de l'iiivasion des barbares ) :
\ Uh enf&nt Ut. J
or C'est la plus importante, la plus universelle et la plus Idfigfre des convulsions auxquelles le genre humain ait été exposé; elle a détruit une civilisation pour préparer les éléments de la nouvelle. Elle a compris dans ses effets toute la
portion de la race humaine qui avait alors la conscience de son existence et la capacité de conserver des souvenirs; toute celle, par conséquent, dont des monuments écrits nous ont transmis les pensées. L'empire romain (qui couvrait alors tout ce qu'on croyait être la terre habitable) fut envahi par tous les peuples qui l'entouraient, ravagé, dépeuplé, mis en pièces. Nous sommes les enfants de ces hommes; nous ne sommes pas ceux des Grecs et des Romains. Avec eux ont commencé les langues que nous parlons, les droits que nous reconnaissons, plusieurs des lois qui nous régissent, les opinions, les préjugés (plus puissants que les lois) auxquels nous obéissons et auxquels obéiront peut-être encore nos neveux. »
Maintenant, chers enfants, après ces paroles de Sismondi, reportez, je vous prie, encore une fois vos regards avec respect sur cette image de la bête que je vous avais dessinée d'après Daniel, et admirez-en la précision. — Vous savez que rien ne caractérise mieux une personne ou un animal que la coiffure de sa tête : un lion, sa crinière; un Turc, son turban; un agneau, ses deux cornes; un Européen, son chapeau; une Bernoise, ses tresses et son auréole de crin; un nègre, sa chevelure moutonnée; un roi, son diadème; un Chinois, son crâne couronné d'une flamme chevelue; un mandarin, son bonnet pointu surmonté d'un rubis ; un pape, sa tiare babylonienne et sa triple couronne. Eh bien, pour la bête romaine, ce sont aussi les dix grandes cornes dont son front est armé.
Et remarquez bien encore, je vous prie, un caractère très frappant de ce trait ainsi dessiné; c'est qu'il ne s'agit pas ici seulement d'un événement grand, gigantesque, incomparable, soit par lui-même, soit par sa longue influence sur les destinées de l'humanité : — il s'agit aussi d'un événement hau-