LIVRE OL’ATRIÈME
avança peu à peu et s’enhardit jusqu’à pénétrer dans la plaec déserte.
Les Aiilriehiens prirent possession du monceau de ruines qui avait été Maigheia : on ne pouvait faire i|iialre pas dans l'intérieur sans tomber dans un trou de bombe. Les canons partaient seuls de toutes parts en éelatant, et eliaqiie canonnier, de l’entrée de la ville, croyait reconnaître tour k tour la dernière parole de sa pièce favorite. Le fort San-Giiiliano sauta, et emporta dans les airs, avec ses débris, le détachement autrichien qui venait l’occui)cr. Ce furent là les adieux des défenseurs de Malgbera '.
Avant le fort San-Giuliano avait sauté le fort des Cinq-.\rcbes, dont l’explosion rompit la communication du grand pont du chemin de fer avec la terre ferme.
Manin n’avait pas plus qu'a l’ordinaire trompé son peuple. La grande gardt' avancée de terre ferme tombée, Veni.se restait intacte avec le système de défense de lagunes. Néanmoins le cercle de fer et de feu se resserrait. Tout le monde .sentit se rapprocher les p«>rils suprêmes. Nous avons <lans les mains une note de Manin , un projet de testament, où il distribue des souvenirs k quelques-uns de ceux qu’il a aimés ; en tète , le legs de son buste au consul français, précieux témoignage rendu k l'homme de cœur qui a du moius représenté dignement k Venise , jusqu’au dernier jour, les sentiments de la France, puisqu’il ne loi était pas donné d’y représenter sa puissance.
■ RaecoUa, t. VIl,p. 2«S-m ; FUgg , t. II, p. ail-tis; F. Carnino , Zlelta éifeta di l'entiia; Cenoca, isâo, trèa-inlércuaDt i^it d'un brave oflider de rélat-inaior Tënitien.
Âu bas de la page sont ces quelques mots :
« 29 mai ;
» Notre vie est dans les mains de Dieu ; notre honneur est dans nos mains. »
Une’note du journal de M. Vasseur témoigne des angoisses de Manin. Il savait que prolonger la résistance, c'était épuiser les dernières ressources de Venise, et rendre rennemi plus implacable \ mais que se démettre du pouvoir en vue d'une reddition , quand les deniièrcs ressources n'étaient pas épuisées, ce n'était pas seulement abaisser la gloirr; de Venise, c'était provoquer l'anarchie, car le peuple et l'armée se soulèveraient inévitablement.
Mieux valait l'union et la lutte tant que les bras pourraient tenir les armes ! .
Le sentiment qu'on avait de l'aggravation du danger ne se trahit que par un redoublement d'énergie chez tous. Le |M‘uple de Venise, et même les courageux mariniers de Cliioggia, vinrent en foule aider l'armée 'a détruire, en peu de jours, huit arches du grand ])ont, en sus des cinq qu'on avait fait sauter. Ce pont prodigieux a deux cent vingt-deux arches et 3,600 mètres de long. Quatre fortes batteries, dont trois sur le pont même, la quatrième dans une petite île, et une flottille de canonnières, protégeaient l'immense chaussée, désormais largement séparée du continent. L'Iloa, entouré d'une élite d'héroïques ofliciers, IcsCosenz, les Rosaroll, les Sirtori, 1er, Virgin, commandait toute cette partie, la plus essentielle des lignes de défense , et gardait , 'a vrai dire , la clef de Venise.