‹ Daniel ManinChapitre 121 sur 185 · LIVRE QIIATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QIIATRIÈME

autorités civiles rivalisaient de vigi'anre avec les autorités militaires : la commission annonaire prit des mesures pour empêcher les accaparements et tarifer les denrées : l’économie d’une ville assiégée n’a rien de commun avec les conditions normales de l’économie politique (fin mai).

31 mai, l’.Vssemblée, après avoir reçu du dictateur, en comité secret, communication de ce qu’il avait tenté par la voie de la diplomatie, rendit le décret suivant :

Il .Au nom de Dieu et du peuple ;

» 1° Les troupes de terre et de mer, par leur valeur, le peuple, par ses sacrifices, ont bien mérité de la patrie-,

» 2* L’Assemblée, persistant dans sa délibération du 2 avril, SC confie a la valeur des troupes et à la persévérance du peuple ^

» 3” Le président du Gouvernement, Maiiin, reste autorisé à continuer les négociations engagées, sauf la ratification de l’Assemblée. »

Manin, du balcon du palais national, proclama, le soir, au.x applaudissements du peuple, la résolution unanime de l’.\sscmblée. Le lendemain, dans une revue qui eut lieu sur la place SaiiiKMarc, la foule couvrit d'acclamations entbousiastes la garnison de .Vfalgbera et surtout son intrépide commandant, que Manin venait d’élever au grade de général.

« Vous venez de voir une partie des glorieux défenseurs de » nos forts, >■ dit Manin. « Vive la ganiison de Malgberal — » Nous avons fait des pertes : il faut remplir les rangs éclaircis; » au bureau des enrôlements, Vénitiens! aux enrôlements! i*

I.e 3 juin, Manin ferma temporairement les cercle», espece de clubs d’où sortaient fréquemment des motions imprudentes.

Cl qui, sans aucune intention hostile au dictateur, soulevaient des agitations dangereuses dans de tels moments. Il n’y eut point d'opposition, et l’on n’cul besoin de rigueur contre personne. Durant ce long sidge, il n'y eut pas 'a l'intérieur un seul jour itrUU de tiége.

Du 2 au 6 juin l’ennemi, qui ne maintenait le blocus qu’avec des soulTrances et des pertes cruelles, et que la fièvre des lagunes dévorait, tenta des attaques de vive force contre la partie méridionale des lignes de défense, par terre, vers les eml'OHcliures de l'Adige et de la Drenta , par mer, vers Chioggia et Brondolo : il fut partout reiwussé. A la suite de ces nouveaux combats, le dictateur |>rit des dispositions en faveur des blessi-s et des familles des morts.

Le 13 juin, les Autriebiens, qui avaient travaillé avec énergie, depuis la clmte de Malgbera, ’a s’établir sur les ruines de la tête du pont et de ce fort San-Giuliano qui leur avait coûté si cher 'a occuper, ouvrirent contre les ouvrages du grand ixrnt le feu de six batteries. L’artillerie des Vénitiens n’avait ])crmis à l’ennemi d’acbever ses travaux qu’au prix de beaucoup de sang : elle continua de ré|M>ndrc k son feu d’une manière formidable; mais elle ne put l'éteindre, et quelques bombes autriebiennes vinrent tomber a l’entrée du Canareggio, le quartier de Venise le plus voisin du grand pont. Il y eut d'abord un grand étonnement larrai ce peuple, qui, depuis quatorze siècles, se regardait comme absolument invulnérable au fond de sa lagune, et ne croyait pas pour lui d’autre atteinte possible que celle de la famine. I^s gens du Canareggio furent étonnés, mais pas un instant ébranlés. « Vous nous bombarderez, mais B TOUS n’entrerez pasi » disaient-ils. k Plutôt les bombes que

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