‹ Daniel le prophète, exposé dans une suite de lecons pour une école du dimancheChapitre 92 sur 198 · SES GRANDES PAROLES · texte numérisé non relu

SES GRANDES PAROLES

qu'elle est au milieu des dix autres, et beaucoup plus courte? Mais si elle ne peut mordre, elle parle. Il faut donc que sa puissance de mal faire soit dans sa parole, et que ce soit une puissance spirituelle. — Mais de quoi , je vous prie, une telle bouche peut -elle être l'emblème? Que l'un de vous me réponde.

— L'emblème de l'éloquence.

On pourrait l'imaginer; car s'est ainsi , par exemple , que, dans l'église grecque, l'éloquent Jean d'Àntioche fut nommé Jean la bouche (For (Ghrysostome). Mais rien, dans notre chapitre, n'autorise un tel sens. — Si donc ce n'est ni pour mordre ni pour séduire par les puissances de la persuasion, qu'une bouche est donnée à la corne, pourquoi sera-ce? Voyez au verset il.

— Pour exprimer que cette bouche proférerait de grandes choses.

Oui, chers enfants; tout nous montre , dans la suite de ce chapitre, que la puissance de cette bouche pour faire tant de mal , doit être attribuée entièrement à la haine et à la superbe de ses grandes paroles. — Tout nous atteste chez ce prince romain une malfaisance spirituelle, associée à sa malfaisance temporelle, mais infiniment supérieure à celle-ci. — Ainsi donc , vous le voyez , nous voici prévenus de Dieu , par ces huit premiers traits, qu'entre le sixième et le huitième siècle, il aura dû paraître en Occident, au milieu des dix royaumes de la catholicité romaine, un prince, faible d'abord comme puissance temporelle , mais croissant lentement par des progrès inaperçus, et recevant ses premiers pouvoirs de l'autorité des empereurs romains , vigilant , politique, habile presque jusqu'au miracle, prétendant même peut-être à la charge épiscopale, et exerçant jusqu'à nos jours, depuis plus de onze cent trente ans, dans l'ordre des choses spirituelles , un

t2 LEÇON XXXVII. — DAN. vu, 8, 9, 40, 44.

empire presque universel par l'audace et l'impiété de son langage.

Admirez maintenant, je voua prie, mes amis, comment tout cela se présente ici nettement dessiné , et comment le personnage est devenu déjà saillant, gigantesque, à nui autre pareil! — C'est là ce que je désire vous faire remarquer avant d'aller plus loin. Et je voudrais en même temps que vous appréciassiez la convenance divine de toutes ces images , dans leur hardiesse même et leur beauté sauvage. Avec quelle justesse , tout à la fois , et quelle énergie étonnante de pinceau , le Saint-Esprit y dessine le double caractère de cbétiveté temporelle et de grandeur spirituelle (dans la région du mal) qu'aurait durant des siècles, dans l'empire de Rome , cet ennemi de Dieu.

Mettez-vous, je vous prie, à la place du prophète, quand assis sur son lit à Babylone, eflrayé, troublé dans ses pensées et le visage défait, il avait devant ses yeux les scènes de la vision. — La voyez-vous, furieuse et sortant de la mer au bruit de la tempête , cette bête effroyable , avec ses ongles d'airain , ses dents de fer et ses dix grandes cornes ? — voilà pour la puissance temporelle des dix royaumes romains. — Mais ensuite , cherchez sur ce monstre la puissance spirituelle romaine, le génie du mal, l'ennemi de Dieu et de ses saints : où est-il? car c'est l'objet dont Daniel est surtout effrayé. La voyez-vous aussi, cette humble et chétive petite corne, perdue, ce semble, au milieu des dix grandes, croissant lentement et sans bruit après toutes les autres , et finissant après tout par en être la plus courte? — voilà pour la puissance temporelle de cet ennemi spirituel, qui doit paraître dans l'empire de Rome vers le sixième ou le septième siècle , et remplir ensuite de tant de bruit treize siècles de l'Histoire. — Mais attendez encore, et vous verrez d'où vient surtout le mal ;

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