‹ Daniel le vagabond Savinien LapointeChapitre 8 sur 12 · V AG A BOND · texte numérisé non relu

V AG A BOND

vaientsur le tapis. C’est là que ce Jacques Daniel commença son apprentiss age do mendiant : pauvre garçon ! qu'est-ce que c’est que do nous!

— Est-ce qu’il lui serait arrivé malheur?

— Au contraire.

— Comment cela ?

— 11 est mort.

— Mort!

— Il s'est débarrassé do la vie comme d'un poids inutile.

— Et il y a longtemps, sans doute?

— Pas trop.

— Pauvre homme! Est-il mort dans son pays au moins?

— Daniel n’avait point de patrie.

•—Ses amis ont sans doute planté une croix en bois sur sa dépouille mortelle.

— Daniel n’a trouvé que deux amis après sa mort : une bonne femme pour l’ensevelir et un fossoyeur pour l'enterrer. Quelques os épars entre quelques planches minces, et pas même un chien derrière son cercueil.

— Cela serait un grand bonheur pour madame do Bourgneuf si elle savait l'adresse du mort.

— Je vous crois, camarade.

— Au moins clic pourrait faire mettre une croix sur cette cendre qu’elle a connue.

— Et retirer de la mairie l'acte mortuaire dont elle a grand besoin, fit Daniel en souriant avec ironie.

Bécassine appuya scs coudes sur la table, prit son menton dans ses mains et regarda le vieux mendiant tout ébahi entre les deux yeux.

— L’acte de décès! fit Bécassine; à quoi bon!

— Pour prouver qu'elle est veuve, répondit Daniel.

— Veuve de qui? demanda Bécassine, de plus en plus étonné.

— De Jacques Daniel , s’écria le vieux vagabond en se levant.

Et là-dessus il enfonça son bonnet do mendiant sur scs yeux, prit son bâton, paya la dépense , adressa ses adieux à Bécassine qui toussait ci tremblait sur

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