SES GRANDES PAROLES. S
Vous le voyez donc, chers enfants , ce huitième trait , bien que très petit en apparence dans l'emblème , est très grand dans son sens historique ; car cette petite bouche représente et détermine le caractère spirituel et malfaisant du roi théologien. — o C'est un petit organe que cette bouche , mais « qui peut se vanter de grandes choses , » dirions-nous volontiers comme saint Jacques ( m. 5, 6).
Concluons donc maintenant notre leçon, car je m'arrête. Cependant je désire que les plus jeunes d'entre vous se rappellent très distictement ce que nous avons vu du Personnage. Que l'un de vous, je vous prie , veuille bien le répéter.
— JNous en avons vu huit traits.
— Oui, huit traits parfaitement distincts. — C'en est assez pour aujourd'hui ; mais nou3 en verrons bien d'autres quand nous en serons aux versets 20 et 24 ,24 et 25. — Que faudrat-il donc que nous fassions plus tard, pour trouver dans l'Histoire cet ennemi de l'Église si bien décrit par le prophète?
— D faudra simplement y chercher ces huit traits.
— Plus tard donc, chers enfants , quand nous en serons à l'application de ces prophéties et que nous chercherons dans l'Histoire ce personnage pernicieux, quelle suite de questions nous faudra-t-il faire, le livre en main? — Je voudrais que l'une de nos jeunes amies essayât de me les indiquer : je l'aiderai. Nous n'en sommes point encore sérieusement à cette recherche ; mais je désire m' assurer que vous avez bien compris ces premiers caractères et que vous saurez vous en souvenir. Je vais rappeler moi-même la première de ces questions; vous direz les suivantes.
Première question. — Peut-on trouver encore aujourd'hui sur la terre ( je parie de la terre prophétique), une Puissance temporelle portant le diadème , qui ait déjà pour le moins 4 430 ans d'existence? Ce serait là une première question qu'il
36 leçon unn. — dah. tii, 8, 9, 40, 14.
faudrait s'adresser, le livre en main.— Que répondric^oos!
— Il n'y a que le royaume des Français , qui ait subsisté si longtemps et qui subsiste encore.
— En effet, chère enfant; car la république de Venise est tombée. Or, ce royaume des Français subsiste depuis l'an «1 , et compte déjà treize siècles et demi d'existence. J'en pourrais bien encore indiquer un autre; mais je passe à la seconde question qu'il faudrait se faire ; je vais la commenoer, finissezla pour moi.
Seconde question. — S'il y a de nos jours sur la terre prophétique une ou deux Puissances temporelles ayant 1130 années d'existence, se trouvera-t-il, comme le demande Daniel , que Tune de ces Puissances ait son territoire... t
— Ait son territoire dans l'empire des Latins.
— Très bien. Troisième question : — S'il existe de noe jours une telle Puissance , se trouvera-t-il encore , comme le demande Daniel , qu'elle soit justement la pins petite... ?
— La plus petite de tous les royaumes dont se compose l'empire des Latins ?
— Très bien . — Continuez de la même manière.— Jte suppose qu'en effet il existe aujourd'hui depuis 1130 ans dans l'empire des Latins , une Puissance portant diadème , plus petite en territoire qu'aucun de leurs dix royaumes, et qui de plus (car j'oubliais de le dire), ait dû son existence au pouvoir impérial des Romains , quelle quatrième question devrionsnous faire encore T
— Est-ce qu'il se trouvera que cette Puissance se soit accrue comme une corne lentement et sans bruit?
Très bien ; et la cinquième?
— La cinquième : Est-ce qu'il se trouvera justement que cette Puissance ait pris la place de trois des premiers royaumes établis dans l'Emnire*
BOIT QUESTIONS POUX LA TaOCVHL. 37
Très bien encore , chère enfant. — Et je suppose qu'il existe réellement aujourd'hui , depuis tant de siècles, un tel royaume sur la terre des Latins , petit entre les plus petits , aècru lentement et sans bruit comme une corne, établi dans son autorité par les empereurs de Rome , et occupant depuis 1130 ans le territoire de trois des premiers rois : quelle sixième question devriez-vous faire encore? Je la commence, vous la termineras. — Sixième question :— S'il existe aujourd'hui un tel royaume, se trouverait-il aussi , comme le demande Daniel , que son gouvernement se soit toujours fait
reconnaître entre tous les autres depuis 1130 ans par
quoi?
— Par sa clairvoyance.
— Et quelle serait la septième question, si nous interprétions les yeux de la petite corne à la manière de Newton?
«—Se trouverait-il encore qu'il se donnât pour un évéque?
— Oui , pour Un évéque par excellence , un évéque universel.
— Et la huitième question? Cherchez, je vous prie, d'y récapituler tout ce qui précède, afin de me montrer qu'on a bien tout compris et tout retenu. — Je vais vous aider. — Je suppose qu'en effet il existe depuis plus de 1130 ans, dans l'empire des Latins, un prince temporel portant le diadème, petit entre tous les autres, élevé au pouvoir par l'autorité des empereurs, devenu ce qu'il est par des progrès cachés et continus, maître des terres qu'occupaient trois des premiers rois, remarquable entre tous par une prodigieuse habileté , et se donnant peut-être aussi pour un évéque universel, se trouverat-il encore... veuillez achever vous-mêmes cette huitième et dernière question.
— Se trouverait-il encore que ce même petit prince s'est toujours de tous les autres par ses grandes paroles?
