LIVRE QUATRIÈME
çais et anglais gardèrent la libre prati(|ue du port, a condition de ne communiquer qu’avec leurs consuls
Le blocus, bien que les i»elites barques c«>licres y échappassent encore de tem[>s à antre, commençait de faire sentir durement ses effets dans la ville. I.cs grands approvisionnements opérés dès les premiers temps de la Révolution, et conserrés intacts jus(|u'aii blocus*, assuraient encore le prix modéré du
' Nos braves marins eussent pnifi‘n‘ un autre râle il relte triste nenInlilC. I*eu fie temps avant les pourparlers que nous venons de mentionner, un lateau a vapeur aulrieliien avant voulu dcrendie au vapeur français Ir .Salon d'entrer dans le port de X'eniae, le commandant du Solon, M. Robin, dirigea aussitôt avn blliinenl au beau iiiilieu de l'eseadrc assif‘geante , et exigea de l’amiral autrichien que des excuses lui fussent faites |>ar ^ril : il les obtint. (Jourral de M. le consul Vasseur, 9 iiui.)
‘ L'Iiistoire de ces approvisionnements est intéressante et fait honneur au Gouvernement vénitien , et particuliérement à celui de ses membres qui dirigea les finances pendant la première période de la Révolution, M. Pincherle, Dès la fin de mars ISIS, c'est-à-dire immédiatement après l’expulsion des .\ntrichiens , on jugea devoir se prémunir pour le cas de blocus : on fit le recensement des céréales existant dans la ville. Le mais, avec lequel les Vénitiens font leur polenta (bouillie de farine de mais) , et le seigle' abondaient ; le froment était en petite quantité. On résolut d’assurer l’approvisionnrment du pain pour trois à quatre mois au moins. La chose n’était pas facile , les princi[>aox marchés du voisinage étant aux mains de l’ennemi.
le Gouvernement tourna la difficulté : il cliargea la Société de commerce de Venise de faire aciieter, comme pour son compte à elle-même , cent mille hectolitres de blé, moitié sur la place de Trieste , moitié sur la place de Ferrare. Tandis que la Société exécutait son mandat , les autorités autrichiennes de Trieste prohibaient l’exportation des céréales pour Venise. Le Gouvernement vénitien recourut à une maison de commerce anglaise , établie à Venise , qui fréta pour deux irtois tout ce qu’elle trouva de bâtiments anglais dans le port (U T en avait cinq) et les expédia sur lest à Trieste. L’agent de la maison àoglaiae fit charger sur ces navires les grains achetés par la Soeiélé de commerce de Venise , et notifier aux autorités de Trieste , par les cainlaiitCs , leur départ pour Corfou. A dix lieues au large, les capitaines, suivant l’ordre
|tain \ mais, cxccplü le pain et les produits marins de la lagune, presque toutes les denrées devenaient rares et chères : ou lit eflbit |K)ur éloigner la disette.
Le 17 mai, l’escadre sortit du port. L’escadre ennemie prit le large pour attirer les Vénitiens au combat \ mais la flottille vénitienne ne la suivit pas et atteignit sou but; elle fit entrer au port un bon nombre de petits bâtiments chargés de provisions, qui guettaient l’occasion favorable. Quelques jours après, des sorties effectuées de Tre-Porti cl de Brondolo sur la terre ferme ramenèrent une quantité assez considérable de bétail et de vivres.
quMls avaieul reçu , ouTrirent des instructions cachetées qui leur prescriraient de reviMiir directement à Venise.
Les cinq navires n'avalent pu apporter que viiigl^cinq mille hectolitres ; il fallait un second voyage. Ou ûl sus{>endre, dans les journaux, tous les avis d'arrivages , et repartir à. la hâte les cinq bÂtinients anglais. La rapidité de leur retour dut assez faire comprendre aux autorités de Trieste qu'ils n'étaient pas allés à Corfou ; mais les .Autrichiens comprirent que , si le cabinet de Londres voulait bien en ce moment s'interposer pour engager le roi de Sardaigne à ne pas entraver le commerce maritime de l'Autriche, U ne tolérerait certes, de la part de l'Autriclic , aucune entrave au commerce anglais. Les cinq navires rapportèrent le complément de leur charge , et , avant la fm d'avril , les cinquante mille hectolitres de Trieste et les cinquante mille de Ferrare furent réunis dans les greniers de Venise. Les ditlicultés avaient été surmontées, sur Tufl et l'autre point, avec habileté et avec bonheur.
L'approvisionnement fut conservé aussi prudemment qu'il avait été formé. On maintint rentière liberté du commerce des céréales; malgré les obstacles apportés de temps en temps par l’ennemi , le ooroinerce libre suffit à nourrir la ville jusqu'à l'époque du blocus rigoureux, (avril 1849), sans qu'il fût jamais besoin de loucher à la résene , et le gouvernement , si souvent aux prises aveç la plus extrême pénurie d'argent, eut toujours, dans les situations les plus critiques , le courage de résister à la tentation de réaliser environ deux miW lions en vendant son blé.
Ce blé valut à Venise la posaibililé de quatre mois d'béroisme.