‹ Daniel ManinChapitre 111 sur 185 · LIVRE QUATRIÈME. Ï · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME. Ï

» chienne serait une houle pour le préseul, et un embarras » pour l’avenir.

» Mam.v. >1

En même temps qu'au ministre actuel de France, Manin écrivait au ministre du gouvernement précédent, .M. Baslkle, pour savoir ce que pourrait, ce que voudrait le parti républicain dans l’Assemblée nationale (5 avril).

« Les désastres de l’armée |>iémontaise n’ont pas abattu notre courage. L’Assemblée, le peuple, le Gouvernement sont décidés à résister à tout prix. Mais nous sommes *euU contre l’énorme puissance de l’Aulriclie-, nos ressources sont épuisées; notre résolution désespéi'ée peut rendre notre chute glorieuse, mais ne peut l’empêcher.

» Vous m’écriviez en septembre ; « que nous étions de braves » gens qu’une nation de cœur ne pouvait laisser périr. » Notre conduite n’a pas changé ; la France est certainement une nation de cœur, et cependant nous sommes près de périr. La France le permettra-t-elle? nous abandonnera- l-el le? ou, ce qui reviendrait au même, retarderait-elle son aide [dus longtemps que ne pourrait durer notre résistance ?

» C’est ’a vous que j’ose adresser ces graves questions, parce que je connais votre franche loyauté, et, dans la terrible responsabilité qui pèse sur ma tète, il est pour moi d’un intérêt suprême de savoir la vérité tout entière, dans sa nudité, sans illusion, sans détour.... »

Les dépêches de .Manin se croisèrent avec celles que lui avait expédiées Pasini dans les derniers jours de mars (28-30 mars). Pasini lui rapportait que M. Drouyn de Lhuys considérait leur cause comme perdue-, ce ministre avait dit que, « vouloir

soiitoiiir Venise, au point on en étaient arrivées les afiaircs du l’iémont, équivaudrait pour la France h une déclaration de {'lierre, et qu’elle ne pouvait la faire. » Pasini avait invoqué en vain les promesses et les intéivts de la France, l’obligation morale par elle contractée, l’amoindrissement que sa puissance subirait par la chute de Venise; il obtint seulement que le contre-amiral Picaudy, commandant de la station française, (1 fit tout ce qu’il pourrait pour aider Venise à résister, tauf de tirer le canon. » Celte restriction annulait la mesure importante prise par le précédent Gouvernement en faveur de Venise, mesure jusque-là maintenue par le Gouvernement nouveau. Le ministre français avait fini par dire qu’il fallait que Venise ou fût déciilée à se défendre jusqu’à la dernière extrémité, ou se rendit sans plus attendre; que, si M. Pasini croyait pouvoir lui remettre, en son nom personnel, une proposition dans ce dernier sens, il s’empresserait de servir d’intermédiaire amical.

Le plénipotentiaire anglais, lord Ellis, avait parlé de même; le langage du ministre français était, au reste, conforme à celui qu’avait tenu lord Palmcrston, depuis qu’il avait reconnu que le gouvernement français ne tirerait pas l’épée. « La dijilo- » matie anglaise, » écrivait Pasini, « tient à faire la paix, et » le comment est pour elle à peu près indifférent. »

Nous avons vu qu’il n’en avait pas toujours été ainsi.

.\u lieu d’une demande de capitulation, Pasini remit à M. Drouyn de Lhuys une note, ou iilulôl une protestation d’une dignité et d’une fermeté admirables, contre le délaissement de Venise.

« Si nous devons voir la France nous retirer son appui dans

LIVIU; QLATIUÈME.

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ce moment solennel, nous toml>eroiis peut-être; mais ce ne sera pas à nous qu’on pourra faire aucun juste reproche.

» Nous pourrons dire a tous et toujours ; que nous avons combattu, que nous avons souffert, que nous avons épuise toutes nos ressources, que nous avons conservé la modération la plus exemplaire, que nous avons suivi les conseils de la di|)lomalie française, que nous n'avons embarrassé en rien son action, et que cependant on nous a abandonnés, précisément alors que notre conservation était necessaire jwur remplir vis • a-vis du monde entier des promesses solennelles, des promesses tant de fois répétées, des promesses indissolublement liées h la dignité, aux intérêts, à l’innucnce politique de la France'. »

M. Drouyn de Lliuys ne parut pas insensible h ce noble langage-, néanmoins il ne laissa que bien peu d'espoir à Pasini sur l'intervention de la diplomatie pour obtenir que Venise fût reconnue comme ville libre, faible et dernier refuge de la nationalité indépendante : il n’admettait guère comme possible que la d'iscussion des conditions d'un royaume lombardo-véniticn*.

Manin reçut, le 21 avril, la dépêche de Pasini sur cet entretien, et lui expédia aussitôt de nouvelles instructions (22avril).

« Vous êtes autorisé à prêter votre concours au pnqet d’un royaume lombarde -vénitien séparé et constitutionnel, lors même qu’il faudrait nous résigner 'a subir un prince autrichien. »

Ce qu’il en dut coûter à l’homme du 22 mars pour écrire de telles paroles peut se sentir, mais non s’exprimer.

' 29 mars 1849. — Le 3 arril, Paaioi présenta an ministre français une antre note, mais collective cette fuis, et rédigée de concert avec les envoyés des répnbliques romaine et toscane.

