‹ Daniel le prophète, exposé dans une suite de lecons pour une école du dimancheChapitre 97 sur 198 · LES TRÔNES JETÉS BAS · texte numérisé non relu

LES TRÔNES JETÉS BAS

ainsi Luther, chez les Allemands ; ainsi Haevemick, notre ancien collègue, dans son commentaire sur Daniel (i). Cela vous prouve au moins que ces deux sens sont également admissibles. Aussi l'excellent Jean Calvin, quand il donnait, tout près d'ici, ses leçons de Daniel à nos pères, il y a deux cent quatre-vingts ans, leur disait-il qu'ils pouvaient choisir entre les deux traductions. En effet, le mot remiv de l'original peut appartenir également à deux verbes différents , roum et ramah, que Daniel a souvent employés, et dont l'un veut dire être élevé , et l'autre jeter ou renverser.— Si je disais en français : « Ils ont cru,* votre oreille ne saurait peut-être pas d'abord distinguer si ce mot appartient au verbe croître ou au verbe croire , et s'il faut traduire : a Ils ont grandi, » ou : « Ils ont donné foi. » Eh bien, il en est de même ici du mot remiy. Suivant le verbe auquel il appartient, il peut signifier également que les trônes furent renversés ou qu'ils furent dressés. — Dans le second sens (a jusqu'à ce que les trônes furent élevés ou dressés »), il s'agirait des trônes des anges, et Dieu se représenterait comme un juge suprême qui serait environné de ses assesseurs siégeant autour de lui sur des millions de trônes pour concourir à ses terribles jugements. Ce serait alors le même mot que nous avons souvent rencontré dans Daniel et traduit par élevé. Par exemple, chapitre Y, * verset 20 : a Après que son cœur se fut bxbv<; d verset 19 : a II élevait ceux qu'il voulait, verset 23 : « Tu t'es clbvé, » et ailleurs (2). — Mais dans le premier sens, (a jusqu'à ce que les trônes furent jetés bas »), il s'agirait des trônes de la terre; Daniel verrait toutes les grandeurs humaines renversées, en particulier tous les trônes de la terre des Latins, et le trône même de l'Homme de péché : ils sont jetés bas par la démoli) Note a. — (2) IV, 37 ; XI, 30.

36 LBÇON XXXVÏII. — DAN. VII, 9, 40.

cratie ; ils sont renversés et brisés par un jugement du Fils de l'homme. Le jugement contre eux, a-t-on pensé, commence depuis la Révolution française (nous le verrons plus tard). Jésus-Christ ne doit-il pas, en effet, « les briser de son «6ceptre de fer? » et n'est-il pas écrit qu'ils seront tous, dans les derniers temps, « comme la balle du blé que le vent chasse «au loin en un jour d'été? » — Dans ce sens, le verbe que Daniel emploierait ici lui est aussi familier que le précédent. Par exemple, au chapitre ni (versets 6, 20, 21) : a N'avons-nous « pas JETÉ trois hommes au milieu du feu? » a —.Ils furent « JETÉS au milieu de la fournaise ; » et souvent, au chapitre VI (versets 46 , 24) : « Il sera JETÉ dans la fosse aux lions. » — Daniel voit donc ici tous les trônes de la terre prophétique, et spécialement tous les dix trônes de l'empire des latins , jeté* bas par la démocratie, pour faire place enfin à celui « du c Fils de l'homme; » car « au temps de ces rois » avait-il été déjà dit au chapitre second, après que toutes les puissances de la terre prophétique auront été brisées et réduites en une fine poussière, « le Dieu des cieux suscitera un royaume qui « ne sera jamais dissipé; et ce royaume brisera et consumera « tous ces royaumes-là !

Les deux sens me plaisent également : c'est donc à vous . de choisir.-— Je regardais jusqu'à ce que les trônes (les trônes de la terre) furent jetés bas; — ou bien encore , si vous voulez : te regardais jusqu'à ce que les trônes (les trônes du ciel) furent dressés, pour les grands jugements que le roi des rois doit prononcer à la fin des temps contre la bête , contre la petite corne, contre tous ses adversaires.

