‹ Daniel ManinChapitre 114 sur 185 · LIVRE quatrième · texte numérisé non relu

LIVRE quatrième

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mètres et demi de la ville, commandait, d’une (lart, la route de Mestre et de Padoiie ; de l’autre, le grand pont du chemin de fer de Venise. Fille était flanquée d’un côté par l'ancien fort de rO, qu’on avait récemment baptisé du nom de Manin; de l’autre, par le réduit Rizzardi, construit de|>uis la Révolution. •\ l’entrée du grand pont, une batterie ditedw Cinq -Arches l’appuyait d’un troisième côté. Maighera, sans les forts détachés, comptait deux mille cinq cents hommes de garnison et 130 bouches h feu.

Les Autrichiens l’avaient menacé plusieurs fois, mais sans l’attaquer, durant l'été de 1818. Cette fois, ils revenaient avec la résolution de l’emporter h tout prix. Ilaynau était arrivé tout couvert de sang de Brescia; il avait trente mille .soldats, que pouvaient renouveler des réserves puissantes, et une immense artillerie.

La tranchée fut ouverte dans la unit du 20 au 30 avril, et les approches furent ponssc-es avec une grande vigueur par l’ennemi , <|ui forçait, la baïonnette sur la gorge, les malheureux paysans du Dogado h travailler au triomphe de leurs tyrans, sous le feu de leurs compatriotes.

Maighera était prêt h bien recevoir l’ennemi. On venait de confier sa défense h un homme dont le nom était le meilleur commentaire de la ritUiance à tout prix. L’ascendant d’Ulloa sur le soldat ne devait s’ébranler, jusqu’il la fin, ni à Maighera ni a Venise. Il était de ceux qui commandent sans phrases, et qu’on suit sans doute et sans murmure.

Il était temps qu’Llloa prit le commandement. Le 3 mai , Radetzki arriva au quartier général, près Mestre, avec trois des archiducs, auxquels il avait promis le spectacle de la chute

DANIEL MANIX.

(Iti Venise. Le -i, ii midi et demi, sept ItaUerics, tout ù coup démas<iuées, vomirent sur un des fronts de la forteresse le feu de soixante canons, mortiers et obusiers. Les Autrichiens rêvaient la garnison frappée d'é|)ouvantc, Malghera réduite en (|uel>|ues heures, Venise soulevée imposant une capitglation à son dictateur. Ils furent déçus. La garnison répondit à leur feu par un feu plus terrible encore, et, le général Pepe étant accouru partager les périls d’Ulloa, elle reçut le vieux chef, avec de joyeuses acclamations, sous la pluie des projectiles ennemis. Les iM.Ttes des assiégeants furent incom])arahlement supérieures à celles des assiégés.

Quant 'a la population, son attitude témoigna tout autre chose que de l’effroi : elle accinirut tout entière sur les ]H)ints de la ville les plus rapprochés du théâtre de la guerre. De la plate-forme des batteries, des tours, des toits, du Ftialto, des gondoles, les Vénitiens contemplaient le spectacle de l’effroyable canonnade, à l’aide de lunettes d’approche, avec cette curiosité intrépide que Paris connaît aussi bien que Venise. Il en fut ainsi durant tout le siège, sans que le danger, en se rapprochant, parût les étonner davantage.

Le soir, la canonnade ennemie se ralentit : elle ne tua, durant la nuit, qu’un vieux cheval, dont la^ garnison s’amusa ’a faire, le lendemain, un grand festin, en buvant « à la santé des braves Autrichiens'. »

Le O mai, au matin, un parlementaire apporta au commandant de Malghera un pli adivissé « au président du Gouvernement actuel de Venise », et contenant une proclamation de

' Flags. f. Il, r- 5S7.

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Raüelzki aux VéiiiliLiis. L’impitoyable conquérant île la Lombardie débutait, sur un ton paternel, par des représentations sur les maux de ranareliie et de la révolution, et concluait en déclarant i|u’il jiortait dans une main l'olivier de la paix, dans l'autre l’épér de la guerre pour châtier les Vénitiens, s’ils iK-rsistaieul dans une rébellion qui les privait de tout droit à la clémence de leur souverain tcijiiimc. Il attendrait, disait-il, jn-ndant vingt-quatre heures, k son quartier général, la ré|)onse de Venise k cette dernière sommation. Ses conditions immuables étaient : 1° soumission absolue^ ‘i° reddition immédiate des forts, des araenaux et de la ville, qui seraient occupés par ses troupes; 3* remise de toutes les aimes. 11 faisait, de sou côté, les concessions suivantes : 1“ liberté k qui voudrait de quitter la ville sous quarante- huit heures; 2° amnistie générale aux sous - officiers et soldats de teire et de mer; 3° suspension d’hostilités pendant les vingt-quatre heures accordées jiour la i-éponsc.

Les consuls de France et d'.Vngleterre offrirent leur entremise officieuse dans le cas on Venise voudrait capituler. Manin communiqua leur offre et la sommation aux principaux des habitants; ils furent unanimes pour la continuation de la résistance'. Maiiiu renvoya RadiAzki k la rtqwnse déjà faite, par ordre de l’Assemblée, k pareille sommation expédiée, le 20 mars, par Ilaynau. Cette ré|M>use était le décret de résistance k tout prix. 11 ajouta cependant que, le 4 avril, il avait prié les cabinets anglais et fran^-ais de continuer leur œuvre de méiliatioii, aiin de procurer k Venise une condition politique

• Journal ilc 5'. le eoi.sul V!i-.eur.

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