LIVRE TROISIÈME
celle autorité n'avait été si nécessaire : on toucliait a une crise suprême.
L’Autriche, qui s’était efTorcee sans succès d'en iinir avec la résistance hongroise, et qui commençait h craindre de voir les Hongrois reprendre l’offensive, eût été disposée en ce moment h un armistice et h un semblant de négociation directe avec Venise, alin de recouvrer contre la Hongrie la disposition du corps d’armée qui observait Venise , et d’enlever au Piémont l’appui des Vénitiens; elle eût négocié, n’eût rien conclu; puis, après la Hongrie abattue et la médiation angio- française écartée par le fait de la négociation directe, elle fût revenue accabler Venise. Manin ne donna pas dans le piège.
Le 15 mars , un décret enjoignit b tous les oQieiers de terre et de mer de se rendre b leurs postes , d’être prêts a exécuter tous les ordres qu’ils (vourraient recevoir, cl prévint la garde civique mobilisée de se tenir prête b soutenir les mouvements des troupes.
Le 16, Maiiiu écrivit a Pasini, b Paris, en ces termes :
« Le lâ de ce mois, le Piémont a dénoncé l’armistice.
» Cet événement nous oblige b sorlir de notre inaction.... Noos ne pouvons demeurer spectalcurs oisifs d’une lutte entreprise pour notre indépendance.
» Pendant sept mois, l'Italie a été bercée de l’espoir d’une solution paciüque, et, après ce long espace de temps, les négociations ne sont pas même commencées.
» Depuis le mois d’août jusqu'b ce jour, le Piémont a
dû supporter, sans combattre, toules les charges de la gnerre, et les provinces lombardo-vénètes ont été si borriblcmenl
opprimées et saccagées, qu’elles ne peuvent attendre de remède que d’une nouvelle lutte désespérée.
» D’un côté , l’Autriche refuse de céder un seul pouce du territoire réoccu|)é, qu’elle dévaste pour le conserver; de l’autre , les puissances médiatrices persistent dans une inaction désolante , et refusent ouvertement tout secours qui serait de nature ’a changer notre condition présente.
» Quant à Venise, si l’on ne peut la faire tomber par la force des armes , on la laisse se consumer de jour en jour par l’épuisement inévitable et prochain de toutes scs ressources pécuniaires.
» Taudis qu’on veut faire croire au maintien d'engagements solennels, qu’on proteste de ses sympathies, qu’on réitère les assurances d'une médiation pacifique et d’une réorganisation politique de Tltalic, la nation italienne est abandonnée k la tyrannie d’un prince sanguinaire.... Les déprédations, les assassinats, les supplices ordonnés par un brutal et féroce proconsul', sont tenus pour légitimés par des traités que l’Autriche a tant de fois violés.
» Quelle raison pourraient donc opposer les puissances ’a la guerre qui recommence? Comment faire un crime k Venise d’y prendre part?... Quel avenir l’Ilalie iteul-elle espérer de la médiation des puissances, (|uand nous ne voyons aucuns préparatifs d’action de la part de la France; quand nous nous rappelons la déclaration précise de l’Angleterre, que les puissances n'interviennent pas comme juges-arbitres qui décident la question, mais seulement comme médiatrices pour tenter uu accommodement! »
' Radetiki.