DIVISION PERMANENTE
vues, ce sont dix rois qui n'ont pas encore reçu le royaume,
mais qui prendront puissance comme rois en même temps avec
la bête. — Il y déclare également que a ces dix rois feront la
guerre à Jésus-Christ, mais que Jésus-Christ les vaincra ; » et
il ajoute : « Les dix cornes que tu as vues, ce sont ceux qui
« haïront » la ville de Rome , appelée ici (de l'aveu de tous)
la prostituée; emblème sous lequel les Ecritures ont coutume
de représenter une cité idolâtre ou une église infidèle (1).
« Ceux-ci haïront la prostituée , » dit l'ange, « et la brûleront « au feu (v. 16). »
Je ne pense nullement, chers enfants, à vous exposer pour le moment ces prophéties. Tout ce que j'ai voulu , c'est de vous y montrer un seul point ; savoir que , d'après leur témoignage, l'empire des Latins se montrera, dans les derniers temps comme toujours, partagé en dix royaumes distincts, et que c'est encore sous cette forme si étrangement permanente qu'il verra tomber sa capitale, cette ville aux sept montagnes (Apoc, XVII, 18), cette Rome coupable , « mère des abominations de la terre, » comme l'appelle saint Jean. — « Sa condam- •o nation viendra en un moment» (est-il écrit , XVIII , 10) ; « elle sera entièrement brûlée » (ce qui ne lui est encore jamais arrivé) , « elle ne s'en relèvera plus ; et comme une pierre « de meule jetée au fond de la mer, elle ne sera plus trou- « vée (XVIII, 21). » Mais aussi qu'avez-vous vu? C'est que les exécuteurs de ce jugement de Dieu seront les dix rois , oui, les dix rois, qui se partageront encore dans ce temps-là cet empire des Latins ; car, indignés alors des méfaits de la Prostituée et honteux de leur esclavage, « ils la haïront, *> dit saint Jean , « la désoleront, la dépouilleront, mangeront « sa chair et la brûleront au feu (XVII, 16). »
(1) Note c.
Vous avez donc compris , chers enfants , ce que j'ai voulu dire, c'est que, d'après les prophéties de Dieu sur la bête latine , ce grand phénomène qu'a présenté l'empire romain , d'être douze cents ans divisé en une dizaine de royaumes indépendants , qui , s'ils s'entre-détruisent de temps en temps, se recomplètent cependant toujours, ce grand phénomène doit se continuer encore jusqu'aux derniers temps , où Rome enfin, haïe par ses dix rois, sera par eux détruite pour n'être phis trouvée (Apoc. XVIII, 2i).
Avouez, mes amis, que si ces quatre grands traits font admirer Dieu dans l'Histoire , ils ne le font pas moins admirer dans Daniel. Avouez qu'ils correspondent dans une merveilleuse et divine symétrie avec les traits de la vision. Avouez que, si l'on voit resplendir une beauté céleste dans les œuvres de la Providence , on voit jaillir aussi des éclats tout divins dans les diamants de la sainte Écriture dès qu'on les examine d'un peu près. N'admirerez-vous pas comment tous ces traits si proéminents de l'empire des Romains correspondent à des traits non moins proéminents dans le portrait de la bête dessiné par Daniel ; en sorte que vous avez dans celle-ci comme un profil de celui-là ? — Vous savez qu'il y a des figures à linéaments si prononcés, qu'on vous les fait reconnaître aussitôt dans la moindre esquisse, et quelquefois par un seul de leurs traits : les uns par les yeux , d'autres par leur simple attitude, d'autres par leur bouche ou leur nez, ou leur front. J'ai ouï dire que M. Huber , les mains derrière le dos , découpait avec des ciseaux , en un moment , la silhouette de Voltaire. — Eh bien , le Saint-Esprit vous donne ici dans quelques versets , en un moment , la silhouette prophétique de l'empire des Romains. La ressemblance déjà est à sauter aux yeux. Et que sera-ce , chers amis , quand , dans quelques semai-
CES ROIS SONT DBS ROYAU1IB8. 496
nés, nous en viendrons à la petite corne? Alors, c'est à crier !
Mais je ne dois pas oublier qu'il me reste encore deux tâches à remplir. Je me suis engagé, pour cette leçon, à vous énumérer les raisons qui doivent obliger, ce nous semble, tous les lecteurs de Daniel à donner de ces dix cornes la même interprétation que nous. —Les voici , ces raisons, au moins les principales , et très brièvement.
Première raison. — D'après le langage ordinaire de la Prophétie , ces dix cornes , ou ces dix rois (verset 24) , doivent désigner, non pas seulement dix rois individuels , mais dix suites de rois ou dix royaumes. — C'est ce que vous voyez clairement au chapitre suivant , dans les paroles mômes de l'ange Gabriel. Là , le royaume , ou la suite des rois des Perses et des Mèdes , est représenté par deux cornes sur la tête du bélier; le royaume ou la suite des rois de la dynastie d'Alexandre, par une grande corne sur le front d'un bouc ; et les quatre grands royaumes , ou suites de rois, de Syrie , de Macédoine, de Thrace et d'Egypte, par quatre grandes cornes sorties de la première vers les quatre vents des cieux. — Là encore , l'interprétation des cornes est infaillible , puisque c'est l'ange Gabriel lui-même qui la donne et qui dit (verset 20 et 21) : Le bélier que tu as vu, ayant deux cornes, ce sont les rois des Mèdes et des Perses; et le bouc velu , c'est le roi de Javan, etc., etc.
