‹ Daniel ManinChapitre 101 sur 185 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Manin , il crut cette fois , au bruit de la décision contre l'urgence , qu'on voulait lui ôter son chef ; la place Saint-Marc se souleva, et la multitude voulut envahir le palais des Doges où siégeait l’Assemblée. Manin, le matin, avait déjh deux fois dispersé les rassemblements qui aeclamaient son nom, en leur disant qu’ils tenaient son honneur en main , et que, s’ils ne se dispersaient pas, on dirait que c’était lui qui les avait ameutés. Il leur avait même fait crier : Vive l’Auembléel Mais, cette fois, la parole ne suffisait pins ; Manin se mit, avec son fils, à la tête d’un détachement de la ganle civique, s’ouvrit un passage, l’épée h la main, et alla se placer sous le portique du palais, au pied de l’escalier des Géants, en déclarant qu’on passerait sur le corps h lui et ’a son fils avant de pénétrer dans la salle de l’Assembléé. 11 parla d’une telle force {con vigore tanio e ti grande) que le peuple se retira, et que tout rentra dans l’ordre ' •

Le soir, la proclamation suivante fut affichée dans Venise ;

« Frères! '

» Vous m’avez causé aujourd’hui une grande douleur. Pour me témoigner votre affection , vous vous êtes soulevés en tumulte, et pourtant vous savez que j’abhorre les tumultes.

» L’Assemblée de vos représentants s’est indignée k bon droit que vous parussiez vouloir violenter la liberté de ses décisions.

» Qui vous provoque k troubler l’ordre veut tacher la renommée que vous avez acquise, et aider par nos discordes l’Autrichien k rentrer dans Venise.

■ Baceolla, t. VI , pt 186.

DANIEL UANIN.

» Puisque vous dites m'aimer, je vous en conjure, mon-

trez-le-moi |>ar les faits Ayez h cœur mon honneur, le

vôtre, celui de celte patrie bicn-aiméel

» Demain, point de c(is! point d'attroupements! Restez cliez vous! Fiez-vous h l'Assemblée et au Gouvernement, qui tiennent votre vrai bien plus cher que leur vie.

» Je vous en prie instamment , avec la confiance que vous ne vous montrerez pas sourds 'a ma voix.

» Marin. »

.\prè$ avoir témoigné tant de fermeté au peuple, il parla non moins franchement à l'Assemblée, et lui démontra, le lendemain , l'impossibilité de prolonger un provisoire qui laissait le Gouvernement sans force morale , et cela dans un État qui n'était qu'un camp retranché, parmi un peuple qu'il fallait gouverner comme une armée.

député Olper proposa de nommer Manin chef du pouvoir exécutif, avec le titre de président, l'Assemblée conservant le |K)uvoir constituant et législatif; au président seraient délégués pleins pouvoirs pour la défense inférieure et extérieure du pays, y compris le droit d'ajourner l'Assemblée. En cas d'urgence, le président pourrait prendre des dispositions législatives , h condition de les faire ensuite sanctionner par l'Assemblée. •

Tommasco, |>our maintenir la dignité de l'.\ssemblée et ôter toute apparence de contrainte h son vote, fit ajourner la décision an lendemain, et, le 7 mars, la proposition fut admise h la presque unanimité.

L'autorité de Manin sortit fortifiée de ces agitations. Jamais

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