‹ Daniel ManinChapitre 137 sur 185 · LIVRE yCATRIÉME · texte numérisé non relu

LIVRE yCATRIÉME

les termes de celle corres[)oiidaiice éiablissenl clairement que- Venise a toujours scrupuleusement sui^i les conseils (|ui lui ont dté donnés par les cabinets d'Aiiglelerre et de France.

» Dans la même lettre d'bier, vous enga^tez fortement le Gouvernement de Venise k cesser une vaine et détattreuu résistance aux forces autrichiennes^ mais vous n'ignorez point qu’k' r.Vssemblée seule des représentants de ce pays appartient le droit de prononcer sur ses destinées, et je me refuse à croire que vous puissiez sou|(çonner le Gouvernement d'avoir caché à l'Assemblée, ou aux. commi.ssaires nuinmés par elle, la vérité sur les conditions, soit |K>liti((ues , soit économi(|ucs, où nous nous trouvons.

» Soyez certain, monsieur le consul général, que ni l'As- 8<'mblée ni le Gouvernement n’ont besoin d'être stimulés lorsqu'il s’agit du bien de celte ville infortunée, et que, pour la grande majorité des Vénitiens, c’est encore chose problématique de savoir lequel est le plus tolérable des sonfl'rances actuelles, ou de celles que leur réserve la réoccupation autrichienne, de qufthpie manière qu’elle s’accomplisse '. » (3 août.)

Tout eu relevant si dignement les reproches iniques et les phrases Imnmnüairet du consul anglais, .Maniu ne connaissait que trop bien la situation désespérée qu’cxi>osail durement une bouche ennemie. la: choléra , entré dans la lagune par Broudolo et Chioggia, avait envahi a son tour. Venise et s’était rapidement développé parmi ce peuple affaibli par les privations, chassé de ses demeures par les bombes, entassé dans d'étioits refuges, nu exposé le jour a un soleil ardent, la nuit k la fiai-

' Ap. A. de La Foi^, t. II.

DANIEL ÎIANIN.

cliciir humide ' . Quant aux vivres, le Gouvernement et la Commission militaire avaient appris de la (Commission de subsistance combien de jours on pouvait encore ne pas mourir de laiin. On n'avait de {irain que pour aller jus(]u’aii 24 août*.

L’Assc'mhlée avait rcculd, le 28 juillet, devant la proposition de prendre un |iarti décisif. Huit jours, depuis, s'étaient écoulés, huit jours les jilus calamiteux qu'eût encore vus Venise. On ne pouvait plus différer la .solution. Il fallait que Venise envisageât son malheur en face et décidât d'elhvméme. Ce devoir de Manin était, pour ainsi dire, de l'y contraindre-, de poser nettement devant l'.Vssemblée les deux seuls partis possibles. — Que faire? — Faut-il lutter encore, lutter jiisqii'b la dernière heure? — Aller mourir, le fusil au |ioing, dans les lignes des assiégeants, ou attendre que la faim fasse tomber les armes des mains de Venis»' , ouvre les portes .sans conditions et livre h-s débris épuisés de ce peiqde, de cette armée, tous ces fonctionnaires et ces représentants de la Révolution , tous CCS ofliciers échapjM-s du service et des serments de l'.Vutriche ou de Naples, 'a un vaiiupieur sans grandeur et sans pitié, à la clémence des bourreaux de Brescia '? Faut-il enün faire détruire l'ornement de l'Italie et du monde par un acte de déscs|)oir que le monde jugerait non plus héroïsme, mais fiireur *? Lorsque (Carthage s'est abiméc dans son bûcher san-

* Le i août, une circulaire de la Coniinissinn militaire prescrivit les mesures lU'cessairt's |tour combattre le fléau dans l'armée.

3 (;énéral rlloa , t. II , p. 33^.

' Arad allait montrer bientôt un spectacle plus liideux encore , s'il est possible, que Ilresria : un drame de sang prémédité, arrangé de sang-froid et à distance , une v raie /éfr de yéron,

• - Ma conscience ne me |termeltait pas d’evposer à la vengeance autrt-

LlVnE yUATRIÈME.

