‹ Daniel ManinChapitre 132 sur 185 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

Kossulh, qui aniioiu.ail que, de victoire eu victoire, il allait être sous les murs de Vienne; (jii’il paraîtrait bientôt sur les connus de l'Italie pour acquitter sa promesse envers Venise. Mais cette lettre était datée du 3 juin; et. depuis, les évém'raenis avai(‘iit marché dans un sens bien opposé aux paroles de KossuUi ; l'invasion russe était au cœur de la Hongrie!

Le 28 juillet, Manin convo(iua l’As-semblée en séance secrète. Il pria r.\s.semblée de nommer une commission investie de toute sa conliance, et h laquelle il eommuniquerait la situation réelle, l’état des ressources, qu’on ne |K)uvait ébruiter. « Si l’ennemi savait quel jour nous n’aurons plus de vivres, il n'aurait qu'a se croiser les bras et à attendre <pie le cri de la faim éclatât parmi nous. — Valentino l'asini, sur le conseil de lord Palmerstoii, est allé de Paris à Vienne, pour tâcher de négocier; mais on ne l’a reçu que comme simple particulier, et il n’a rien obtenu. — Nous n’avons reçu aucun secours des Hongrois. — Il faut ou attendre jusqu’au dernier pain et au dernier grain de poudre, et, alors, nous rendre 'a discrétion, ou prévenir cette extrémité. — C'est à l’.Vssemblée de décider le vrai sens du décret du 2 avril : nétitter à tout prix. Veut-elle, je le répète, consommer le dernier pain, puis rendre la ville à discrétion ? »

On proposa un ordre du jour qui chargeait Manin des pouvoirs nécessaircs afin d’aviser au salut, et à l’iionucur de Venise.

Ce n’était pas répondre ; Manin n’accepta pas l’onlre du jour.

L’.Assemblée ne se décida )>oint a se prononcer nettement sur la terrible alternative que lui posait le président; Tommaseo protesta avec passion contre la pensée de donner au

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Gouvernement raulorisatinn de capituler, et l'ordre du joui suivant fut voté : . . '

Il Ouï les communications du Gouvernement sur l'état du pays ;

» L'Assemblée, se confiant dans les promesses de la marine, dans la valeur éprouvée de l’armée, aidée de la garde civique, dans la persévérance héroïque du peuple, dans la concorde el l'activité des pouvoirs exécutifs (le Gouvernement et la Commission militaire),

» Pa.sse à l'ordre du jour »

C'était dire : Continuez à résister; sans dire jusqu'à quel terme.

Manin obéit.

L'ennemi At, le lendemain, une terrible réponse.

Le plan d'attaque des assiégeants s'était moilifié. Le ISjuillet, l'ennemi avait abandonné les grands et eoiïlcux ouvrages qu'il avait faits devant Brondolo, avec une assez grande quantité de matériel : il s’était retiré à distance, après avoir brûlé les habitations et inondé le pys. I.a garnison de Brondolo sortit, fit écouler les eaux et sauva beaucoup de provisions. La raison de cette retraite était que l’ennemi soiilTrait incomparablement davantage des maladies que les assiégés; le choléra, qui ravageait l'Europe, était arrivé dans cette région et se joignait aux fièvres de marais pour dévorer les assiégeants par milliers, tandis qu'il ne se manifestait point encore dans Veni.se ni dans sa dépendances. Ce fut précisément la sortie de la garnison qui le ramena malbeureuscmeiit dans Brondolo et Chioggia.

■ Proc^verlwl <le U «twicr Kcrite.

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Au point prinripal ilo raUncpic, (lovant lo pont du chemin de for, l'cnimmi ne se retirait pas, mais il ralentissait nolahlemeiU son feu. yue pn‘parait-il? On était Inen siir qu’il ne voulait ni lever le siège ni offrir une transaction lionoralile. Il cherchait donc qimlqiic moyen d'abréger ses op<'*rations?

Radetzki n'vint au quartier général, le 20 juillet, inspecter l.'S travaux et ordonner rétablissement de nouvelles Imtleries : on entendait, rbaqne nuit, un grand bruit de travailleurs dans les lignes autrichiennes.

Le 27 juillet, le comte de Thurn fut remplac(5 dans le comniandi'ment de l’armée* de siège par le général d’Aspre, qui passait, en fait de rruanté, |K>ur l’émule de Ilaynaii.

Par une lM*lle nuit d’été, le 29 juillet, un peu avant minuit, comme la foule se tient encore siirja place Saint-Marc, tout à coup une Iwmbe prolonge sa parabole de feu par-dessus h's défenses extérieures et la longue chaussée du chemin de fer, et vi(*nt tomlwr jusque dans rintérieur de la ville; puis une antre; puis une autre encore. Un ouragan de fer éclate sur la tête du peuple stupéfait. Les pnrjectiles pleiivent sur toute la partie occidentale de la cité : quelques boulets dépassent le setiiere de San-Luca, le quartier de Manin, et arrivent jusqu’à ré*glise San-Mose, jusqu'à l’angle sud-ouest de la place Saint-Marc.

Plusieurs batteries, comptant vingt-huit pièces de divers calibres, venaient d’être démasquées : les canons avaient été établis sur des plates-formes inclinées à quarante-cinq degrés, et les projectiles ainsi lancés atteignaient une immense hauteur et décrivaient, en descendant, une parabole d’une étendue proportionnelle; les boulets de vingt -quatre arrivaient à

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r>,330 mètres-, les bom1>es. an maximum de cliarge, arrivaient a 3,600 et 3,8,“i0 mètres, les boulets ronges a 4.000. I.cs Anglais, en 1810, avaient déjà employé l’angle de qnarantccinq degrés pour tirer sur les Français d'une rive à l’autre du détroit de Messine, i\c Charybde contre Scytta; les Autrichiens ne s’en étaient pas avisés plus tôt.

Plus de la moitié de Venise se trouvait sous le tir des bombes et des boulets ronges; plus des deux tiers sous le tir des boulets de vingt-quatre. Les quartiers du centre néanmoins souffrirent peu, celle première nuit; à ces distances inouïes, les projectiles })crdent en force ce qu’ils gagnent en portée; mais les quartiers populeux du Canart-ggio et de Santa-Croce, les plus voisins de l’ennemi, et qu'avait déjà cflleurés le tir ordinaire, furent cruellement dévastés. La population à peu près tout entière, femmes, enfants, vieillards, émigra, em|>ortant à la hâte ses lits et ses objets les plus précieux, au bruit des cheminées qui s'écroulaient, à la lueur des liombes tombantes et des maisons iucend’iées.

K Et eependaut, chose étrange à dire, » racontent des témoins oculaires, « ces fugitifs s’en vont résignés, calmes, presque joyeux, sans un murmure, presque sans une larme-, les femmes, portant leurs nourrissons au sciu ou traînant leurs enfants par la main, s’éloignent dans un digne silence : « Us peuvent nous chasser de chez nous, mais non pas nous faire peur! » s’entre-disenl les hommes pour s’encourager les pus les autres à étouffer le regret de leurs maisons alrandon- Bées et de leurs foyers brisés ' . »

' Rapiiort dp ToininasPO .V t'ARSomblCc , du 31 juiltpl ; »p. llncrolln, t. VIII p. 281-10&; Fligg , t. Il , p. 43&-43G.

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