Mais encore, chers enfants, sans aller chercher nos preuves jusqu'au chapitre Vin, ne voyez-vous pas, même dans celuici, qu'un roi (selon le style de Daniel), c'est un royaume? — Que lisez-vous au verset 17? Comment y appelle-t-il les quatre monarchies?
— Quatre rois qui s'élèveront de la terre.
— Vous voyez donc que , pour lui , quatre rois sont quatre
royaumes, quatre suites de rois. — Et au verset 23, que dit-il de la quatrième bête ou de son quatrième roi ?
— La quatrième bête sera un quatrième royaume sur la terre.
Vous le voyez donc encore : ce qu'il appelait roi tout à l'heure, au verset 17 , il le nomme ici un royaume. — Dans son style donc, comme je le disais, dix rois sont dix royaumes. — C'était ma première raison.
Seconde raison : Les dix cornes de l'empire des Latins doivent nécessairement désigner, non des royaumes successifs, comme certaines personnes irréfléchies l'ont voulu quelquefois supposer, mais des royaumes contemporains. — En effet, les dix cornes subsistent à la fois ; c'est du milieu d'elles à la fois que croît la petite corne , comme il est dit au verset 8 ; elles sont couronnées à la fois de dix diadèmes, comme nous le verrons plus tard dans saint Jean (1) ; elles subsistent encore à la fois à la fin des temps ; elles y donnent à la fois leur pouvoir à la bête; elles y combattent à la fois contre r Agneau ; mais l'Agneau doit les vaincre , parce qu'il est le Roi des rois.
Troisième raison : Ces dix rois, ou royaumes de l'empire des Latins doivent avoir une durée, non pas de quelques mois, non pas de quelques années , non pas de quelques siècles seulement, mais d'un très grand nombre de siècles ; et toute interprétation qui leur assignerait, ainsi qu'à la petite corne, une vie, je ne dirai pas d'un petit nombre d'années, mais même d'un petit nombre de siècles , serait nécessairement et par ce seul fait rendue inadmissible. — Il est facile de le montrer. — En effet, la petite corne, qui cependant doit durer moins que les dix rois (puisqu'elle ne croît qu'après
(1) Apoc XIII, 1, 2; XVII, 12-14.
DBS ROYAUMES CONTEMPORAINS. 197
eux, et ne finit pas avant eux) la petite corne doit persécuter les saints pendant un temps, des temps et la moitié dun temps. Or ces trois temps et demi , qui sont des années prophétiques (et dont je n'ai pas la pensée d'expliquer si tôt la valeur exacte), ces trois temps et demi, à eux seuls, désignent déjà nécessairement une très longue suite de siècles. — Vous en allez juger vous-mêmes d'emblée par un seul mot. Il nous est dit (au verset 12) que les trois premières monarchies eurent une « très longue vie, » et que cette très longue vie fut de tin temps et un temps. — Vous voyez donc que rien n'est plus simple que mon raisonnement : c'est tout bonnement une règle de trois. — Si deux temps, dans le style prophétique, équivalent à la longue vie des trois monarchies des Babyloniens, des Perses et des Grecs, comptées les unes à la suite des autres , combien feront trois temps et demi? — Le grand Newton , dans son commentaire , estime la durée des trois premières monarchies à 720 ans. D la compte depuis l'ère de Nabonassar, en 747 avant Jésus-Christ , jusqu'à l'érection de l'empire d'Auguste en 27. Si donc nous prenons, pour le moment , ce nombre comme le vrai , nous dirons : Deux temps prophétiques (durée des trois monarchies) faisant 720 ans , combien feront trois temps et demi (durée des persécutions de la petite corne) ? c'est une règle de trois toute simple : que faut-il donc faire ?
— On multiplie les moyens et l'on divise par l'extrême.
— Eh bien, 720 ans, multipliés par 3 1/2 , font 2520 ans ; et le produit divisé par 2, donne 1260. — Voilà quelle serait, à ce compte, la durée des trois temps et demi : 1260 ans. — Vous le voyez donc : si les seules persécutions de l'Église par la petite corne doivent durer déjà 1260 ans, n'avais-je pas grande raison de dire que la petite corne elle-même , et surtout les dix cornes (qui commencent avant ces persécutions
et qui finissent après), auront nécessairement une durée d'un très grand nombre de siècles, et que tout système qui leur attribuerait une courte existence serait par cela seul inadmissible ? -— C'est là notre troisième rai3on pour conclure que les dix cornes sont donc bien nos dix rois.
Quatrième raison. — - Si Ton veut se rappeler (comme nous l'avons dit) que, puisque les dix cornes de la quatrième bête forment son trait caractéristique et permanent , les dix royaumes dont elles sont la figure doivent être aussi l'événement le plus caractéristique et le plus permanent de l'empire des Latins, on sera toujours obligé de reconnaître que l'établissement des dix royaumes goths répond seul à cette condition.
