‹ Daniel ManinChapitre 14 sur 185 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

et lui a suggéré une savante évoiutiun , un plan sagace et profond. Point de tyrannie qui ne laisse queUpie porte entr'ouverle k la liberté : c'est par la qu’il faut pénétrer dans la place. Point de despotisme qui n'ait, des lohv, si mauvaises (pi'elles soient : il faut se servir de ces' lois |M>ur le combattre \ tourner les |)ositions qu’on ne peut enlever; habiliier le peuple à l’action collective, quel qu'en soit le but immédiat et si étranger que ce but puisse paraître a la liberté politique; refaire par cette babitud*' un esprit public.

Ou a comparé Daniel Manin à Daniel ü'Connell ; c’était mal les comprendre tous deux. Ix-s moyens se ressemblèrent, non le but. 0’(x)nuell ne prétendait pas, comme les Irlanda'u- Uttit de 1798, séparer l'Irlande de l’Angleterre : il ne croyait pas l’indép<-ndance de l’Irlande possible, ni peut-être désirable ; en combattant le gouvernement anglais avec les lois anglaises, il n’aspirait qu'k conquérir aux Irlandais l'égalité avec les Anglais dans le libre empire britannique; toujours iiÿiuueuT, il ne fut Jamais révolutionnaire. .Manin visait et ilevait viser à tout autre chose. Il ne s’agissait |dus ici d'une p«‘tite nation annexée en corps k une grande , et qui réclame l’égalité devant la loi; .Manin, citoyen d’une ptrie démembrée et dont les parties aspirent k se rejoindre, ne .veut |tas conquérir une place pour ses compatriotes dans une nation libre; la grande machine bureaucratique et militaire qu’on appelle l’Autriche n’est ni libre, ni nation; il veut user :1e l’ap'parence de légalité que l'Autriche est obligée d'admettre pour montrer que l’Autriche ne veut ni ne pt‘ul ri'spccter même les lois qu’elle a faites; que sa domination n’est point améliorable; qu’il n’y a aux misères italiennes de remède que

sa cliute. Manin nVsl agitateur que pour devenir révolutionnaire.

Néanmoins, c’est un révolutionnaire d'une espèce fort rare, et quelques obsenalions sont indisiiensables |H>ur expliquer sa conduite. D’une part, il est révolutionnaire par raison et par sentiment , non par temp<‘rament. Homme de iBonvement au plus haut degré, mais de mouvement réglé, homme d’ordre dans le sens élevé du mot *, et homme essentiellement humain, il déleste les tumultes, les séditions, les violences, et comme habitudes i)emicieuses ]tour la moralité d’un peuple et comme inutile effusion de sang. Même contr»' la tyrannie élrangèi-e, il n’admet que la levée en masse, et non les rixes et les émeutes partielles. D’autrir part, cet homme, qui, suivant son propre témoignage, ne sait agir que d’inspiration ; qui , dans l’action , est tout par l’enthousiasme et rien si l’enlhousiasme le quitte (il est vrai que l’enthousiasme ne le quille jamais qu’aprt's l’action *), cet homme a, dans la méditation, le jugement le plus sûr, la vue la plus claire, le sang-froid le plus inébranlable , l’esprit le- plus inaccessible h toute illusion -, il apprécie, comme l’étranger le plus désintéressé jKiurrait le faire, la l'éalilé des faits, l’étendue des obstacles, la grandeur

' • Jo rp&sens pour \o d(^rdro une répulsion non-seulement de raison, mais d'msünct , 1a même que je resaens pour tout ce qui est contraire aux lois de riiannonie, un visage difrorme, uii son discordant.... » (Notes manuscrites de Manin.)

^ Et que raffaissement qui suivait tenait à des causes physiques. « Quand me* facultés sont on état dVvaltation, elles produisent parfois des effets peu communs; si IVvaltation faillit, je me trouve au-dessous du commun; je me sens incâ;iable de faire ce ((ue font aistMiient les hommes les plus métliocres. » (Notes manuscrites de .\fanin.)

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