— Certes, mes amis, vous en conviendrez , voilà déjà bien des conditions et des conditions fort exigeantes. — Il faudra donc, pour que Daniel ait prophétisé juste, que tout cela se trouve dans l'Histoire ; et cependant encore , je l'ai dit, à ces huit premières conditions nous en ajouterons beaucoup d'autres, quinze ou seize, si je ne me trompe ! — Nous dirons ses pompes plus que royales, ses hérésies, ses homicides, ses tromperies, ses prétentions énormes, ses succès contre l'Église, leur durée, et enfin son jugement et sa ruine, jusqu'à ce qu'arrive le jour bienheureux « où le règne et la grau- « deur des royaumes qui sont sous tous les cieux sera donnée « aux saints du Souverain, et où tous les empires lui seront « assujettis. Son royaume est un royaume éternel; et tous les « empires lui seront assujettis et lui obéiront. »
0 ! que j'aime, chers enfante, à terminer notre sombre leçon de ce jour par ces dernières paroles 1 On en a besoin, n'est-ce pas? après la longue et triste tâche qui vient de nous occuper; besoin pour la foi, besoin pour le cœur; car la foi est troublée aussi bien que le cœur, à la vue de ce roi malfaisant et de son règne de H 30 ans. 0 qu'alors il lui tarde d'en venir enfin à ces temps heureux où la volonté sainte de Dieu notre Sauveur régnera sur la terre, et non plus celle de l'homme; où ce seront les amis de Dieu, les débonnaires, les hommes de paix et de charité, qui mèneront les affaires de ce monde , au lieu des Hildebrand , des Charles Quint, des Charles IX, des Louis XIV et de tous ces rois sanglants dont l'histoire est si longue !
J'avais espéré , comme je vous l'avais dit , terminer ma leçon par ces pensées agréables, et vous expliquer pour cela les versets 9 et 10 récités aujourd'hui ; mais , vous le voyez à l'horloge , cela n'est plus possible , il faut renvoyer à dimanche prochain. — Je vous laisse donc à ces huit premiers
A QUOI bonP 29
traits du roi théologien; vous y repenserez dans vos maisons, et vous vous tiendrez en état de me les rappeler.
Ne dites pas ; « À quoi bon la triste tâche de ce jour? » — La réponse serait simple. Puisque le Saint-Esprit nous la propose, cette tâche, il faut bien qu'elle soit bonne. Et d'ailleurs, puisque l'église de Dieu, dans l'Occident , doit être au moins 4430 ans livrée à la persécution, il faut bien qu'elle le sache. Et cette Église, chers enfants, c'est vous, c'est moi, c'est nous , ce sont « tous ceux qui , en quelque lieu que ce soit , a invoquent le nom de Jésus-Christ, leur Seigneur et le a nôtre (1). » Rappelez-vous cette parole de notre maître : « Je vous ai dit ces choses, afin qu'il vous souvienne, quand « l'heure sera venue, que je vous les avais dites, et afin que, « lorsqu'elles arriveront, vous n'y trouviez pas une occasion a de chute (2). »
Et ne dites pas non plus: Mais, cette église de Dieu , pendant ces 1430 ans, que deviendra-t-elle? Chers enfants, encore ici , la réponse est très simple : il faudra que l'Église au milieu du monde romain soit ce qu'était Daniel au milieu de Babylone ,.... revêtue de Jésus-Christ.
Je lisais cette semaine, dans Hamilton (3), sur cette, vie sainte et gardée de Daniel au milieu de Babylone, une réflexion qui , tout en me charmant , m'a fait penser à vous j et je me suis promis de vous la rapporter.
« Parmi les formes les plus élégantes de la vie des insectes, dit-il en parlant de Daniel , les naturalistes admirent un petit animal à qui le Créateur a donné le pouvoir de s'envelopper d'air comme d'un manteau , pour descendre, ainsi vêtu , jusqu'au fond des étangs, sans y sentir jamais le contact de l'onde. Vous voyez l'aimable petit plongeur, sous son habit trans-
(1) 1 Cor. I, 1, 2. — (2) Jean XVI, 1-4 ; XIV, 29. — (3) Note d.
parent^ s'en aller de droite et de gauche et se promener dans l'élément liquide, toujours au sec et toujours à son aise. En vain l'eau qui l'environne de toutes parts est-elle amère ou putride : que lui importe 1 il n'en saurait souffrir, protégé qu'il est par sa robe de cristal. N'est-ce pas toujours l'air des cieux qu'il respire jusqu'au fond des marais et sur la vase la plus impure î »
« Eh bien , dit Hamilton, voilà Daniel au milieu du monde babylonien. »
Et voilà l'Église? dirai-je à mon tour, voilà l'Église de Jésus- Christ au milieu des Latins ! Voilà l'âme chrétienne au sein de toutes les stations de oebas monde et de ses eaux les plus malsaines. — C'est la prière qui , par l'Esprit de Dieu , vous revêtira d'une atmosphère céleste pour descendre sans de funestes contacts dans ces ondes malfaisantes. La prière vous enveloppera d'une robe transparente que le monde ne saurait voir, mais qui ne vous en protégera pas moins contre les amertumes du siècle et ses impuretés. La prière vous apprendra chaque jour à remonter vers le ciel pour de nouvelles provisions de cet air vital qui fait prospérer l'âme et qui renouvelle ses forces de moments en moments.
J'espère, chers enfants, que chacun de vous emporte avec soi cette persuasion, et qu'elle le gardera dans Genève comme elle a gardé Daniel dans Babylone, et l'église de Dieu dans l'empire des Latins, a Noos savons , dit saint Jean , « que celui qui a été engendré de Dieu se garde lui-même, et c que le Méchant ne le touche pas; nous savons que nous a sommes de Dieu , et que le monde entier est plongé dans « le Malin (4). » Allez donc, chers enfants, avec cette bonne pensée, et vous serez conservés purs dans vos maisons, dans
(1) 1 Jeu V. 18, 19. - -