L'ANCIEN DBS JOURS S* ASSIED
Fils (1). « Si donc il fallait , a dit le célèbre Adam Clarke, ne reconnaître ici que Dieu le Père, ce passage serait le seul de l'Écriture où il aurait été présenté sous une forme humaine. » — a Quand l'Éternel vous parla du milieu du feu », disait Moïse aux Israélites, « vous entendîtes bien la voix des paroles, mais vous ne vîtes aucune ressemblance. » (Deutér. IV, 15, 16.)
L'éternité du Fils nous est aussi clairement enseignée dans l'Écriture que l'éternité du Père : « il est le même, dit saint Paul, « hier, aujourd'hui et éternellement (2) ; » il est appelé « le o Dieu fort et puissant ,1e Père d'éternité (3). » Quand l'Écriture nous dit que « au commencement il était déjà, parce que « il « a créé toutes choses, les visibles et les invisibles, les trônes , « les dominations , les principautés et les puissances , les o choses célestes et les choses terrestres (4) ...., » que peutelle dire déplus? N'est-ce pas attester qu'il n'a point eu de commencement, puisque au commencement de tout il était déjà? Et n'est-ce pas le dépeindre, lui aussi , comme l'Ancien des jours; puisque « au commencement il était auprès « de Dieu, et était Dieu.n C'est au Fils , écrit saint Paul (5), que le Père a dit, dans le psaume Cil, 26 : « Tes jours sont «d'âge en âge; tu as autrefois fondé la terre, et les cieux « sont l'ouvrage de tes mains : ils périront, mais tu subsistes « toujours ; ils s'envieilliront comme un vêtement et ils seront « changés ; mais toi ,' tu es toujours le même , et tes années a ne finiront point. »
Je regardais donc , nous dit Daniel ,... jusqu'à ce que {Ancien des jours s'assit. '
Il s'assit. — Vous comprenez bien que toute cette grande scène se passait en vision , et que ce n'était qu'une suite de
(1) Jean I, 18; V, 37; VI, 46; Exod. XXXIII, 20. — (2)*Héb. XIII, 8. — (3) Esale IX, 6. - (4) Jean 1, 1, 2 ? — Col. 1, 16. — (5) Héb. 1, 10.
symboles ; car Dieu n'occupe pas un siège comme un homme ; il n'a pas une tête à cheveux blancs comme un vieillard , ni comme nous une bouche et des pieds; il n'est ni porté sur un char, ni roulé sur des roues. « Personne na l'a jamais vu » dit saint Jean (1) ; a il ne peut être vu, » dit Jésus-Christ (2); a il a habite une lumière inaccessible, » dit saint Paul (3). — Il n'est donc point tel en son essence que le contemple ici Daniel dans cette vision de la nuit. — Mais vous comprenez aussi que, pour se révéler aux hommes, Dieu doit employer des figures qui s'accommodent à leur infirmité; puis qu'il parle, lui invisible , lui éternel , à de pauvres êtres vêtus de chair, dont la vie est empruntée, dont les pensées sont très courtes , et « dont le souffle est dans leurs narines. » (A) — C'est pour cela qu'il se présente ici comme un roi qui siégerait sur son tribunal , entouré de sa cour, en un jour solennel, pour prononcer des sentences. — Il est assis sur son trône; autour de lui sont les ministres de sa puissance , tous vêtus de lumière et se tenant debout des deux côtés : ce sont les anges de sa gloire ; ils sont là par millions et millions de millions pour attendre ses ordres et les exécuter. — Par cet appareil aux formes humaines, le SaintrEsprit a voulu, tout en nous pénétrant de révérence pour, cette majesté souveraine, nous faire connaître prophétiquement les terribles jugements par où tout doit finir. — a Voici , les temps des gentils, » comme les a nommés Jésus-Christ (5) , sont venus à leur terme ; les 1260 jours sont accomplis ; c'est assez d'oppressions , assez de blasphèmes; l'Éternel en veut finir avec ses adversaires! « Et ne vengera-t-il pas ses élus qui crient à lui nuit et jour? « dit Jésus-Christ (6) ; je vous dis que bientôt il les vengera î »
(1) Jean 1, 18. — (2) Jean VI, 40. — (3) 1 Tlm. VI., 16. — (4) E«Te II, H. — (5) Luc XXI, 24. — (6) Luc XVIII, 7.
