LIVRE OLATRIÈME
» tiens , qui cspi'rcnt encore , et se nourrissent je ne sais- » comment. »
Nous avons expliqué comment : c’était la longue prévoyance du Gonvemement qui garantissait le peuple, pour quel<|ues semaines encore, non des privations, mais de la famine.
« Ce peuple, » dit un autre témoin oculaire « est dis|>osë » ’a tout souffrir pour la liberté, tout, exceiilé ranarcliie. »
Les familles de bourgeoisie peu aisées, comme était celle de Mauin, partageaient la pénurie du grand nombre. Le Dictateur, dont riiumble cave était vide, ne soutenait le plus souvent ses forces épuisées (ju’avcc un peu de vin de F rance que lui envoyait le consul Vasseur *.
I.a vigueur de la défense ne se ralentissait pas, et les assiégés tentaient fréquemment avec succès des sorties nocturnes; néanmoins ils cessèrent, la nuit, de ré|K>ndre à l'incessante canonnade des assiégeants; on commençait k s'inquiéter de la diminution des munitions, diminution i|u'acciul une seconde explosion de la poudrière de l'île délia Grazia. On était moins expérimenté ou moins bien organisé que les Autriebiens pour la fabrication de la jmudre, et celle qn'on fabriquait athi de remplacer les anciens approvisionnements était plus faible et portait moins le boulet.
’ Flagg, t. II, p. .151.
’ M. Vasstur rendit ansgi à Vrnisr Ir «*rvicc dr faire venir de Trieste de la quinine pour la (tarniaon, mim-e |>ar les lièvrea, et le général Ginlav, qui coiumaiHlait X Trieste , laissa sortir ces inédieaments. Les actes d’Iiuinanité ne sont pas assez communs cliez les généraux autrichiens pour qu'on néglige de les BenUonnrr quand on les rencontre. M. Rapatel, commandant du Plntm, offrit aux hApitaux de Venise le concours de chirurgiens français. Le nom de cet officier, qui seconda M. Vasseur avec zélé, mérite d’ttre associé i> ceux de M.M. Ricaudy et l’assama.
DAMPL MANIN.
Dans coite explosion, qui fut attribuée it des ajtcnts autrichiens, une douzaine de malheureux avaient été affreusement brîllés, et iU en moururent presque tous. laî cliirurpien qui les visita, rei)résentanl du |)cuplc, fil à l’Assemblée, au nom de la commission cbart^ée de recueillir les belles actions civiles et militaires, un rapport sur ce qu’il avait vu et enU'ndu.
« Pour se faire, dit-il, une idée des tourments de l’enfer, il eût suffi d'entrer le 1 1 de ce mois ii riiôpital San-Giorgio; onze malheureux y {;isnient brûlés de la tête aux pieds, et offrant le spectacle des plus affreuses tortures. Eh bien', au milieu de cette agonie, |»as un mot de |ilainte ou de regret!... Sébastien Nozzadini, de Venise, déjh en proie aux affres de la mort , m’appelle a son lit : « C’est Manin , » me dit-il , « qui » m’a conduit où je suis; car c’est lui qui m’a dit de me faire » soldat!... Mais ce n’est pas que je veuille reprocher mon
» sort 'a Daniel .Manin Non!... Vive Manin! vive l’Italie!
» Et aussitôt tous ses compagnons de martyre se soulèvent » et répètent en chœur : Vive Manin! vivo l'Italie ' ! » Trouverait-on dans les nciei des martyrs des premiers âges chrétiens quelque chose de plus grand?
Après un mois entier, les .Autrichiens n’avaient causé aucun dommage sérieux a Venise avec leurs batteries du liord de la lagune et de l'ile San-Giuliano. Ils s’a> isèrent d’une bizarre invention , digne de leur brutal vandalisme, non pour détruire les fortifications, mais pour essayer de brûler la ville et toutes scs meneilles. Un jour, c’était le 12 juillet, on vil tout h coup s’élever au-'dcssiis de l’escadre autrichienne, au large
' etc., t. VIII.