‹ Daniel ManinChapitre 119 sur 185 · LIVRE OCATIUÈ.ME · texte numérisé non relu

LIVRE OCATIUÈ.ME

L’esprit public sc soutenait admirablement. On lit .sur ces entrefaites frapper par souscription une médaille commémorative du décret de résistance a tout prix ; sur une des faces était gravé le décret ; l’autre représentait Venise, avec le glaive d'une main, le drapeau italien de l'autre, le lion de Saint- .Marc k son côté, et Iq devise (luntes(|ue :

Ogni viltà convien che qui sia morta,

U rant que toute peur soit morte dans ce lieu.

- « Toute peur, en effet, était morte « dans Venise et dans son armée. On en lit une nouvelle expérience. Les .\utricbicns, iteaucou]) mieux préparés cette fois et armés, contre une place du troisième onlre, de moyens suffisants |>our en réduire une du premier, recommencèrent, le 24 mai, au point du jour, le liombardement de Maighera. Au lieu de (>0 pièces tirant à distance de 4,000 mètres, comme le 4 mai, 450 ouvrirent le feu à 500 mètres. Le péril était décuplé : le courage de la garnison grandit avec le péril. Dans une batterie que sert la compagnie Bandicra et Moro, troupe formée de la fleur de la jeunesse vénitienne , trois pointeurs sont tués en moins d’une heure k la même pièce ; un quatrième , un jeune homme sorti récemment d'un bureau, prend leur place, sans écouter son chef lui-même, qui crie d'abandonner momentanément la pièce. Le nouveau pointeur reste k son poste justpi'au surlendemain. Les artilleurs du réduit Rizzardi restent trois jours k leurs batteries sans bouger, avec du biscuit et de l’eau pour toute nourriture. Une foule de volontaires de l’infanterie se dispute a qui prendra la place des canonniers qui tombent. Un Vénitien , dont un boulet

emporte les deux jambes, liât des mains en tombant et meurt en criant : « Vive \Vnise! » Un patricien, du nom de Correr, vient visiter à la batterie son fils, qui sert dans la compagnie Randiera et Moro ; une Iwmbc renverse le père ; le fils se jette sur son corps; la boml)c, en éclatant, met en pièces leurs débris entrelacés ' .

Le feu continua avec cette cITi-oyable violence durant la journée du 2o mai, la nuit suivante et la journée du Plus de 60,000 projectiles avaient été, en trois jours, laticés sur la forteresse, feu qui dé|>assait, dit-on, celui des Fi'ançais en 1831 contre la puissante citadelle d’Anvers. Les remparts, les créneaux, les embrasures étaient écroulés, les parapets si ruinés que les canonniers se trouvaient a découvert; les gabions épuisés n’y pouvaient plus suppléer; les liouicts creux perçaient et ébranlaient tout; les casernes casematées, labourées par tant de projectiles , n’étaient plus ’a l’épreuve des bombes , qui traversaient ces amas de terres éboulées pour aller tuer les soldats dans leurs cliamhré-es. Beaucoup de pièces étaient hors de service, et plus de la moitié des batteries de la place réduites au silence. La garnison, sur deux mille cinq cents hommes, en avait cinq cents tués ou hors de coml>at. Les munitions commençaient à manquer, et l’on n’en pouvait tiier de la ville sous la pluie incessante de fer et de feu qui interceptait la route.

Le 20, dès le matin , on avait pu se rendre nettement compte

le mont «c aoutiont , > (‘crit dans son journal le consul Vasseur ; cl , rapportant ce qu'il entend dire autour de lui : « Puisque notre bon droit et

• notre mod<‘ration ne nous ont attiré que des sympathies stériles , montrons

• aux grandes puissances que noos méritions une aide plus eiKcace. Mieux » vaut la mort que resclavage. l ire Vindépfndancr ! » voilà te cri de tous ces soldats qui , en mourant , tournent toujours leurs regards vers la France,

LIVUE QUATIUÈMC.

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(le la situation. Il citait évident cjuc l'ennemi serait en mesure de donner l'assaüt le lendemain ; on ]>ouvait lui faire acheter chèrement la virtoin* ; mais il était |in'S(|iie im[>ossihle de l'empêcher de vaincre, jKnir ainsi dire, à coups d'hommes. Mieux valait eonsi’rver deux mille braves 'a Venise. Dès le 2 mai, .Maniii avait écrit en ct's termes 'a Pasini :

n Vous savez iiu'aucune forteresse artificielle n’est imprena- >< hle. En coiià(sjuence , Mal^hera aussi peut être pris(‘ Il se » |)Ourrait même que, notre artillerie une fois réduite au silence, » nous trouvassions préférahie de ne pas nous cxpost'r à la red- » dition forcée, et d'abandonner ce fort extiirieur pour eon- » centrer la défense dans les lagunes. En conséquence, si .» même vous veniez h apprendre (jue Malghera est occupée par » les .\utrichiens, vous ne devriez pas croire pour cela que » Venise a succombé. »

Ce que Maniii avait prévu, il l'exécuta. I.c 2o,- prévoyant l'assaut pour le 27, il avait proposé l’évacuation à L'Iloa. Celui-ci voulut tenir encore toute la journée du 2(1, (H d<‘mamla qu’un décret lui ordonnât la retraite '. Maniii lui envoya la piènre suivante ;

« I..e Gouvernement provisoire de Veniic :

» Considéré que les exigences de riioimcur militaire sont satisfaites par les preuves signalées de capacité , de courage et de persévérance qu'ont données la garnison de Malghera et son excellent chef....

» Considéré que les raisons stratégiques et le besoin de ménager nos ressources militaires et pécuniaires, afin de prolonger

' Cnerre de l Indépendance , parte général L'Uoa, t. U, p. 2j6-]S8.

DANIEL MAMN.

la résistance, réclament que la défense de Venise soit réduite à ses limites naturelles, dans lcs<]uclles elle est vraiment inexpn^tnablc -,

» Après avoir constdlé le {fénéral on chef et les préitosés aux départements de la marine et de la {çuerre-,

» Décrète :

» Le fort de Malghera sera évacué ;

» 2” Le colonel G. Ulloa est chargé de l’exécution. »

Ulloa dirigea l’évacuation avec autant de prudence qu’il avait dirigé la défense avec héroï.sme. On profita de quelques heures de repos accordées par le général ennemi ’a ses troupes avant l’assaut, et, de neuf heures ’a minuit, on partit, après avoir mis les canons hors de service ou les avoir chargés jusqu’il la gueule , en y laissant des mèches allumées dont on avait calculé la durée Les canonniers se refusaient d’aliord obstinément k quitter leurs pièces -, ils les embrassèrent en pleurant avant de les enclouer. On abandonna en même temps les forts Rizzardi, Manin, San-Giuliano et des Cinq-Arches. Heureusement les Autrichiens, fatigués, faisaient mauvaise garde et n’avaient aucun soupçon du dessein des Vénitiens : cette retraite si diDicile, qui, malgré les précautions prises, eût été peut-être foudroyée, coupée, sinon suivie jusque sur le grand pont par l’ennemi, si quelque traître l’eût averti ou si- quelques sentinelles eussent donné l’éveil , s’opéra sans la moindre perte par le pont et par les barques de la lagune. Les .\ntrichiens n’apprirent l’évacuation que par une patrouille, qui, k l’aube du jour, n’entendant aucun brait et ne voyant personne,

’ « Il a fallu Tordre de leur braTc commandant , M. L'iloa , pour dikiider es nialbeureux à quitter ce cimetière. * ^ Journal de M. le oonml Vasseur.)

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