Ce qui semblerait appeler plutôt ce dernier sens, c'est ce. qu'il dit des milliers d'anges , qu't& assistaient devant Dieu (comme ses assesseurs , pour ainsi dire) , que le jugement se tint , que r Ancien des jours s'assit. Mais je ne décide pas ,

l'ancien des jours. 37

je le répète, c'est à vous de choisir. — Continuons le verset 9.

— Et que P Ancien des jours s'assit* — L'Ancien des jours s' assit l la vision devient sublime. Voilà le Dieu très-haut , Celui qui a dit : « Nul homme ne peut me voir et vivre (1) », le voilà qui s'assied , mais sur un trône de flammes! Ah! l'on ne 6' étonnera pas qu'à cette vue Daniel ait senti « son esprit lui défaillir en son corps, et les visions de sa tête le troubler (v. 15)! » Quelle grandeur dans ce spectacle ! quelle majesté dans les images et quelle beauté dan$ les expressions !

L'Ancien des jours, c'est ainsi que Daniel désigne le Dieu

trois fois saint, éternel , souverain, immuable , qui est, qui

était et qui sera. — Il était avant les montagnes, avant la

terre, avant les cieux, avant les siècles, avant qu'il y eût des

jours! Avant que la lumière fût, il était déjà F Ancien des

jours, le Dieu sans commencement , le Dieu solitaire, mais

le Dieu bienheureux. — a Avant que les montagnes fussent

a nées, ô Éternel , » s'écriait Moïse dans le désert (2), « avant

a que tu eusses formé la terre, d'éternité en éternité tu es le

« Dieu fort; car mille ans sont devant tes yeux comme le

o jour d'hier qui est passé , et comme une veille en la nuit. »

Et ce qu'il est , ce Dieu ineffable, il l'était déjà avant les

jours, il Test à jamais, a Au roi des siècles donc , immortel ,

a invisible, au Dieu seul sage, honneur et gloire jusqu'au

« siècle des siècles. Amen (3) ! »

Nous verrons plus tard , dans cette sublime vision de Daniel , apparaître le Fils de Dieu sur les nuées du ciel; mais ici je ne pense pas qu'il faille prendre le titre d'Ancien des jours comme désignant exclusivement le Père, pour le distinguer

(1) Exod. XXXIII, 20. — (2) Ps. XC, 2. — (3) 1 Tim. 1, 17.

du Fils ou du Saint-Esprit. C'est plutôt la représentation de Jéhova ou « du Dieu trois fois saint , » dans son office de juge ; c'est cette majesté dont le trône est d'âge en âge, tandis que toutes les grandeurs créées ne sont que du jour d'hier. — Vous avez , en effet , une vision semblable au VI* chapitre d'Ésaïe. et L'année de la mort du roi Hosias, » ce grand prophète vit aussi , comme Daniel , « le Seigneur a siégeant sur son trône haut et élevé »; mus c'était Jéhovah dans sa Trinité sainte et ineffable ; « Saint , saint , saint est l'Éternel des armées », criaient les anges à son aspect ; et saint Jean nous déclare que ce Jéhovah dont Ésaïe voyait alors « la gloire », ce n'était pas la personne du Père seulement, c'était aussi celle du Fils; comme saint Paul et saint Luc nous disent également (au XXVIIIe chap. des Actes) que c'était celle du Saint-Esprit (1).

Nous avons donc ici d'abord une représentation de la Puissance divine siégeant sur son trône judicial; et Daniel bientôt après nous montre le Fils de F homme arrivant sur les nuées du ciel pour prendre possession de son royaume. C'est à ces deux traits successifs de la vision , ce me semble, que se rapportait la réponse de Jésus à Caïphe (2) : a Oui , je a suis le Christ , et vous verrez le Fils de l'homme assis à la a droite de la Puissance et venant avec les nuées du ciel! » Vous l'entendez , il y a là deux traits comme dans Daniel : premièrement « le Fils de l'homme assis à la droite de la a Puissance »; et secondement , ce même Fils de l'homme « venant sur les nuées du ciel! »

Il ne faut point oublier que a le Père ne juge personne, a qu'il a remis au Fils tout pouvoir de juger (3), » qu'il est « invisible », et qu'il ne s'est jamais révélé que dans son

(1) Jean XII, 4 ; Acl. XXVni, 26 (Àr/ov). - (2) Marc XIV, 62. —(3) Jean V, 22.

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