{(laDt, il n'y avait plus à os|M>r<>r |H)ur Carthage ni retour, ni renaissanee! Eu est-il ainsi pour Vejiise et pour l’Italie? 1,'àme tout entière de Maniu se soulève contre ce blasphème. Il y a un avenir, avenir (pie nul autant que lui n'a contribué h assurer 1 Venise peut retomber, [wur un temps, dans les fers; Venise ne peut plus mourir!

Il faut donc capituler! — Non plus, hélas! faire un traité, une transaction politi(|ue, mais rendre Venise! — Si l'on avait une ombi'C d'espérance, plutôt <|uc de se rendre, on maiigeraii Jet pierrei ' ! Mais cette ombre même a disparu !

Allons! il faut sauver ce peuple infortuné! Sauver son existence, puisi{o'on ne peut plus sauver la liberté <|u'on lui avait rendue!... la* plus grand eiïort de .Manin, et le pins héroïque de sa vie, c'est ce qu'il va faire maintenant.

.Mais ce peuple, voudra- t-il se lai.sser sauver? — Ce peuple

cliienn<> tant de généreuses ^îclimes uns aucun proQt pour la cause; puisque inaiuteiiaot tout le inonde e«t forcé d'ailinirer la modération, le lion sens, la raison de notre conduite, il est certain qu'un cri de désapprobation se serait élevé contre une comluite différente, inutiteMfHf inhumaine , et que sur notre tête seraient tombées les malédictions des victimes, avec la perte de de notre renommée et de notre cause.

» Enfin , je ne pouvais me dissimuler une cliance qui m'é|ioDvantait : les souffrances de la population arrivaient à l'extrême limite de ce que l'homme |ieut sup)iorter.... Si ces souffrances ^ prolongeaient et s'accroissaient encore , les émissaires autrichiens pouvaient réussir k exciter des troubles et des révoltes qui rendraient iiii|iossiblc au Gouvernement de continuer la df^feose ; alors on aurait l'anardiie; tout le mérite de la conduite passée serait perdu , et, avec ce mérite, riionneur même, 1a seule chose qu*il fût possible de sauver, et que nous avions sauT«^. » (Notes manuscrites de Manin.)

Les troubles possibles dont |iarlait Manin n'étaient pas des émeutes pour forcer le Gouvernement k capituler, mais des iiwuvements des pauvres contre les riches, soupçonnés à tort d*av<^ des réserves de deorét*s.

' Notes manuscrites de Manin.

4]iii «lisait , «lui «lil encore ; « Nous résisterons jusqii’k la derni«'Te jyoleuta ' ; alors , nous laisserons le vieux Ratletzki venir avec scs Croates et nous manger, «luand nous n’aurons plus rien îi manger nous-mêmes*! » Pour la premitVe fois, Venise et Manin ne voiil-ijs pas être en opposition? N’y aura-t-il pas lutte entre le chef «pii veut (pic son peuple vive, et le peuple qui veut n'^sister jusipi a la mort?...

I.e 5 aofit, Manin convoipia l’.Vssemblée eu séance secréte^ et, dans cette même salle où avait été résolu le «h'cret dn 2 avril, s’ouvrirent des débats plus lugubres, mais non pas moins solennels; li's lointaines détonations des canons ennemis faisaient éebo par intervalles à la voix des orateurs.

Le chef du déparUmetit des finances, Maurogonato. demanda une crue d’im|M’>t$ de 6 millions sur les immeubles. Une commission fut élue avec ordre de présenter le rapport dans une heure. L’heure écoulée, l’cx-ministre des finances du 23 mars. Piuchcrie, vint lire le rapport, qui concluait ù l’adoption.

•Manin monte a la tribune :

« Ce projet de finances se l'attacbc à renscrablc de notre » situation politi«jue. Notre situation est horriblement empirée! » Nous sommes tout prêts de n’.avoir plus de quoi manger! 11 .» est nécessaire que l’Assemblée s’occupe de cette grave situa- » tion. Je ne veux pas que- l’on dise que le Couvi'rnement » a trompé le pays.

» — Nous sommes dans rhéroïque Venise » , répond le repni- .sentanl Sirtori, le commandant de la sortie dn 1" août,

' llouillic (If iimis : U derntère nonpe.

^ I-'lagg, 1. 11 , p. i3«.

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