3 Pasini k Xlanin, 4 avril.

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Sa seule consolation , en renonçant à la pensée d’une existence indépendante et isolée pour Venise, était d’espérer que ce sacrifice vaudrait de meilleures conditions à scs frères des provinces lombardo-vénèles.

n Votre soin principal », poursuivait - il , « sera... que les conditions ’a établir ne soient |)as de nature à compromettre trop gravement l’avenir, ni à être supportét's trep dillicilement par un pays qui, depuis un an, jouit de l’indépendance et de la liberté, qui s’y est accoutumé, et cbez lequel la haine du joug étranger a fait des progrès immenses.

» Par-dessus tout , et de toutes les manières , vous tâcherez d’obtenir qu’il n’y ait ni à Venise ni dans les forts adjacents aucune troiqic impériale »

Ges tristes conditions auxquelles il se résignait, il eût fallu du moins que la diplomatie lui lit obtenir un armistice pour les discuter.

« Un point d’une importance vitale », disait-il encore dans cette même lettre, « c’est qu’une fois les bases générales convenues, on fasse cesser aussitôt la situation actuelle de Venise; qu’on garantisse sa sécurité et sou inviolabilité durant le temps nécessaire au règlement des conditions secondaires, afin qu'elb^ puisse désarmer et mettre un terme aux frais écrasants de sa défense. »

Cette bien modeste prétention, une diplomatie décidée â n’en api)eler dans aucun cas à l’é|)ée ne devait pas même la soutenir eflicaccmcnt.

L’abandon de la diplomatie et l’imminence de ces suprêmes périls de la guerre que Venise n’avait pas encore eu sérieusement â redouter depuis le 22 mars !8i8, telle était la sombre

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R■alitc contre laquelle s'épiiisaieut h lutter Mania et son habile auxiliaire. La marine française avait maintenant défense de tirer le canon pour Venise, et la marine sarde avait dû quitter les eaux de Venise et de r.Vdriatiqiie. En vain l'amiral Albini , en réponse à Manin, qui lui écrivait qu'il comptait toujours sur son escadre, avait-il déclaré qu'il ne délaisseiait pas la nobb^ cité et qu'il y ferait venir d’.Vncône sa famille comme gage de sa foi. Le 7 avril, Albini reçut avis de l'armistice qu’avait dû subir le gouvernement piémontais, et qui imjK)sait le rappel de l’escadre It Gènes, ('a; brave oflicier, qui |)orlait dignement les traditions de la vieille marine génoise, obéit, la mort dans l’âme. Les Sardes partis, l’escadre autricbieime rejarut ; le 19 avril, elle était devant Malamocco. L’escadre vénitienne, qui n’avait que 178 canons contre 260, et un seul bâteau ’a va[)eur contre quatre ' , se sentit hors d’état de soutenir le choc, et resta dans le port.

f>e blocns effectif était commencé. IW-s le 1 1 avril , les consuls en avaient prévenu leurs nationaux , afin qu'ils pussent se mettre en mesure de quitter la ville. Le dictateur, de son côté, expulsa les etrangers suspects et qui ne prenaient point part à la défense.

Les bâtiments de guerre français et anglais, et quelques paysans ou mariniers des plages voisines, contrebandiers héroïques qui pénétraient dans le cercle du blocus, au risque d’étre fusillés par les Autrichiens, comme il arriva â plusieurs,

' Elle eonsUUit ea qnaCre corretlPt, uo balMU à vapeur, une demi -douzaine de briga ou brigantins et une Itottille de trabaccoli (banjues amures) . Les .Vutrichiens avaient trois frégates, deux eorvetle.s, quatre vapeurs et quelques petits bâtiments.

élaienl désormais les seuls intermédiaires entre Venise et le rosie du monde. Durant pinsieurs mois, non-sculemcnt on ignora au loin ce qui se passait dans Venise -, mais la ville assiégée et l'armée assiégeante, tenues ii grande distance par le site exceptionnel de Venise, ne surent presque rien l’une de l’autre La ville dévouée semblait, dit l’iiistorien américain, une victime volontaire retirée, loin des regards profanes, dans le sanctuaire où elle allait s’immoler elle-même pour la liberté de l’Italie '.

Victime volontaire, c’était vrai! mais jMjurtaiiL victime qui, tout en bravant la mort, espère toujours que le ciel ne per- . mettra pas qu’elle meure! Mille bruits divers amusent tour à tour ce pauvre peuple ardent et avide de réconfort : les malbenreux sont crédules! Tantôt ce sont les Hongrois (pii marchent à leur secours ; Gôrgcy menace déjà Trieste ; on entend sur l’Adriatique le canon des Madgyars -, tantôt c’est la grande République américaine qui va rendre à la liberté européenne ce qu’elle en a reçu, et couvrir Venise de son pavillon étoilé -, tantôt c’est Paris, c’est la France qui se réveille enfin, qui s’arrache à ses discordes stériles jmiir venir venger sa gloire aux bords de l’Adige!

A chaque espérance trompée, une autre succède. Deux des traits essentiels du caractère vénitien sont ce qu’on jieut nommer la faculté indestructible d’espérer et la passion des pompes et des fêtes, de la vie en commun sous son aspect le plus brillant et le plus animé, passion artiste qui a sa source dans le goût du beau et non dans l’oisive frivolité. Le génie du pitto-

* l'Iagg, l. Il, p. J5Î.

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