a s'assied pour juger. H
Les trois monarchies des Chaldéens , des Perses et des Grecs ont duré un temps et un temps; la quatrième, sous la tyrannie de sa petite corne , un temps , et des temps et la moitié dun temps; mais le jour de la délivrance se lève; a la grande et Babylone est venue en mémoire devant Dieu , pour qu'il a lui donne la coupe du vin de l'indignation de sa colère. » N'imaginez donc pas que sa ruine arrive au hasard et par le seul développement des choses humaines. Non, non! c'est un jugement de Dieu. Voyez l'Ancien des jours qui s'assied sur son trône de feu et qui va prononcer ses sentences. «0 a ciel, réjouis-toi à cause d'elle ! et vous aussi, saints apôtres « et prophètes ! car Dieu va la punir à cause de vous (1) ! » « Bientôt elle sera précipitée et ne sera plus trouvée ; parce « que ses péchés se sont entresuivis jusqu'au ciel , et que « Dieu s'est souvenu de ses injustices. C'est pourquoi eu un a seul jour viendront ses plaies , mort et deuil et famine ; a et elle sera consumée dans le feu ; parce qu'il est fort , le a Seigneur Dieu qui la juge ! »
L'Ancien des jours s'assit donc pour juger. — Mais encore une question. — Dieu n'est-il pas toujours assis pour juger; et y aurait-il des temps où l'on pût dire qu'il ne regarde plus aux désordres de la terre ?
— Non, jamais.
—Vous comprenez donc ce que veut dire ici , Dieu s'assit pour juger. — Souvent, sur la terre, l'Église persécutée peut trouver que le triomphe des méchants est trop long, et que la justice divine semble fermer l'oreille. Les troupeaux dispersés, les ministres en fuite , les fidèles condamnés , fustigés , roués ou brûlés vifs, les bibles déchirées , des images dans tous les temples, des morts qu'on invoque, des prêtres qu'on adore, des
(1) Apec. XVIII, 20. — 5, s.
it LEÇON XXXYIII. — DAN. VII, 9, 40.
armées qu'on lève pour égorger les serviteurs de Dieu, et tout cela pendant « un temps et des temps , et la moitié d'un « temps... ! » 6 mon Dieu, que c'est long! Seigneur, jusques à quand? que tardes-tu? où sont tes compassions? — Vous vous rappelez le psaume LXXIV : « Mon Dieu , nous as-tu re- « jetés pour jamais? souviens-toi de ton Église que tu t'es a acquise d'ancienneté. L'ennemi a tout ravagé au lieu saint; « tes adversaires ont rugi au milieu de tes synagogues ; ils y a ont mis leurs enseignes pour enseignes. 0 Dieu, défends ta a cause , lève-toi ! jusques à quand ! *>
Ce sont là souvent les plaintes de l'Église; mais écoutez Daniel : voici l'Ancien des jours qui s'assied sur son trône et qui se montre enfin comme juge ! Il n'y a sans doute aucun temps où Dieu ne soit sur le trône pour gouverner et pour foire justice ; mais il en est quelquefois où notre faiblesse imagine qu'il a cessé d'intervenir dans les désordres de la terre, tandis qu'il lui paraît s'être assis comme juge, quand, en d'autres temps, il vient briser enfin la puissance des méchants.
Je continue notre verset 9.
Son vêtement était blanc comme la neige. — C'est pour exprimer sa majesté sans tache ; car « qui est comme lui, ma- « gnifique en sainteté (1) ?» Le vêtement blanc est toujours, dans l'Écriture, un emblème de la pureté de celui qui le porte. Vous vous rappelez l'ange de la résurrection : son vêtement était blanc comme la neige (2) ; vous avez vu le Seigneur lui-même transfiguré sur la sainte montagne : « ses vêtements a aussi étaient blancs comme la neige, et tels qu'aucun foulon a sua* la terre ne peut ainsi blanchir (3). » Ainsi, en sera-tr-il, nous est-il dit, de a ceux qui auront vaincu : » ils marcheront
(1) Kxod. XV, 11. — (2) Matth. XXIII, 3. — (3) Marc IX, 3.
son trAnb db pbu. 43
« avec lui en vêtements blancs (4) ». «Et je vis, dit saint Jean, « une grande multitude que nul ne peut nombrer de toutes a nations, tribus, peuples et langues ; ils se tenaient devant le a trône vêtus de longues robes blnnches, et ils portaient des «r palmes en leurs mains (2)1 » — Continuons.
