‹ Daniel le prophète, exposé dans une suite de lecons pour une école du dimancheChapitre 8 sur 198 · XII AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

XII AVERTISSEMENT

écouté , et j'ai craint de ne l'être pas si je m'adressais d'abord aux grands. Ce sujet, bien que rempli de lumière est réputé trop abstrus ; bien qu'utile à tous, trop curieux; bien qu'abondant en nos Écritures, trop enveloppé d'incerlitudes ! ~ Et qui consent d'ailleurs à lire de longs chapitres dans les jours où nous sommes? Qui veut faire des études sérieuses chez ces Athéniens vivant tout le jour au forum , et ne passant leur temps à autre chose qu'à dire ou qu'à écouter des nouvelles à côté des autels d'un Dieu inconnu? Us n'ont d'oreilles que pour les agitations présentes de la politique : nous donneraient-ils un moment d'attention? « Que veut ce discoureur? diraient-ils : il semble annoncer des divinités étrangères; il ne nous parle que d'oracles, que d'avenir, que du Dieu inconnu et que d'un relèvement des morts! » — Si j'allais réclamer leur temps et leur peine, ils tourneraient le dos. Je vais donc aux plus jeunes : les aînés viendront autour. Je me fais devant eux un auditoire d'enfants; mais si le groupe grossit, si l'on voit qu'il écoute, qu'il jouit, qu'il s'intéresse,- qu'il comprend, qu'il explique même, alors je suis sûr d'avoir bientôt un second cercle, et qu'à leur tour les grands reconnaîtront qu'il vaut la peine de s'asseoir et d'étudier. Quand cela sera fait, la cause sera gagnée : elle l'est dès qu'on l'écoute; et dès lors d'autres que moi, je l'espère, pourront venir directement à ce nouveau cercle et lui parler comme à des hommes faits, selon sa portée et selon son langage.

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Cependant, il faut le dire, cette forme d'enseignement présente plus d'un désavantage. Elle oblige d'une part à des développements inutiles aux grands, indispensables aux petits; tandis qu'elle en interdit d'autres intéressants pour les plus âgés , mais inaccessibles aux plusjeunes.il faut, par exemple, leur apprendre l'Histoire pour leur expliquer la Prophétie; mais n'importe! car l'expérience m'a montré que cet enseignement, donné à la clarté des révélations divines, est un bienfait pour tous; parce qu'en nous initiant à l'Histoire il nous apprend aussi la vraie philosophie de l'Histoire. D'autre part, cette méthode s'oppose à deux ordres de développements convenables dans tout autre commentaire, hors de place dans celui-ci : je veux parler des citations d'auteurs et de la réfutation des systèmes contraires. Combattre les interprétations erronées, justifier polémiquement celles qu'on a préférée. , citer des autorités, tout cela prendrait trop de temps, dérangerait l'harmonie de ces leçons et leur ferait perdre leur caractère. — Je ne l'ai fait que dans- la mesure qui m'a paru supportable, et j'ai renvoyé dans les notes, à la fin du volume, ce qui m'a paru cependant nécessaire à des lecteurs désireux d'information. J'ai dû m'abstenir également d'observations exégétiques; je n'ai corrigé le texte de Martin que lorsque l'explication du sujet m'en imposait l'obligation. J'aurais voulu rappeler quelquefois les travaux de Ha.vernick; mais on y trouve plutôt une précieuse compilation scientifique sur les textes,

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qu'un commentaire critique du sujet. — J'ai regretté davantage de ne pas faire usage du livre excellent de Hengstenbèrg sur l'authenticité de Daniel; mais ses réfutations de Berthold et de Eichborn , comme celles que les Anglais avaient faites ayant lui des onze objections de Collins, ne vont pas à l'objet de mes leçons; et j'estime d'ailleurs que, par une autre voie, l'étude directe des prédictions de Daniel confond les adversaires de son authenticité plus efficacement que n'ont pu faire les plus solides raisonnements de la Critique et de l'Histoire.

On comprend par ces détails qu'à bien des égards il m'eût été plus court et plus facile de composer un livre pour des lecteurs adultes; car il a fallu fléchir souvent tous mes développements aux exigences peu expansibles d'un enseignement enfantin; et j'ai dû, pour bien des points ardus, faire monter mes jeunes auditeurs dans les hauteurs du sujet, par des chemins en spirale qui leur en adoucissent les pentes; comme dans nos Alpes on amène au sommet les voyageurs dans leurs plus lourdes voitures, pour leur faire contempler d'en haut toutes les grandeurs de la plaine et les" plus lointaines beautés de l'horizon.

Cependant, il y aura sans doute des lecteurs qui, sans contester la haute importance des prophéties, s'étonneront de celle que j'attribue à ce chapitre VII de Daniel , et de ta grande place que je lui donne dans mes explications. — C'est cette grande place qu'il faut justifier.

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Quiconque aura fait quelque étude des prophéties de Daniel , de Paul et de l'Apocalypse, y aura remarqué bientôt un dogme sans cesse reproduit et dominant tout le reste : savoir, qu'avant la seconde tenue de Jésus-Christ, Rome doit être le centre, et l'empire des Latins le théâtre d'une audacieuse révolte contre Dieu et d'une cruelle guerre contre les saints; guerre où Rome versera tant de sang chrétien qu'elle semblera le boire, le boire jusqu'à l'ivresse. En d'autres termes , que (a seconde venue de Jésus- Christ ne doit point être attendue avant qu'ait paru sur la terre « cet ennemi de Dieu , ce Fils de perdi- « tion , cet Homme de péché, qui siégera comme « Dieu dans le temple de Dieu, s'y donnant pour un t Dieu. » — Tous les interprètes, soit Romanistes, soit Réformés, presque sans exception, sont d'accord sur ce grand fait : ils ne diffèrent que dans l'application; et voici sur quels points.

D'abord, sur cette question : Jusqu'où s'étend cet empire, théâtre de la révolte prédite? Faut*il y comprendre l'Orient des Grecs, ou seulement l'Occident des Latins? — Cette première controverse prend dans leurs recherches respectives une très grande importance; mais il en est une bien autrement grave et de laquelle tout le reste dépend. — Celle-ci na divisera pas seulement, comme la première, les commentateurs en diverses classes d'ailleurs d'accord sur d'autres points; non : elle les partage au contraire irrémissibtement en deux grandes écoles radicalement opposées, à jamais inconciliables, et dit-

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