AUGUSTIN DANS L IRRUPTION VANDALE
de Tunis; contrées si grandes que le voyageur conlpte, le long des côtes, soixante journées de chemin; .si fertiles qu'on les appelait le grenier de Rome, et si populeuses qu'elles étaient alors couvertes de villes florissantes, de saintes églises chrétiennes et de zélés serviteurs de Dieu.
Alors vivait à Bone, qu'on appelait Hippoue et dont il était évéque, le plus saint, le plus tendre, le plus 6ublime et le plus profond des anciens docteurs, le vénérable Augustip, la plus grande et la plus pure lumière que le Seigneur ait allumée dans son église avant les jours de Luther et de Calvin. Il avait alors 'soixante-seize ans; et depuis quarantetrois ans converti après de longues résistances, soit par les prédications de l'évéque Ambroise qu'il avait entepdu à Milan, soit surtout par les larmes et les prières de sa bonne mère qui s'était rendue avec lui d'Afrique en Italie , il n'avait point cessé de travailler par d'admirables écrits à raffermissement des églises de Dieu sur toute 4a terre, « Je suis le fils des larmes de ma mère, » disait-il. Et vous pouvez juger des travaux infatigables de cet homme de Dieu, quand je vous dirai que ceux de ses écrits qui sont parvenus jusqu'à nous remplissent onze grands volumes in-folio. — On vous en fera lire quelques-uns quand vous seree plus grands, et je ne saurais trop vous les recommander.
Lorsque les Vandales vinrent attaquer Hippoœ, en 430, l'assaillant par terre et par mer durant quatorze mois, Augustin, saisi de la fièvre au troisième mois du siège, eut le bonheur de mourir. — Dès les premiers jours de l'attaque, il s'était tenuplus qye jamais en présence de son Dieu, plein, tout à la fois, de la joie de son salut et du plus humble sea* liaient de son indignité. Il avait fait écrire près de son lit, en assez gros caractères pour que, sans se lever, il pût encore
les lire de ses yeux affaiblis par l'âge, les trois psaumes 51, 130 et 143.
Vous savez le 51e :
Miséricorde et grâce, ô Dieu des deux!
Un grand pécheur implore ta clémence :
Use en ce jour de ta douceur immense, Pour abolir mes péchés odieux !
Et le 130 :
Au fort de ma. détresse, En mes profonds ennuis,
À toi seul je m'adresse, Et les jours et tes nuits.
Et le verset 2e :
Si ta justice extrême Nos péchés veut compter, 0 majesté suprême, Qui pourra subsister P
Et le 143e, vous rappelez-vous ce verset?
J'ai trop mérité ta colère; Mais que ta justice sévère, N'entre pas en compte avec moi ; Car qui peut dire qu'il espère Paraître juste devant toiP
De son lit de mort, ce saint évéque lisait et relisait ces trois psaumes et les récitait avec beaucoup de larmes. — Il ne laissait entrer ses amis dans sa chambre de maladie qu'à la première heure du matin; afin de n'être point troublé dans son recueillement et d'être trouvé tout prêt à l'arrivée de son Seigneur.
Enfin, le 28 août 430, il expira. Mais, dès lors, «par sa foi, quoique mort, il parle encore; » car ses écrits répandi-