LIVRE QUATRIÈME
cartes <le visite aulricliicnncs étaient jiris en pitié par leurs voisins. Ce peuple artiste et iioëte en vint a se faire un spectacle, et comme, une sombre épopée en action, de la sublime horreur du bombardement. Il était ’a la fois pour liii-mémc et l’acteur et le drame.
Les arts firent des pertes bien cruelles. Les merveilleuses façades des palais souffrirent bcaucou|>; la belle arcade du Rialto fut percée. Les bombes incendièrent l’éttlisc de Sant’icremia, et mutilèrent celles des Frari et de San-(’iiovanni e Paolo, si riches en peintures, en sculptures et en tomln's héroïques; les boulets traversèrent en maint endroit la Scuoia rfi San-Rotco, partout couverte des vastes et magnifiques com|iositioiis du Tintoret, et peut-être l’ieuvre capitale de ce grand maître; un projectile emporia le Moïse frapimnt le rocher
Les Français, du moins ’a Rome, jusque dans les horreurs d’une guerre qu’on eût pu dire ’a la fois étrangère et civile, avaient gardé les réserves et comme les remords de la civilisation-, ils .s’étaient efforcés, par leur respect envers les monuments, d’écarter d’eux les malédictions de la postérité; mais on ne pouvait attendre de tels scrupules des bordes brutales de rAutriebe ni de ces généiaux qui rappelaient les atroces héros de la guerre de Trente ans. Ca'ux qui prenaient pour point de mire le drapeau noir des hôpitaux et les funèbres cortèges des cimetières ’ u’étaient pas gens ’a épai^ner des tableaux et des statues.
L’héroïsme du peuple vénitien grandis.sait avec l’inhuma- Flajjg, t. II, p. 451-42'ï.
* Notes luanuscrites de Maiiin; Klagg , t. II , p. 4C1.
iiité (le son ennemi. Le Présidenl, l’Assemblée, les Commissions militaires et civiles furent au niveau du i>cuple : c’est assez dire pour leur gloire. Toutes les mesures avaient été prises , le 30 juillet , pour repousser l’attaque ’a force ouverte dont le bombardement semblait être le présage : les postes avaient été assignés aux divers corps de l’armée et de la garde civique, qui montrait la plus ferme attitude. Un très-digne et très-fier ordre du jour du général en chef (31 juillet) commenta noblement ces préparatifs et anima l’armée : « Les plus dures extrémités viendraient-elles nous accabler, soyez certains », disait Pepe en terminant, « que le sentiment que vous exciterez, même chez nos ennemis, sera celui de l’envie et non de la pitié. »
Après avoir formé une Commission afin de régulariser le généreux élan des quartiers épargnés en faveur des quartiers liombardés , et d’assurer un toit et du pain toute la population émigrée (31 juillet), l’Assemblée s’adressa au peuple aussi dignement que le général aux soldats :
« C’est maintenant que nous sentons l’honneur d'etre les représcnianis de Venise ! Tant de patiniee et de courage, tant d’ordre uni 'a tant de constance, une si touchante alfection mutuelle, ont dépassé l’attente de ceux qui vous estimaient le plus. Le malheur a haussé les âmes....
» Vous n’avez pas besoin de nos exhortations.... Vous souffrez pour l’honneur de la patrie, pour l’honneur de toute rilalie, qui n’a plus d’autre cité libre que la ville sacrée de Saint-Marc. Les coups lancés contre les églises où vous avez reçu le baptême , contre ces monuments admirés de toute la terre, retomberont uu jour sur la tête de l'implacable .\utricbe.
Digitizœ ,