— Et les cheveux de sa tête étaient comme de la laine nette.
— C'est encore ici un emblème de sa sainteté majestueuse comme o juge de toute la terre : » les cheveux blancs sont le symbole de la sagesse, et ils appellent notre respect; « lèvea toi devant les cheveux blancs (3), » est-il écrit. Vous avez d'ailleurs le même trait dans l'apparition du Fils de l'homme à l'apôtre saint Jean, a Alors, je me retournai, dit-il, pour voir « quelle voix m'avait parlé , et je vis au milieu des sept « chandeliers d'or, un être semblable à un fils d'homme, vêtu « d'une robe traînante et ceint près des mamelles d'une cein- « ture d'or : sa tête et ses cheveux étaient blatils conflue de a la laine blanche et comme de la neige (4). » — Continuons :
— Son trône était des flammes de feu; et ses roues un feu ardent.
— Ces flammes de feu et de feu ardent représentent , je pense, et les redoutables clartés qui seront jetées sur toutes choses au jour des jugements de Dieu, et la sévérité de ces jugements.— «Tout est nu et entièrement découvert aux yeux de a Celui à qui nous devons rendre compte; aucune cachette de a malice ne saurait échapper à ses regards, » et toutes choses , au dernier jour, viendront en lumière devant lui. Alors ce sera comme vingt soleils levés sur votre vie , sur toutes vos actions les plus secrètes, sur toutes vos paroles, sur toutes vos pensées; alors tout cela jusqu'au fond sera vu comme à l'œil; alors
(1) Apoc. III, 45, 18. — (2) Apoc. VII, 9. Voyez VI, 11 ; XIX, 7, 8; 1,14; IV, 4. — Esther VIII, 15. — Ps. LXVIII, 14 ; CIV, 1, 2; LI, 7. — Eccl. ;IX, 8. — Lévit. XVI, 4.-2 Chron. V. 12. — (3) Prov. XVI, 31. — (4) Apoc. 1, 12-14*
44 LEÇON XXXVUI. — 0AN. vu, 9, 40.
toutes vos hypocrisies seront dévoilées; toutes vos iniquités connues, toutes vos souillures secrètes racontées, si tout cela n'a pas été aboli, oublié et jeté comme au fond de la mer par l'œuvre de la Rédemption. — Ah ! chers enfants , c'est alors qu'il faudra cacher son visage de ses deux mains; c'est alors que tous les hommes, s'ils n'ont pas sureux le sang de Jésusr Christ , crieront aux montagnes : « Montagnes , tombez sur nous ! et vous , coteaux, couvre wious de devant la colère de Dieu et de l'Agneau ! »
Toutefois, chers enfants, je ne pense pas que, dans ces versets, il soit question proprement du jugement dernier. Il s'agit toujours ici des royaumes latins et des terribles jugements de providence p?r lesquels Dieu se propose de les châtier , quand les trônes auront été jetés bas , et bien avant l'arrivée du Fils de l'homme sur, les nuées du ciel- — - Ainsi donc, ce trône de flammes et ces roues ardentes représentent surtout , je le pense , la nature effroyable des jugements qui tomberont alors sur tous les ennemis de Dieu , sur la béte, sur ses dix rois et sur l'Homme de péché. Ses roues, un feu ardent. — Qu'indiquent des roues? — La rapidité,
—Oui, et ici, «ce» roues dun feuardent,t la rapiditésûre et terrible avec laquelle agit la providence de Dieu dans sa justice vengeresse.
Un fleuve de feu sortait et se répandait de devant lui. Un fleuve de feu ! Quelle image magnifique et terrible l Un fleuve l Qui pourrait déjà sur la terre arrêter la marche d'une grande rivière roulant de l'eau seulement , la marche du Rhône, par exemple? Il faut qu'elle aille, il faut qu'elle descende, qu'elle se précipite. Si vous suspendez un jour ce cours irrésistible, elle inondera nos compagnes ; deux jours,
(1) Héb. XJI, ». — Daniel IV, 24. — P». L» *-*•