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LlVnK PUESIIEIl
fois; le vieux Maniu {'anluit à Na|K)léon uii resseiilimenl implacable pour n'avoir |Miiiit aiTranclii l'Italie et rétabli la l’oiopie.
L'adolescent px^ndit parmi ces excitations intimes et mûrit 'a ces feux secrets; mais, dans ce club «le famille, c'était lui déjà qui était- le |>olitique et (pii modi'-rait les vieillards^ de leurs passions, il dégageait des id('-es. A une raison active et prati(]ue il joignait une sensibilité profonde, l'amour de la vie simple et réglée, de l'ordre dans la famille comme plus tard dans l’Etat; en même temps, par un contraste singulier dans une nature faite pour penser et non |Kuir réver, et qui semblait si heureusement équilibrée, il laissait percer, sous l'ardeur de son âme et sous la charmante vivacité de son esprit, une espèce de mélancolie d'un caractère particulier; lui, si énergi<pie, il était las avant d’avoir agi. « Inaction de vivre, écrivait -il bien des années apri-s, l’action de vivre, considérée en elle -même dans une personne saine, devrait être un plaisir; en moi, depuis mon enfance, elle a été toujours un effort et une peine; je me suis toujours senti fatigué! » Des princi|>es morbides altéraient (b'“s l’origine celte belle organisation, et la lutte constante contre la douleur physique ne devait pas être une des moindres parties de son héroïsme.
Un mariage «ramoiir jeta quelques rayons sur sa jeunesse. Uni, saus fortune, dès l'âge de vingt et un ans, à une femme d’un noble cœur, il dut ebereber dans le travail la subsistance d’une famille. 1/exemple de son pt're et les tendances tout hisloriqu(‘s et juridiques de son esprit l'avaient dirigé vers les éludes de jiirispnidence, qu'il associait à de fortes éludes de
DANIEL JIAMK.
linguistique ‘ : docteur on di’oit ii dii-sept ans, fait presque inouï dans Diisloirc des universités! il traduisit le grand ouviage français de Pothier sur le droit romain , en attendant que l'iïge lui ouvrit l’accès de la profession paternelle. En 1830, il s’établit, comme avocat, au bourg de Mestre, à l’entréi^ des l.agunes; avocat sous les Autrichiens, avocat sans barreau, avocat muet, purement consultant dans le civil-, au criminel, aucune intervention d’avocat n’était admise-, rAutrielie craignait également la parole cl la pensée; elle avait rétabli, au dix-neuvième siècle, la procédure de l'Inquisition , la procédure .sans cAinfronlalion , sans publieité et sans débats. Auprès du régime de François II , le despotisme napedéonien avait été presque de la liberté. Lejeune avocat, avec plus de sang-froid que son père, savait reconnaître la dilférence entre les c(k1cs fiançais et le système liidesipie, entre l'administration galloitalienne d’Eugène Beaiibarnais et la cyniipie exploitation exercée par rAulriebe au jirofit de si“s provinces allemandes-, la Lombardo-Vénétie , dix-builième partie de l’empire autriebien par la suiM-rficie, septième partie jiarla |M)pnlation, sup|)orlant le quart des charges -, bss biens-fomls imposés au double de ce qu’ils supportent ailleurs (28 [wiir 100, nominalement, et 32, en fait; au lieu de 10 '); presque toutes les fonctions livrées aux étrangers; les producleui's et les consommateurs italiens entièrement immolés par le régime prohibitif aux producteurs autrichiens ; Milan et Venise sacrifiés à Vienne et à Trieste ;
• A quinic *iis, il âvait traduit la livre- hiibrau dca Fgrégores (le livre aiMK-ryphc i'Fiiocli) (l«50 ou IS 2 I). De IS29 à I.S30, il (-crivit un diclionnairc du dialecte vénitien.
’ Moiitanelli, itemorie mil’ llalia, t. II, ch. xxvv.
LIVKE PREMIER.
Cil apparence, ia monarchie pure, mais régulière, avec quelquc.s institutions consultatives-, en réalité, le goiiveniemenl radicalement arbitraire de la police, aboutissant aux mystérieuses prisons régies dans l'ombre parce bon empereur Françoit, qui, de tout son gonveruemenl abandonné a M. de Mcttcmicli, ne s’étail résené que le département des lorlurcs ' !
C'était là le sort commun de l'Italie autrichienne; mais Venise n'était pas même au niveau de l'oppression générale ; elle était au-dessous ; on la traitait plus mal que la Lombardie, parce qu'on la redoutait moins;- elle restait sous le coup du mépris inspiré par les derniers jours de son aristocratie, au plus bas degré de l'échelle de la servitude. Le grand sens pratique de la population vénitienne, <|ui l'éloignait des vains bruits et des entreprises chimériques, contribuait à faire méconnaître ce qu'il pouvait y avoir de force cachée dans son silence.
I.a flamme couvait néanmoins dans cette démocratie qui avait apparu, un jour, en 1797, pour être à l'instant livrée et bâillonnée; démocratie latente, dont l'élément primitif avait été ce corps ou ordre des 5fcrétaire(, qui occupait, sous l'ancien gouvernement de Venise , un grand nombre d'emplois subalternes et quelques emplois supérieurs, et avait donné à la masse plébéienne quelque initiation aux aifaires. 1830 avait renversé eu Frauce l'établissement de ISIîi : une commotion b'icn autrement formidable que oellc. de 1820 ébi-anlait l'Europe, des Pyrénées à la Vistulc : l'Italie tenta un second effort;
' Voyei les n‘v(nalioii> de* Mémoires d’Andryane sur les lounnenl* de la raim, infligi^ par l’ordre personnel de François II A ses prisonniers, ymur le bien de leur dme.
DA.MKL MANIN.
au commencement de 1831, laRomagne, Boloj^ne, lesducliés du Pô étaient insurgés ; Daniel Manin était resté en dehors d'une société secréte formée à Venise ; sa raison et son instinct furent toujours peu favorables à ce moyen d'action politupie ; mais, alors, il crut l’heure venue; il conçut l'audacieux projet de s’emparer de l’arsenal, ctj de concert avec trois amis, parmi lesquels ce loyal et dévoué Degli Antoni qui devait recevoir son dernier soupir sur la terre d’exil, il rédigea une proclamation destinée à préparer le i>euple ii la révolte.
Les revers des provinces voisines prévinrent l'insurrection vénitienne. Le pouvoir issu en Fratice de la révolution de Juillet av ait proclamé le principe de non - intervention , et l’avait fait respecter en Itelgiquc; il ne le lit j)as respecter en Italie; l'Autriche intervenait en ce moment dans l'État romain et dans les Duchés ; le mouvement fut rapidement étouffé dans le .sang; il fallut renfermer les rêves de délivrance.
I.es auteurs de la proclamation n’avaient pas été découverts. I,e jeune patriote se replia sur lui-même et se renferma dans ses paisibles travaux. Sept ans après, on le voit sortir, homme mûr, de son obscurité et se jeter a corps perdu dans des luttes d'intérêt matériel, dans les polémiques soulevées par des questions de tracé de chemins de fer. Est-il donc converti à l’esprit du siècle, au matérialisme de l’industrie cosmopolite que nos sectes nouvelles viennent d'ériger en religion? Lui . si indifférent aux vanités et aux jouissances de la fortune -, lui . indépendant , 'a un degré rare, même en Italie, de ces besoins factices que l’Italie connait moins que la France!
Il n’est pas changé ; mais son génie politique s’est dévelopiié