‹ Daniel ManinChapitre 131 sur 185 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

du Lido, une vingtaine de hailuns; puis de petits nuages de fumée et des eiplosions successives tirent comprendre que chaque ballon portait une bombe. Pas une ne tomba dans la ville; elles éclatèrent sur le Lido ou sur la lagune; il y eut quelques ballons qui, passant par-dessus lagune et cité, allèrent faire éclater leurs projectiles sur la tête des assiégeants. Les Vénitiens en firent de grandes risées. A chaque faible détonation qu’on entendait au haut des airs réfiondaient des buées et d’ironiques Irattements de mains. Le lendemain coururent maintes caricatures sur les bombesballons.

Aqx ballons succédèrent des tentatives réciproques de surprises iKicturnes, qui ne réussirent ni d’un côté ni de l'autre. 1^ Autrichiens attaquèrent, pour la seconde fuis, sans succès, la grande batterie San-Autuuio : les Vénitiens lancèrent hardiment sur une frégate autrichienne un brûlot qui ne lui fit que peu de mal.

L’escadre vénitienne, cependant, était toujours à l’ancre dans le port, et le peuple, étonné, irrité de son inaction, ne cessait de crier pour qu elle répondit enfin à l'appel lancé naguère par Manin : c A la mer! à la mer! » Mauin, sur ces entrefaites, annonça de son balcon au peuple que l’escadre allait tenter un effort désespéré afin de rompre le blocus et de ravitailler la cité. La joie fut générale; mais trois semaines se passèrent encore avant qu’on eût vu aucun mouvement dans la petite armée navale. La douloureuse imi>atience du Président ' n’était p^ moindre que colle du peuple.

' D'aOTArd avec la ComniiMion militaire , il avait dëcrélë , le 10 juillet , une nouvelle levëe de aix ceota marina et mille ganlea mobilet.

Les assiégeaiils lenouvelaient impérieusement leure intimations aux bâtiments français de quitter la lagune. Radetzki avait sommé l'amiral autrichien Dahlrup, sous sa responsabilité, d’intercepter a l'avenir toute communication, même par la force. L'amiral Dahlru|> y mit moins d’arrogance et plus de tem|)éraments que le (’eld-maréchal ; il consentit que le vap<*ur U Bratier restât provisoirement â Venise et communiquât par des embarcations avec nu autre bâtiment mouillé au Lido ; mais la concession n'était que provisoire , et le commandant de la station navale française, M. Belvèze, pressa le consul même de (|uittcr Venise avec ce qui restait de ses nationaux dans la ville, et de s’entendre, pour le départ, avec les autres consuls (2i juillet).

M. Vasseur resta, exemple qui fut suivi par le corps consulaire, et trouva moyen de faire rester jusqu’au bout les deux navires français. Il entendait exécuter jusqu'à la dernière heure la noble mission (pi'il s’était im[)os<'‘ej en ce moment même, il nolisait, sans autorisation cl â ses risques et périls, huit bâtiments de commerce, au prix de H 7,000 francs, pour avoir sous la main , quand viendrait une catastrophe trop prévue, un moyen de retraite et de salut 'a offrir à l’élite des citoyens et des défenseurs de Venise (2o juillet).

Il s’est trouvé du moins un homme qui a fait, dans ces tristes jours, autant qu'il a dépendu de lui, le devoir de la France!

Le |>euple, qui n’espérait plus de secours français, et â qui ses (‘nnemis n’avaient pas manqué de faire savoir la chute de Rome (3 juillet), tournait encore les yeux du côté de la Hongrie. Le 20 juillet, la Gazette de Venue publia une lettre de

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