Voyez cette quatrième bête. — On ne nous en a montré que la tète et les griffes ; et cependant à cela seul , il faut qu'on la reconnaisse. Et comment? c'est que sur sa tête elle porte ces dix cornes. Et qu'on demande maintenant au moindre enfant , à qui l'on aura fait étudier l'histoire des Romains, quel en est le trait le plus saillant depuis Romulus jusqu'à la révolution française : ne faudra-t-il pas toujours qu'il vous réponde : C'est l'invasion des barbares ; puisque cet événement est après tout l'un des plus grands de l'Histoire tout entière, et que jamais révolution si complète, si grande ni si durable ne changea l'aspect du monde civilisé ? — Que conckire de là ? — Pour la quatrième fois , c'est que les dix cornes sont donc bien nos dix rois.
Cinquième raison. — C'est que s'il en était autrement, je veux dire, si ce fait de la division de l'Empire entre dix rois était un fait encore tout à venir (comme quelques personnes l'ont voulu supposer), il en résulterait que, depuis la prise de Rome par Odoacre , il n'y aurait plus eu d'empire latin; tandis cependant que , d'après les prophéties , cette quatrième mo-
ACCORD SUE LES DHL AOfS. 499
narchie doit durer jusques aux dernière temps .Mois comment durerait-elle encore jusques Ml derniers temps ydux yeux de oeux qtli ùe reconnaîtraient pas avec nou* qu'elle s'est continuée sous la ferme des dix royaumes gotha ? Pour eux , au contraire, elle curait été détruite par ces Goths ! — Concluons donc encore, de cette cinquième raison, que l'apparition des dix royaumes n'est point un fait à venir, niais un fait con-* tinu , et que leur commencement remonte à l'invasion des barbares ; en d'autres termes , que les dix cornes de la bête sont donc bien nos dix rois.
Faudrait-il vous présenter encore une âîxième et une septième raison, mes amis?**- Je le pourrais ; mais il me semble que c'est assez, et je n'en ai même tant dit, que parce qu'il a para récemment, cheë les Mandais, quelques écrits où l'on cherche à jeter des obscurités au* la seule vraie iiiteiv prétation de ces emblèmes sacrés. — J'étais désireux de donner pleine satisfaction sur ce point aux personnes adultes, amies des prophéties , qui sont ici derrière vous et qui preiv nent intérêt à suivre vos leçons.
J'ajouterai seulement que notre explication des dix cornes est si nécessairement commandée par l'évidence des faits, qu'on a dû l'admettre presque universellement, soit chez no* Protestants, soit cbea les Roifaanistes, tels que le père Galmet, le père Dupin , le père Lambert , le père Rossiiet. — Ce sera, si vous Je voulez, une sixième raison ; et je l'ajoute ici, parce que je me rappelle vous avoir promis, dans une leçon précédente, de vous faire entendre , sur cet accord des Réformés et des Romanistes , deux de leurs hommes les plus célèbres ; du côté des nôtres , le grand astronome sir Isaac Newton, dans son commentaire sur Daniel ; et du côté des sectateurs du Pape, le grand orateur et évéque de cour, mesaire Jacques
Bénigne Bossuet, comme il s'appelle, dans son explication de l'Apocalypse publiée en 4689.
Écoutez d'abord Newton (en son chapitre IV). Je le lis en l'abrégeant : « La quatrième bête représentait l'empire des Romains. Cet empire , ayant duré jusqu'au règne de Théodose, fut alors partagé en dix royaumes représentés par les dix cornes de la quatrième bête ; et il a dû continuer sons cette forme divisée jusqu'au moment où Daniel voit l'Ancien des jours qui s'assied, le jugement qui se tient, les livres qui sont ouverts...»
Et quant à ces dix rois , voici comment Newton les énumère au commencement de son chapitre VI. — « L'année, dit-il, où Rome fut prise par les Goths, l'empire des Romains en Occident Ait partagé entre les dix royaumes suivants : le royaume des Vandales et des Alains en Espagne et en Afrique , celui des Suèves en Espagne , celui des Visigoths, celui des Alains dans les Gaules, celui des Burgundes, celui des Francs, celui des Bretons, celui des Huns, celui des Lombards et celui de Ravenne. »
Vous voyez quel accord avec nous , et comment il n'en diffère que dans de petits détails , dont je pourrais rendre bon compte, et dont les variantes ne servent qu'à rendre plus admirable l'harmonie générale de nos interprétations.
Écoutez maintenant le fameux Bossuet, contemporain de Newton , conseiller de Louis XIV , précepteur de son fils, et principal auteur des persécutions de ce roi contre les Protestants. — Vous allez voir qu'il parie des dix cornes comme nous, bien qu'il veuille sans doute expliquer ensuite la petite corne tout autrement que nous. Je le lis aussi en l'abrégeant :
« Saint Jérôme , dit-il (à la page 41 de sa préface), saint Jérôme , qui voyait l'empire romain prêt à tomber du temps